Le Père Frank Pavone suspendu de sa présidence de Priests for Life

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Dans un courriel du 13 septembre expédié au nom du Père Frank Pavone, Jerry Horn, vice président exécutif des Priests for Life annonçait deux choses : une Messe qui sera(it) célébrée par Mgr George Niderauer, archevêque de San Francisco (Californie), en sa cathédrale St. Mary of the Assumption le mercredi 5 octobre en action de grâce pour le vingtième anniversaire de Priests for Life ; et un urgent appel aux dons pour couvrir les besoins financiers de cet apostolat pro-vie, lesquels se montaient, selon Jerry Horn, à la coquette somme de 676 678 $…

Mais ce courriel ne signalait pas un événement considérable survenu quelques jours plus tôt, le 9 septembre.

Dans une lettre circulaire adressée à tous les cardinaux et évêques américains, l’évêque d’Amarillo (Texas), Mgr Patrick J. Zurek, annonçait une nouvelle stupéfiante. Cette lettre n’a pas été rendu publique par le diocèse, mais semble avoir été diffusée par Catholic News Service (le service d’information de l’épiscopat américain, sur lequel il y aurait beaucoup à dire…]. En voici le premier paragraphe :

  • « J’ai décidé de suspendre le Père Frank A. Pavone de tout ministère public hors du diocèse d’Amarillo, décision qui prend effet au 13 septembre 2011. Pour une durée indéterminée, je lui retire la permission de mener son apostolat hors du diocèse et je l’y rappelle afin de lui donner du temps pour prier et réfléchir. Ma décision est la conséquence de sérieuses préoccupations concernant la gestion des finances de l’organisation de Priests for Life (PFL). PFL est devenu une activité plutôt lucrative procurant au Père Pavone une indépendance financière échappant à tout contrôle ecclésiastique légitime. Les interrogations et les préoccupations, venant de clercs ou de laïcs, concernant l’utilisation de millions de $ de dons à PFL, dont les donateurs ont le droit de s’attendre que cet argent soit utilisé avec prudence. Ces problèmes et préoccupations financiers ont persisté sans obtenir de réponses claires et précises depuis l’époque où le Père Pavone était sous l’autorité de mes deux prédécesseurs [à Amarillo]. Il s’est, depuis cette époque, constamment refusé à soumettre PFL à un audit complet et transparent de ses dépenses [l’audit des comptes pour l’année 2010 est pourtant disponible sur le site de PFL depuis le 20 juin 2011. D.H.], et j’ai des raisons d’être inquiet d’un scandale financier potentiel qui pourrait advenir s’il était la conséquence de mon échec à corriger le P. Pavone de son défi entêté envers mon autorité légitime alors que je suis son évêque. En outre, les ressources financières de PFL ont permis au Père Pavone de se doter d’un énorme conseil juridique et canonique qu’il a utilisé pour repousser chacune de mes tentatives d’en appeler à la transparence financière. Ainsi, ma décision d’intervenir et de l’appeler à la responsabilité entend exprimer l’extrême nécessité de protéger son ministère sacerdotal ce dont j’ai, comme son père, le devoir, et de contribuer à éviter un scandale pour l’Église en raison de la notoriété nationale du travail de PFL. D’une certaine manière, garder pour moi ce que je savais de PFL et fermer les yeux aurait pu accroître ma culpabilité et très probablement s’assimiler à de la coopération matérielle ».

La lettre se poursuit en dénonçant la désobéissance du prêtre à ses évêques légitimes, son ego né de sa notoriété, et son besoin de revenir à une conception renouvelée de son sacerdoce. L’évêque invite les destinataires de sa circulaire, s’ils le jugent prudent, à suggérer à leurs fidèles de suspendre toute donation à PFL jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

Objectivement, après le rappel en août 2010 dans son diocèse du Père Thomas Euteneuer, ancien président de Human Life International, et les affaires liées au célébrissime Père John Corapi, c’est un nouveau coup à l’implication de prêtres dans l’animation du mouvement pro-vie américain.

Il est à signaler que tout comme le Père Euteneuer – mais les deux cas ne sont pas identiques –, le Père Pavone a immédiatement obéi à son évêque : il a rejoint son diocèse et abandonné la direction nationale de PFL qu’il assumait depuis 1993. Mais il indique, dans son communiqué du 13 septembre, qu’il a fait appel à Rome de la décision de son évêque – un appel en principe suspensif selon le droit canon de la mesure disciplinaire prise par l’évêque – estimant, contrairement à son ordinaire, que PFL « est au-dessus de tout reproche sur sa gestion financière et l’utilisation de l’argent » provenant des donateurs, et s’interroge de savoir s’il y a place dans l’Église à un ministère sacerdotal intégralement consacré à la défense de la vie.

Affaire à suivre…

8 comments

  1. caroline

    Humm… c’est avec tristesse que j’apprends que le père Pavone que j’admire temps et qui a changé ma vie abandonne ce ministère qu’il a tant porté.
    Je m’étais moi aussi posé la question de l’utilisation de l’argent… De plus, plusieurs questions se posent : les célébrités dont il s’entoure, le caractère inter-confessionnel, le travail de Rachel Vineyard – notamment la question de l’absolution pour les personnes ayant avorté.

    Autre chose qui me préoccupe : dans les témoignages de « repenties » dans Silent No More, mouvement hébergé par Priests for life, je lis sans cesse des femmes catholiques ayant confessé leur avortement à un prêtre de paroisse et ayant été absolu… sans que ce dernier ne s’en réfère à l’évêque, malgré la loi édictée très clairement dans le CEC et le droit canon.

    Je pense que sur cette question de l’avortement, on est dans une zone grise où les prêtres sont mal formés (nul n’est censé ignorer la loi, non?). Il serait temps que les règles soient les mêmes partout.
    Si quelqu’un pouvait m’éclairer sur ce point…

  2. soha

    chez les tradis aussi, on absout l’avortement…
    Comment ne pas absoudre ce que les évêques ont eux mêmes laissé légaliser?
    que sont les brebis quand les pasteurs les égarent?

    Il y avait autrefois un journal( ou une librairie?) stalinien nommé « clarté »…Et à Moscou on vendait « La Vérité » (Pravda)…

    Nostalgie…

  3. Charles ED Durand

    Priest for Life ne relève pas du diocèse d’Amarillo Tx. J’ai lu le rapport financier et les notes des comptables. Rien à redire. À cet égard pour avoir siéger au sein d’organisemes avoir été membre du comité des finances etc…bref, dans la majorité des cas il y a toujours des recommandations qui invitent à apporter des corrections. La lecture de la lettre de l’évêque me laisse pantois. En effet, des trois prêtres mentionnés le Père Franck Pavone se situe sur un autre critère il est invité par son évêque etc. Il ni a pas d’affaire de moeurs qui pèse sur lui. Qu’il soit connu il l’est et malgré cela cet homme demeure en retrait lors de grandes marches comme celle de Washington où bien sur il est mais il ne prend jamais la parole ni ne monte sur le podium. Il obéit à son évêque mais fait appel à Rome, ce qui est son droit et son devoir.
    Je remarque que sur le Board l’Archevêque de Philadelphie Mgr Charles J. Chaput y siège je ne pense pas qu’il aurait accepté d’accorder sa confiance au directeur de PFL s’il y avait eu apparence de scandale financier. L’évêque parle de plaintes,d’inquiétudes qui remonteraient à plusieurs années sur les dons. Ma foi il y a mauvaise foi de sa part car l’audit annuel a été fait. Je doute qu’un bureau de comptables se laisse soudoyer pour produire un audit frauduleux. Aux États-Unis on n’entend pas à rire. Il est arrivé que des comptables falsifient les données, mais quand cela est connu le type est cuit. Prison et ensuite il perd son droit de pratique. Il a le culot de demander aux gens de ne pas envoyer de dons… Il y va fort l’épiscope. En fait, il attaque non seulement le Père Pavone mais tous les cardinaux, archevêques et autres membres du bureau de direction qui ont accordé et renouvelé leur confiance à l’abbé Pavone. Bref, il porte un jugement sur leur discernement et leur jugement. Ça va barder à Rome. L’évêque accuse cardinaux et évêques d’incompétance. Décidément il tire sur beaucoup de monde.
    Prions pour le Père Franck Pavone qui y consacre toute son energie, ses forces et met son sacerdoce au service des plus vulnérables.

  4. ema

    remplace précédent message mal écrit – merci de votre compréhension

    L’avortement fait partie des péchés très graves. Le droit canon établit par son canon 1398 que celui qui provoque l’avortement, si celui-ci a lieu, encourt l’excommunication « latae sentencia » c’est à dire automatiquement. C’est pour cette raison que le pardon de ce péché est réservé au Pape, aux évêques et à quelques prêtres qui ont reçu expressément une délégation. C’est d’ailleurs ce qui c’est passé pour les JMJ à Madrid. L’archevêque de Madrid, Msg Rouco l’avait expliqué.
    La confesse et l’absolution par ailleurs requièrent les mêmes exigences pour l’avortement comme pour les autres péchés (donc sans restriction mentale: regret sincère sur le passé et tout faire pour ne pas recommencer, car l’être humain est bien sûr vulnérable, mais il doit lutter).

    Donc même si je ne connais absolument pas cette affaire nord-américaine, je suppose que le prêtre n’est pas « clair » par rapport au droit canon et son évêque.

    Ce n’est pas un question de pardonner ou ne pas pardonner ce qui est légal. Un péché peut être parfaitement légal au regard de la loi des hommes! C’est que notre Seigneur Jésus n’a pas été envoyé par le Père pour ne pas accorder le Pardon, mais ce pardon ne se fait pas dans n’importe quelle condition!

  5. John

    Décidément le diable s’acharne. Que la décision de l’évêque soit justifiée ou non, le mal provient de la même source. Corapi, HLI, PFL… le pape menacé de poursuites judiciaires pour « crimes contre l’humanité »…

    Prière et jeûne, mes frères.

  6. Perpétue

    Sans être absolument sûre, je crois que certains prêtre reçoivent de leur évêque le droit d’absoudre le péché d’avortement.

    Aux JMJ de Madrid, c’était le cas:

    « Si dans certains pays et diocèses ce pouvoir d’absoudre un « péché réservé » est habituellement délégué à de nombreux prêtres, le principe reste que l’évêque seul peut lever cette excommunication après confession en bonne et due forme.

    C’est l’archevêque de Madrid, le cardinal Rouco Varela, qui a décidé de déléguer largement ce pouvoir à l’occasion des JMJ, pour que « tous les fidèles qui se rendront aux célébrations des JMJ puissent avoir accès plus facilement aux fruits de la grâce divine, qui leur ouvre les portes d’une vie nouvelle », comme l’explique le communiqué du diocèse cité ici.

    Le communiqué précise que les jeunes s’accusant d’avortement recevront l’absolution à condition de s’en être réellement repentis et d’accomplir une « pénitence convenable ». »

    http://leblogdejeannesmits.blogspot.com/2011/08/jmj-lignorance-des-medias-francais.html

  7. caroline

    Effectivement, Soha. La dichotomie entre les règles et les pratiques sur cette question douloureuse et mortelle de l’avortement au sein de l’Eglise catholique me semble être un scandale. De plus, j’ai constaté qu’elle n’est pas connue des catholiques, fussent-ils pratiquants, ou même ayant avorté, que je côtoie. Et ensuite, on s’émeut d’une excommunication s’appliquant pourtant latae sententiae Plus le temps passe, plus la position de l’Eglise sur la défense de la vie me paraît de moins en moins claire…

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