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Lettre d’un simple prêtre au New York Times

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La Old Gray Lady, autrement dit le quotidien The New York Times, est une vieille dame grisonnante fort peu digne, confite non pas en dévotion mais dans l’anticatholicisme systématique. L’affaire des prêtres dits “pédophiles” lui a offert maintes occasions de le manifester avec un acharnement quasiment pathologique et une malhonnêteté plus d’une fois épinglée. Certes, le comportement répugnant d’un petit nombre de prêtres dans le passé, ne peut que soulever notre indignation et la dénonciation de ces turpitudes est tout à fait légitime pour des journalistes, à la condition toutefois que par équité ils ne parlent pas que des prêtres “pédophiles” – qui ne constituent, aux États-Unis qu’une infime minorité des délinquants sexuels de cette sorte –, en oubliant les pasteurs, rabbins et les innombrables enseignants du secteur public, et qu’ils parlent aussi des prêtres qui ne sont pas “pédophiles” et se consacrent avec dévouement à leur ministère. Ce sont sans doutes ces deux raisons, et ses deux évidences, qui ont poussé un prêtre missionnaire salésien uruguayen, présent en Angola depuis vingt an, le Père Martín Lasarte, SDB, à envoyer une lettre aux journalistes du New York Times le 6 avril de l’année dernière. Cette lettre n’a, évidemment, jamais été publiée pas son destinataire, mais reprise sur le site argentin Enfoques Positivos peu de jour après, elle a connu une diffusion extraordinaire sur l’internet de langue espagnole. Traduite en anglais, elle a également été largement diffusée dans le monde anglo-saxon. J’en ai reçu une version française qui ne m’a pas satisfaite. J’ai donc consacré quelques heures, hier, à la remettre d’aplomb en m’appuyant sur l’original espagnol – bien que je ne sois pas très à l’aise avec cette langue. Cela vaut la peine d’être lu… D.H.

Un missionnaire qui est la présence agissante de Jésus-Christ au milieu des plus pauvres

Cher frère et chère sœur journalistes,

Je suis un simple prêtre catholique. Je me sens heureux et fier de ma vocation. Cela fait vingt ans que je vis en Angola comme missionnaire.

Je ressens moi-même une grande douleur pour le mal immense que des personnes qui devraient être des signes de l’Amour de Dieu, soient un poignard dans la vie d’êtres innocents. Il n’y a pas de mots pour justifier de tels actes. Il n’y a pas de doute que l’Église ne peut être que du coté des faibles, des plus démunis. Pour cette raison, toutes les mesures que l’on peut prendre pour la prévention et la protection de la dignité des enfants seront toujours une priorité absolue.

Je constate dans de nombreux médias, surtout dans votre journal, une amplification du thème des prêtres pédophiles, cela d’une manière morbide, scrutant dans leurs vies, les erreurs du passé. Il y en a un dans une ville des États-Unis dans les années 70, un autre en Australie dans les années 80, et ainsi de suite, d’autres plus récents… Certainement tous des cas condamnables ! Il y a des présentations journalistiques pondérées et équilibrées, d’autres amplifiées, remplies de préjudices et même de haine.

Mais on s’étonne de trouver si peu de nouvelles et de constater le manque d’intérêt sur les milliers de prêtres qui sacrifient leur vie et s’épuisent pour des millions d’enfants, pour les adolescents et pour les plus défavorisés aux quatre coins du monde.

Je pense que le New York Times ne sera pas intéressé d’apprendre que j’aie dû transporter beaucoup d’enfants faméliques par des chemins minés à cause de la guerre en  2002,  entre Cangumbe à Lwena (Angola), car le gouvernement ne pouvait le faire et les ONG n’y étaient pas autorisées ; que j’aie dû enterrer  des dizaines d’enfants morts lors d’exodes survenus du fait de la guerre ; que nous ayons sauvé la vie à des milliers de personnes dans le Moxico grâce au seul centre de santé existant dans une  zone de 90 000 km2, en distribuant de la nourriture et des semences ; que nous ayons pu fournir éducation et écoles au cours de ces dix dernières années à plus de 110 000 enfants.

