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Jean-Pierre Denis ou La Vie… en rose

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Hier dans l’excellente émission du vendredi de Radio Notre-Dame « Le débat de la semaine », Louis Daufresne, directeur de la rédaction, lançait un débat d’actualité étrangère sur le combat des évêques américains pour la défense de la liberté religieuse, auprès de ses trois invités : Paul Ohlott, un protestant évangélique, Victor Loupan, éditeur et chrétien orthodoxe, et Jean-Pierre Denis, catholique et directeur de la rédaction de l’hebdomadaire La Vie. Tout en se disant préoccupé par cette question de la liberté de conscience pour les catholiques aux États-Unis, Jean-Pierre Denis déclarait 

« Je suis toujours un petit peu inquiet quand l’Église s’engage très fortement sur un plan politique, et je pense qu’à terme, et on commence à le voir aux États-Unis, ça se retourne contre le christianisme. Que l’Église intervienne dans le débat public, c’est important ; qu’elle défende la liberté de conscience, c’est extrêmement important. Mais elle doit le faire sans apparaître comme tombant dans la politique politicienne ou partisane ».

J’avoue avoir été, comme on dit familièrement, “estomaqué” par un tel étalage péremptoire de contre-vérités qui, au mieux, trahit le manque de connaissance du dossier par le directeur de la rédaction de La Vie, vous garantissant la scrupuleuse transcription des propos de l’intervenant. Ce qui est en cause aux États-Unis, ce n’est pas qu’une affaire de « liberté de conscience » – ou de respect de la clause de conscience, comme le savent bien les lecteurs d’Americatho au nombre desquels, je le crains, Jean-Pierre Denis ne saurait être compté. La clause de conscience est d’ordre privé et professionnel. Un médecin, par exemple, qui refuserait de pratiquer des avortements ne saurait être, dans nos pays dits “démocratiques”, révoqué par son employeur car ce n’est pas juridiquement une faute professionnelle que de refuser de pratiquer un avortement pour motif de conscience. Mais il s’agit là d’une affaire qui relève de la sphère privée, fut-elle professionnelle. Il en va tout autrement aux États-Unis, et les évêques insistent – unanimes – lourdement sur le fait que ce qui est en péril avec le HHS Mandate, c’est le droit pour l’Église (et tous les croyants) de pouvoir s’exprimer dans le débat public – ce que, pourtant, soutient Jean-Pierre Denis –, au nom de la liberté religieuse ! On s’étonne que, pour un thème plutôt classé – à tort, quand elle est convenablement comprise – à gauche chez les catholiques, Jean-Pierre Denis ne s’en émeuve pas plus que cela mais, qu’au contraire, il s’en « inquiète » et qu’il critique l’épiscopat américain, en gros, d’en “faire un peu trop” au point que, prétend-t-il, comme « on commence à le voir aux États-Unis », cela se retournerait contre lui. Ce qu’on commence à voir aux États-Unis, c’est l’opposé du préjugé de Jean-Pierre Denis. Le combat pour la défense de la liberté religieuse ne divise pas : il rassemble ! D’abord l’épiscopat pour une fois unanime pour faire front à l’agression et soutenu sans ambiguïté et officiellement par Rome. Certes, quelques voix dans l’épiscopat se sont élevées, mezzo voce, pour s’interroger sur l’opportunité de telle ou telle initiative particulière. Je ne veux pas croire que c’est sur cela que se fonde Jean-Pierre Denis pour étayer sa critique. Mais, outre l’épiscopat, cette initiative rassemble et au-delà du catholicisme. Quand une des principales figures des Baptistes du Sud – un courant protestant qui fut notoirement hostile au catholicisme – ose publiquement déclarer que, dans ce combat que mène l’Église pour la liberté religieuse, « nous sommes, aujourd’hui, tous catholiques ! », on ne peut que constater le bon effet sur les chrétiens protestants américains de l’initiative catholique qui est de l’intérêt de toutes les personnes de foi aux États-Unis. Enfin, et pour en finir sur ce chapitre, l’initiative des évêques dans la défense de la liberté religieuse a pour effet de mobiliser et de solidifier les catholiques, ce qui ne me semble pas dangereux ni “inquiétant” pour le christianisme… On l’a bien vu dans le cas particulier du cardinal Timothy Dolan, archevêque de New York et président de la Conférence épiscopale, on en a une nouvelle preuve dans les résultats, rendus publics le 12 juin, du sondage du Pew Research Center : depuis le lancement énergique de la campagne des évêques américains contre le HHS Mandate et pour la défense de la liberté religieuse, en mars/avril, le soutien des électeurs catholiques a Obama est en chute libre : de 53 à 45 % pour l’ensemble des catholiques, de 45 à 37 % chez les catholiques Blancs. Des résultats qui, je l’espère, ne désespéreront pas Jean-Pierre Denis… À moins que les seuls dont l’opinion lui importe aux États-Unis soient les pires ennemis de l’Église : le gouvernement Obama, les grands médias – et les alliés de l’un et des autres chez des catholiques irrespectueux du Magistère – qui rabâchent, comme un mantra, que l’Église catholique fait « de la politique politicienne ou partisane », ce qui est un énorme mensonge, certes commun à la gauche politique et religieuse, mais énorme mensonge quand même. Je ne veux pas croire que Jean-Pierre Denis le fasse sien.

 

1 comment

  1. c

    « je ne veux pas croire que Jean-Pierre Denis le fasse sien. »

    D’autres articles de la Vie, malheureusement, laisse douter de la « conversion » à la réalité des faits de JP Denis

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