BXVI Jean Madiran

Jean Madiran salue « la détermination, la fermeté et le dynamisme » de l’épiscopat américain

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Avec la finesse d’analyse qu’on lui connaît, Jean Madiran a consacré, sous le titre « La liberté religieuse en première ligne », sa chronique dans le quotidien Présent (n° 7758 du 10 mars) à une réflexion sur le “bras de fer” imposé par la clique d’Obama à l’Église catholique, et salue « [la] détermination, [la] fermeté et [le] dynamisme » de l’épiscopat américain « peu courants en Europe » (suivez mon regard…). Voici cette chronique reproduite ici avec l’aimable autorisation de Présent que je remercie de sa générosité et dont je ne saurais trop recommander la lecture car ce quotidien courageux n’a pas d’équivalent en France… D.H.

Aux hôpitaux, aux écoles, aux institutions catholiques ayant des salariés, le président Obama veut imposer l’obligation de souscrire à une assurance maladie universelle remboursant les produits pharmaceutiques abortifs, la contraception et la stérilisation.

L’épiscopat américain fait front en invoquant la « liberté religieuse » qui est « l’élément vital du peuple américain » et le « premier amendement de la Déclaration [américaine] des droits de l’homme ». Le cardinal Timothy Dolan, archevêque de New York et président de la Conférence épiscopale, a protesté le 25 janvier dans un éditorial du Wall Street Journal reproduit le 4 mars par La Documentation catholique. Il déclare qu’« obliger des religieux et des citoyens à payer pour des actions qui bafouent leur doctrine est une attaque sans précédent [du moins en Amérique ?] à la liberté religieuse ». Et le 22 février il envoie à tous les évêques américains une lettre de mobilisation qui proclame : « Le président Obama doit abroger [cette] loi. »

C’est manifester dans « ce combat important » une détermination, une fermeté, un dynamisme peu courants en Europe. L’invocation de la liberté religieuse est peut-être l’argument le plus immédiatement adéquat en raison de la Constitution et de la mentalité américaines. Toutefois le cardinal Dolan, dans son article du 25 janvier, ne manquait pas d’observer :

« Les Amish ne prennent pas d’assurance maladie. Le gouvernement respecte leurs principes. Les chrétiens scientistes veulent être guéris par la prière seule, et la nouvelle loi qui réforme le service de santé les respecte. Les Quakers refusent de tuer même en temps de guerre, et le gouvernement respecte ce principe d’objection de conscience. L’administration Obama ne montre pas le même respect pour les consciences des catholiques qui n’acceptent pas de traiter une grossesse comme une maladie. »

Il s’agit donc d’une attaque ciblée contre l’Église. Elle est inévitable parce que la démocratie moderne est incompatible avec l’Ancien et le Nouveau Testament présentés comme la Vérité, objective et irrécusable. Si la religion catholique passe sous silence le fait qu’elle ne se fonde pas principalement sur une exigence de la conscience individuelle (ou collective par le mythe de la « volonté générale »), alors elle risque fort de n’être plus rien. Par exemple, son refus de l’avortement se présentant, au nom de la liberté religieuse, comme une opinion aussi permise et aussi respectable que les opinions contraires, n’arrête pas de n’avoir aucun effet sur le déroulement du génocide mondial le plus massif de l’histoire.

La loi de Dieu aurait-elle été abolie au point que l’on n’en entende plus parler ? La parole ecclésiastique n’ose plus la dire dans sa totale rigueur : tout acte sexuel en dehors du mariage indissoluble entre un homme et une femme est un péché mortel s’il est commis avec pleine connaissance et entière volonté. C’est la loi divine, il n’appartient pas à l’homme de la changer, mais seulement, s’il l’a transgressée, d’aller par la pénitence à la rencontre de la miséricorde toujours offerte. Puisque la parole ecclésiastique, dans sa pastorale moderne, est aussi inefficace que devenue incertaine, pourquoi ne pas essayer la parole de Dieu, qui est exigence, mais aussi promesse : « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu », a dit Jésus sur la Montagne (Mt 5, 8).

1 comment

  1. Denis Merlin

    Il faut distinguer le droit de la morale individuelle et de la spiritualité.

    Le droit à la liberté religieuse est fondé sur le 1er commandement et il est opposable à tout homme et à l’Etat.

    L’argument des évêques américains est donc valable non seulement pour l’Amérique mais pour toute l’humanité. Il est évidemment injuste de faire financer l’avortement par le Trésor public.

    La loi qu’il vise est divine si l’on veut, mais ce terme porte à confusion. Car c’est surtout la loi naturelle (et non la loi divine positive). La question du péché mortel est une question théologique qui n’a pas sa place dans le droit naturel et/ou humain positif. Le droit pénal n’appréhende pas la fornication.

    Dommage que monsieur Madiran, englué dans ses critiques de la « Démocratie moderne », ne sache pas reconnaître le droit naturel là où il est. Oui, la religion catholique, comme toute opinion religieuse, se fonde sur la conscience individuelle (entendue comme jugement moral sur un cas précis, ici et maintenant). Il y a chez lui des restes de maurrassisme (« La société est tout. » disait Auguste Comte)… Hélas !

    Le droit anglo-saxon est très respectable et je suis tout à fait d’accord avec les évêques américains.

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