McLaughin

L’évêque américain qui a participé à Vatican II en parle…

Download PDF

 

Il fêtera, si Dieu le veut, son 86ème anniversaire le 7 décembre prochain. De quatre moins plus âgé que Benoît XVI, Mgr William J. McNaughton, né à Lawrence (Massachusetts), est l’un des soixante-dix derniers Pères vivants ayant participé au concile de Vatican II. Ordonné prêtre le 13 juin 1953 pour les Maryknoll, la Catholic Foreign Mission Society of Maryknoll (société des missions étrangères des États-Unis), fondé en 1911 pour l’évangélisation de l’Extrême-Orient, de l’Asie du Sud-Est, de l’Amérique latine et de l’Afrique. Il fut prêtre en Corée du Sud, puis nommé vicaire apostolique d’Incheon (Corée du Sud) en 1961 et enfin évêque de ce nouveau diocèse lors de son érection en 1962, dont il deviendra émérite le 25 avril 2002, voici donc dix ans. Dans un entretien viéo accordé à Catholic New Service, l’évêque s’exprime sur le concile de Vatican II et certaines de ses dérives. La ligne est très “ratzingérienne” – herméneutique de continuité. Un document qui se regarde avec intérêt. Pour ceux qui ne parlent pas l’anglais, j’ai traduit l’article où apparaissent les principales citations de l’évêque. À noter aussi, et c’est une curiosité, l’apparition pendant 5 secondes dans cette vidéo, à 2’ 06”, de Mgr Bernard Fellay, le supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, célébrant les Saints Mystères…

C’était le 11 octobre 1962, et l’évêque d’Inchon en Corée, marchait dans la procession de plus de 2 200 évêques entrant dans la basilique Saint-Pierre en ce jour d’ouverture du concile de Vatican II.

« Toutes les sources d’éclairage étaient allumées dans la basilique en raison de la présence de la télévision » précise l’évêque qui fut ordonné pour la société de Maryknoll. « Littéralement, j’étais bouche bée tandis que j’entrai le regard levé, car j’étais habitué aux minuscules chapelles et aux petites églises en Corée. C’était incroyable.

« Je pensais que j’étais à la porte du ciel » nous dit l’évêque William J. McNaughton, en évoquant son premier séjour à Rome.

Cinquante ans plus tard, jour pour jour, l’évêque natif des États-Unis y était de retour, un des quinze Pères conciliaires – sur les soixante-dix encore vivants – pour assister à une Messe en plein air place Saint-Pierre marquant le jubilé d’or de cet événement capital.

L’évêque McNaughton, 85 ans, a participé aux quatre sessions de Vatican II de 1962 à 1965 n’en manquant que deux journées en raison d’une maladie.

Il déclare que « le plus grand moment » du concile fut l’approbation de Lumen Gentium, la constitution dogmatique sur l’Église, « un document somptueux » qui consacre tout un chapitre au thème du « peuple de Dieu ».

Cette expression a souvent été interprétée comme se rapportant aux laïcs, déclare l’évêque, mais une lecture de la constitution montrera avec toute évidence qu’elle se réfère à tous les membres de l’Église, y compris le Pape et les évêques.

Mgr McNaughton parle avec regret d’autres cas d’ignorance ou d’incompréhension des documents de Vatican II.

La constitution sur la Sainte Liturgie, Sacrosanctum Concilium, a permis qu’on déplace le tabernacle qui contient l’Eucharistie, dans une chapelle séparée pour la dévotion, mais beaucoup de curés l’ont purement et simplement expédié sur le côté du sanctuaire principal.

« Je pense que ce fut une grave erreur » déclare l’évêque. « Les gens de nos jours n’ont pas une pleine compréhension de ce qu’est un tabernacle, que le Christ est présent dans l’Eucharistie au tabernacle ».

Ce même document demandaient qu’il y ait moins de statues dans les églises, mais des responsables « enlevèrent purement et simplement toutes les statues et mirent celles de la Bienheureuse Vierge Marie dans un couloir ou hors l’église dans le vestibule d’entrée », nous dit-il. « Il est évident qu’ils n’avaient pas lu ce document ».

Perfectae Caritatis, le décret sur la rénovation et l’adaptation de la vie religieuse, demandait aux religieuses [et aussi aux religieux, cf. § 17 du décret] de modifier leur habit relativement « aux circonstances de temps et de lieux ainsi qu’aux besoins de l’apostolat ».

« Il ne disait pas que l’habit devait être supprimé, et je crois que ce fut une grosse erreur », déclare l’évêque, car l’habit est un « signe de consécration ».

Pour corriger et empêcher de telles incompréhensions, l’évêque soutient avec enthousiasme l’appel de Benoît XVI aux catholiques à relire les documents du concile comme observance particulière de l’Année de la Foi qui s’est ouverte par la Messe anniversaire du 11 octobre.

L’évêque est également d’accord avec l’enseignement de Benoît XVI, réitéré par le pape lors d’une audience donnée aux Pères conciliaires le 12 octobre, que Vatican II devait être reçu en continuité avec les traditions millénaires de l’Église, et comme une rupture radicale avec le passé.

