Cardinal Dolan : les États-Unis sont devenus des « territoires de mission »

Dans le blogue qu’il tient, et qui est hébergé sur le site de son archidiocèse, « The Gospel in the Digital Age » (l’Évangile de l’ère numérique), le cardinal Timothy Dolan, ordinaire de New York, vient de publier une réflexion surprenante, troublante et inquiétante mais aussi exigeante, stimulante et encourageante… Elle est intitulée « Territoires de mission », et elle s’adresse aussi à nous qui sommes catholiques en France. Pourtant les États-Unis d’Amérique avaient cessé d’être des « territoires de mission » depuis 1789 quand, avec l’érection du premier diocèse, celui de Baltimore (Maryland), naquit l’Église aux États-Unis. Le cardinal Dolan, reprenant une déclaration “fracassante” de son confrère dans l’épiscopat et ami, l’archevêque Charles Chaput, met en garde contre le conformisme ambiant chez les catholiques, et nous invite à devenir tous « des missionnaires » de la Nouvelle évangélisation dans cette Année de la Foi que nous allons vivre. Une réflexion roborative écrite dans le style propre et inimitable du cardinal Dolan. C’est long, mais c’est bon : à lire sans modération !

Comme vous le savez sans probablement, l’archidiocèse de Philadelphie traverse des temps très difficiles. Ces bonnes personnes, ces membres de notre famille dans La Maison de la Foi [titre d’une chanson célébrissime chez les chrétiens, House of the Faith, composé par le chrétien évangélique Steve Green qu’il chante en duo avec son épouse Marijeane, est devenu le morceau le plus chanté lors des cérémonies de mariage] et leur courageux évêque, Charles Chaput, méritent notre amour et nos prière.

Dans ses efforts courageux et inspirés pour ramener l’espoir et le renouveau à cette Église en crise, l’archevêque Chaput a récemment fait une déclaration qui m’a figé : « L’archidiocèse de Philadelphie (…) est désormais et véritablement un territoire de mission ».

Oui, j’ai du moi aussi le lire deux fois.

L’Ouganda, un territoire de mission ? Assurément…

Le Pérou, un territoire de mission ? Oui…

L’Alaska, un territoire de mission ? D’accord…

Mais Philadelphie ? Soyez sérieux ! Cet archidiocèse qui, à certains égards, était le modèle d’une infrastructure catholique solide, inentamée et cohésive ! Des paroisses, des écoles, des apostolats et des ministères à gogo ! Une énorme population catholique, des cardinaux comme archevêques, des vocations abondantes, près d’un million et demi de catholiques fiers et ardents de et dans leur foi. D’accord ?

Qu’est-ce que vous voulez dire par territoire de mission ? L’archevêque Chaput nous baratine-t-il ?

Non ! Je crains qu’il aie mis en plein dans le mille.

Et vous savez quoi ? Notre bien aimé archidiocèse de New York est aussi un territoire de mission !

Pour dire vrai, grâce à Dieu, nous n’affrontons pas le raz-de-marée de les problèmes actuels posent à Philadelphie. Notre situation financière est serrée mais saine, notre population catholique, en fait, croît, les licenciements massifs, les fermetures de paroisses, d’écoles de services, sont difficilement prévisibles.

Mais nous sommes un territoire de mission, nous aussi. Chaque diocèse l’est. Et chaque catholique engagé est un missionnaire.

C’est au cœur de ce que le bienheureux Jean-Paul II et le pape Benoît XVI appellent la Nouvelle Évangélisation.

J’ai été éduqué – comme la plupart d’entre vous – à penser que les missions c’était « là-bas, très loin » [allusion au titre du livre pour enfants très connu des Américain, Way Far Away on a Wild Safari de Jan Peck] – et, assurément, nous ne devons jamais oublier notre devoir sacré envers les missions étrangères.

De fait, quand les merveilleuses Sœurs de la Miséricorde [Sisters of Mercy] de Drogheda en Irlande, arrivèrent dans ma paroisse du Holy Infant de Ballwin (Missouri), il y a cinquante-cinq ans, on souriait quand elles se disaient, humblement, être des « missionnaires ».

Impossible, disions-nous en rigolant : on est catholique depuis des générations, on a une église et une école paroissiale, l’Église catholique est forte, fière, en croissance et bien debout ! On n’est pas l’Afrique. On n’est pas un territoire de mission !

Si, nous l’étions ! Si, nous le sommes ! Les sœurs avaient raison ! L’archevêque Chaput dit vrai ! Le bienheureux Jean-Paul II et le pape Benoît XVI sont en plein sur la cible !

Peut-être avons-nous pris les choses avec trop de suffisance. Nous avons considéré notre foi comme un donné définitif. Comme l’observe l’archevêque Chaput, le gros problème c’est l’indolence qui s’est « infiltrée dans la vie de l’Église, le cynisme et le ressentiment qui l’ont naturellement suivie (…) Ces problèmes tuent l’amour chrétien (…) ils étouffent une vraie vie de foi ».

Comme mon ami Greg Erlandson l’a commenté dans Our Sunday Visitor, la remarque qui donne à réfléchir de l’archevêque a trouvé un écho chez John Garvey, président de la Catholic University of America, dans le magnifique discours qu’il nous a tenu, à nous les évêques. Là où nous en sommes arrivés selon M. Garvey et la paraphrase de M. Erlandson, c’est à une crise sociétale de la foi. « De plus en plus d’habitants de l’Occident [vous et moi !] s’éloignent tout simplement de leur foi, ce qui veut dire que ce qui se passe à Philadelphie n’est que le microcosme d’une érosion bien plus troublante ».

Vous ai-je déprimé ? J’espère bien que non !

Vous ai-je réveillé et fait vous interroger ? J’espère bien que oui !

Car devinez un peu ou nous en sommes : nous sommes avec les apôtre le dimanche de la Pentecôte quand nous embrassons la Nouvelle Évangélisation.

Fini de prendre notre foi catholique comme un donné !

Fini de se reposer sur les grandes choses que l’Église a accomplies dans le passé !

Le cynisme est remplacé par la confiance…

La déploration par le retroussage de manches…

L’indolence par l’audace.

L’attente que les gens reviennent par aller les chercher…

La supposition que les gens connaissent les richesses de leur foi catholique, remplacée par l’admission réaliste qu’ils ne les connaissent pas…

Considérer comme un donné l’Église “grande entreprise” par un soin tendre pour une Église aussi petite, aussi fragile que cette minuscule graine de moutarde dont Jésus a parlé…

Garder sa foi pour soi par la faire briller pour les autres !

C’est ça la Nouvelle Évangélisation !

L’archidiocèse de New York est un territoire de mission !

Toute l’Église l’est ! Toutes nos paroisses le sont ! La culture l’est ! Le monde l’est !

Vous et moi sommes missionnaires !

Nous ne pouvons plus nous en tenir à notre réputation d’autrefois, nos influence, bâtiments, nombre, taille, argent et succès du passé. En fait, tout cela aurait bien pu nous induire en l’erreur de prendre notre foi pour un donné.

Ter-mi-né ! Nous sommes missionnaires. Et cela commence en nous. Comme Greg Erlandson le dit dans sa conclusion : « Sans conversion du cœur, à commencer par nous, nous pourrions bien ne jamais vraiment toucher le cœur de la crise actuelle ».

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais j’ai besoin l’Année de la Foi qui débute en octobre.

Et j’ai besoin du synode sur la Nouvelle Évangélisation à Rome cet automne.

 

6 comments

  1. Petit

    Une petite correction. Le nom du blog de Mgr Dolan n’est pas The Gospel of the digital Age mais : The Gospel In the Digital Age, c’est-à-dire : l’évangile à l’ère numérique/digitale.

    Ce m’est l’occasion pour vous adresser un immense merci pour l’excellent travail que vous faites avec votre blog !

    Bien à vous,

    P. Guillaume+

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