Il n’est d’aucun intérêt qu’avec d’autres prêtres nous ayons eu à secourir près de 15 000 personnes dans les campements de la guérilla, après qu’elles aient rendu les armes, parce que les vivres du gouvernement et de l’ONU n’arrivaient pas. Ce n’est pas une nouvelle intéressante qu’un prêtre de 75 ans, le Père Roberto, parcoure la ville de Luanda, soignant les enfants des rues, les conduisant à un foyer d’accueil, pour qu’ils soient désintoxiqués de l’essence qu’ils avalent pour gagner leur vie comme cracheurs de feu.

L’alphabétisation de centaines de prisonniers n’est pas non plus une information. Que d’autres prêtres, comme le Père Stéphane, organisent des auberges de jeunesse pour que des jeunes maltraités, battus, et même violés y trouvent refuge. Pas davantage, que le Père Maiato, avec ses 80 ans, visite les maisons des pauvres, une à une, réconfortant les malades et les désespérés. Ce n’est pas une information que plus de 60 000 – sur les 400 000 prêtres et religieux qu’on compte aujourd’hui – aient quitté leurs pays et leurs familles pour servir leurs frères dans une léproserie, des hôpitaux, des camps de réfugiés, des orphelinats pour enfants accusés de sorcellerie ou orphelins de parents morts du sida, des écoles pour les plus pauvres, des centres de formation professionnelle, des centres d’accueil pour les séropositifs, etc.

Ou, surtout, dépensant leur vie dans des paroisses et des missions, motivant les gens pour mieux vivre et surtout pour aimer. Ce n’est pas une information que mon ami, le Père Marc-Aurèle, pour sauver des enfants pendant la guerre en Angola, les ait transportés de Kalulo à Dondo et qu’en revenant de sa mission, il ait été mitraillé en chemin. Que le Frère François avec cinq dames catéchistes, soient morts dans un accident en allant aider des régions rurales les plus reculées du pays.

Que des dizaines de missionnaires en Angola soient morts d’une simple malaria, faute de moyens sanitaires. Que d’autres aient sauté sur une mine, en visitant leurs fidèles. Dans le cimetière de Kalulo se trouvent les tombes des premiers prêtres qui sont arrivés dans la région : aucun n’a dépassé les 40 ans…

Ce n’est pas une information que suivre un prêtre “normal” dans son travail journalier, dans ses difficultés et ses joies, dépensant sa vie sans bruit en faveur de la communauté qu’il sert. La vérité, c’est que nous ne cherchons pas à faire les informations, mais simplement à porter la Bonne Nouvelle, cette Nouvelle qui, sans bruit, a commencé dans la nuit de Pâques. Un arbre qui tombe fait plus de bruit que mille arbres qui poussent. On fait beaucoup plus de bruit pour un prêtre qui commet une faute, que pour des milliers qui donnent leur vie pour les pauvres et les indigents.

Je ne prétends pas faire l’apologie de l’Église et des prêtres. Un prêtre n’est ni un héros ni un névrosé. C’est simplement un homme normal qui, avec sa nature humaine, cherche à suivre Jésus et à Le servir dans ses frères. Il y a des misères, des pauvretés et des fragilités comme chez tous les êtres humains; mais également il y a de la beauté et de la grandeur comme en chaque créature. Insister d’une manière obsessionnelle et persécutrice sur un thème douloureux, en perdant de vue l’ensemble de l’œuvre, crée véritablement des caricatures offensantes pour le sacerdoce catholique, par lesquelles je me sens offensé.

Je te demande seulement, ami journaliste, de rechercher la Vérité, le Bien et la Beauté. Ainsi tu grandiras avec noblesse dans ta profession.

Dans le Christ,

P. Martín Lasarte, SDB

 

8 comments

  1. Pingback: Un prêtre écrit au New York Times | Chrétienté Info | Eglise Catholique

  2. colibrivole

    Que Dieu le Père vous bénisse saintBerger ! Oui soyons fiers de nos prêtres et prions pour leur sacerdoce fidèle au Christ. Alleluia !

  3. LMD

    Excellent article, merci à notre cher Admin.
    Une petite coquille cependant:  »sauvé la vie à des milliers de personnes au Mexique grâce au seul centre de santé existant dans une zone de 90 000 km2 », s’agissant de l’Angola, il doit plutôt s’agir de la province de Moxico, à l’Est du pays, province frontière avec la Zambie et à la RDC (ex-Zaire). Bien amicalement

  4. Belliard

    Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’un prêtre est censé être un être d’exception, le pasteur du troupeau, le « haut du panier ». Donc ses crimes pédophiles sont d’autant moins acceptables, surtout qu’ils ont été commis SUR UNE GRANDE ECHELLE : rien qu’aux Etats-Unis plusieurs milliers de victimes et plusieurs centaines de bourreaux.
    C’est d’autant moins tolérable que les catholiques imposent une morale sexuelle stricte à leur ouailles, alors que leurs préfets eux-mêmes se livrent à des turpitudes. L’histoire de la paille et de la poutre en quelque sorte. Ou bien, « ils imposent de lourds fardeaux aux épaules des autres mais se refusent à les porter eux-mêmes ». Donc non les prêtres ne sont pas des gens « comme les autres », ils sont tenus à une plus grande éthique que le reste de la population.

    • Marina

      @ Belliard
      Je m’excuse a l’avance pour mon pauvre francais et le manque des accents etc., mai je voudrais vous dire que je suis completement d’accord avec vous. Car ca : le fait que le pretre est « censé être un être d’exception, le pasteur du troupeau, le « haut du panier » » est la vrai raison d’un tel scandal. Jesus meme a dit clairement : »Maudit ceux qui scandalisent meme un seul de ces petits enfants… »

      En plus je desire souligner que:
      – les authorites religieuses catholiques ont toujours cherche de proteger les pretres pedophiles de la justice et refusant de les consigner a la police on prefere’ les deplacer en tout secret dans une autre paroisse, ou’ souvent ils ont continue’ a etre en contact direct avec des enfants qui sont devenus eux aussi des victimes (donc l’Eglise n’as pas ete’ du cote’ des plus faibles et des plus demunis!)
      – Il y a beaucoup de jeune gens (qui ne sont pas pretres) qui vont au pays comme l’Angole ou l’Equador pour aider les pauvres et la’ ils sont morts (eux aussi) « d’une simple malaria, faute de moyens sanitaires ».
      J’en connais au moins un cas personellement!
      Eux aussi ne font pas « news ».
      – Les gens normales qui donnent leur argent et surtout leur temps a des causes humanitaires, parfois meme d’une facon heroique, eux aussi ne font pas « news »
      Mais si une mere tue ses enfants alors la, oui! ca fait «news », et tout le monde s’acharne sur cette histoire negative (car ca ne corresponds pas a l’image idealisee de la “mere”). Eh bien comme les meres n’ont pas le soutien qu’un pretre catholique recoit de son Eglise, elles sont mises en prison, tout simplement. Il n’y a personne qui les protege.
      On peut dire que tuer un enfant est plus grave que le violer, mais je refuse cet argument! Un enfant viole’ par un homme qui a ses yeux innocents represente Dieu en terre est tue’ spirituellement et sa vie ne sera jamais plus comme avant!
      – le travaille d’un journaliste est justement de porter a la conscience de la societe’ tout ce qui n’est pas bon – soit-il politique, financier, religieux ou sociale – pour creer un movement d’opinion qui favorise un changement positif. C’est bien grace a ca que l’Eglise Catholiques a (tres recemment) change’ ses directives sur quelles actions il faut suivre vis a vis d’un pretre pedophile.

      Vu son interet pour le bien-etre des enfants et des plus défavorisés au monde, Pere Lamarte devrait etre content de voir ces changements positifs prendere pied a l’interieur de son Eglise et reconnaitre que l’action des journalistes, meme les plus acharnes, a contribue’ positivement a ces changements!

  5. Clara Costa

    Cher padre Martin Lasarte,

    nul doute que votre oeuvre comme missionnaire est louable.

    Cependant, je crois que le travail du journaliste est d’informer les populations du monde sur toute VÉRITÉ quelle qu’elle soit, incluant la dénonciation de tout acte de pédophilie.

    Clara Costa

  6. Pingback: *LETTRE D’UN PRÊTRE CATHOLIQUE* AU JOURNAL LE NEW YORK TIMES/Preuve que nos prêtres ont besoin de nos prières en URGENCE* | *Messages-Prophéties-Par les Saints et les Prophètes*

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