« Il n’y a pas de rupture dans les documents du second concile du Vatican, avec les précédents conciles, avec l’enseignement précédent de l’Église », dit Mgr McNaughton.

« Regardez les notes de bas de page, précise-t-il. On y trouve des références constantes aux différents conciles œcuméniques de l’Église… et on y trouve aussi beaucoup de références aux Pères de l’Église. On est donc bien dans une continuité ».

En conséquence, l’évêque rejette les arguments selon lesquels le concile était, en quelque sorte, blâmable pour le déclin de l’observance catholique et la montée du laïcisme au cours du demi siècle qui a suivi, particulièrement en Europe et ailleurs en Occident.

« Ce n’est pas le concile qui est cause de cela » dit-il, notant, par exemple, que Gaudium et Spes, la constitution pastorale sur l’Église dans le monde moderne, est explicite dans sa condamnation de l’avortement que l’évêque indique de nombreuses fois être le mal symptomatique du « monde païen » d’aujourd’hui.

Regagner ce monde à l’Église est le but de la nouvelle évangélisation qui est le sujet du synode des évêques, qui durera trois semaines et s’est ouvert le au Vatican le 7 octobre. Aussi peu prometteur que semble être l’environnement politique pour ce projet, l’évêque Mc Naughton est finalement confiant.

« C’est la grâce de Dieu qui va tout opérer, nous ne sommes que des instruments », dit-il. « C’est par la prière et les sacrifices, les pénitences cachées, que nous en ramènerons beaucoup à la foi ».

 

5 comments

  1. Struyven

    Combien j’attendais ce genre d’article depuis si longtemps et je puis vous assurer que je ne suis pas la seule ! J’étais contre Vatican II bien qu’étant chrétienne, catholique, romaine et aimant notre bon pape Benoit XVI. un jour, cependant, j’ai pu lire les grandes lignes de Vatican II et étonnée, ai constaté que cela me convenait très bien. Le manque de compréhension qui me faisait souffrir n’était pas en fin de compte lié à Vatican II en soi, mais à toutes les déviances que nous avons constatées. On a commencé délicatement à nous enlever les statues de saints dans nos églises (qui étaient des dons faits par des chrétiens). Puis ce fut une liturgie de Messe en 1/2 chrono. Puis pas mal d’autres déviances. Je ne suis pas contre le progrès mais contre les progressistes qui ont tellement bouleversé le cours des choses, en sont venus à vider le sens même de notre foi, qu’elle soit théologique ou populaire. Discrédit sur la Sainte Vierge, processions rares devenues du folklore. Procession du Saint Sacrement inexistante pratiquement. Plus d’adoration ou beaucoup plus difficile de les obtenir. Désobéissance flagrante au saint Père…..et j’en passe.
    Cela fait des années que je n’apprécie guère M.Ringlet pour ses prises de position et son mépris du saint père. Je ne suis pourtant pas une extrémiste ni traditionnaliste qui ne cherche pas à évoluer, tout en restant fidèle à la Parole de Dieu. Je pense que si on suit les progressistes, nous devrions être honnêtes et arracher pas mal de page de la Bible dont la Parole de Dieu est acceptée…..à la carte. On retire tout ce qui dérange.
    Mon âme a retrouvé toute sa sérénité en lisant cet article.
    Merci infiniment Mgr MacNaugton. Que Dieu vous bénisse.

  2. Pierre Daudé

    Bravo pour cet article, tout à fait d’accord avec Struyen…..Je savais à peu prés tout cela mais à force d’entendre les pour et les contre, on finit par douter de soi-même.

  3. Pingback: Une vidéo de CNS sur le pèlerinage Summorum Pontificum à Rome | Riposte-catholique

  4. noos

    Oui bon c’est bien gentil ce n’est pas le Concile qui est responsable ….. Mais toujours est-il que , de fait , il a été suivi chronologiquement de très grands désordres et errements de toutes sortes dans l’Eglise .
    Le Concile n’a pas empéché tout cela au contraire . S’il ne la pas causé , il l’a permis …. Tout ces évènements ont eu lieu sous le regard impavide ou approbateur de nombreux évêques ….

  5. karr

    On ne peut certainement pas accuser le Bx Pape Jean XXIII d’avoir voulu ce qui est arrivé,il a bien au contraire déclaré que ce Concile ne rompait en rien avec les précédents,la doctrine devait demeurer la même.
    Lui même en 1962 faisait paraître un Missel que nous utilisons toujours dans la Tradition,les épiscopats Allemand,hollandais et Français ont influé sur l’interprétation donné à ce Concile,la presse y a joué un rôle néfaste,les erreurs d’interprétation étaient diffusées par des participants alors que les propositions n’étaient pas encore votées..
    Ce Concile a été saboté dès le départ et appliqué en le déformant volontairement sur le terrain.
    Peut-être aurait-il du ne pas être convoqué en cette période troublée des années d’après guerre.
    Il est toutefois certain que l’Eglise en a beaucoup souffert!
    Le réformer serait-il possible?
    Les textes de ce Concile manquent de clarté,chacun peut l’interprèter à sa guise.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *