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Le « nouveau » pape vu par un prêtre d’Argentine

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Pour les 3 ans de l’élection du pape François, un retour en arrière sur l’homme.

Avec son autorisation nous publions ici la lettre du Père Frédéric Forel qui nous parle du pape François vu de l’intérieur . Le 14 mars 2013

Bonjour,

Merci bcp pour vos messages à l’occasion de l’élection du Card. Bergoglio, archevêque de Bs As, au Siège de Pierre. Les journalistes parlent de l’Argentine et vous pensez à cet ami là-bas plein Sud ! Vous aurez noté que lui-même, dans ses premiers mots, a dit que ses frères cardinaux étaient allés le chercher très loin !

En quelques mots c’est :

–          un homme connu et reconnu pour être un pasteur efficace avec une très bonne qualité d’écoute d’autrui.

–          difficile à classifier dans le ‘tradi’ ou un certain progressisme. Les journalistes se tromperont s’ils s’essaient à ce jeu. Lui-même est insensible à ces catégories mais par contre, il a horreur que la politique s’invite chez les clercs, dans leurs homélies par exemple. C’est un homme de Dieu, point !

–          se contentant de très peu pour vivre (il se faisait la cuisine à Bs As), préfère le car à l’avion, le métro à la voiture. Tout est dit dans le choix de son nom avec F. d’Assise.

–          il a une prise de parole compréhensible par tous et allant dans le vif du sujet : bref et incisif ! Vous le découvrirez en pièce jointe dans sa lettre pastorale de Pâques 2013. Pardon, je n’ai pas trop de temps pour la traduire.

–          Il n’aime pas beaucoup voyager. Aller à Rome lui coûtait me disait mon évêque. Là, il va être servi. On l’attendra avec grande joie aux JMJ de Rio en juillet prochain.

–          J’ai utilisé pour les catéchistes de la paroisse ses lettres adressées à celles de Bs As. On voit très vite que le primat de la vie spirituelle et sortir à la rencontre des gens, frapper à leur porte pour annoncer Jésus surtout à ceux qui sont isolés par le milieu social défavorisé, enfermés dans la solitude, la maladie, la drogue, sont une priorité. En ce sens, il pousse beaucoup ses curés à faire de même.

–          En 2010 est sorti un livre de conversations avec deux journalistes intitulé : ‘Le jésuite’. Il s’y révèle depuis ses racines familiales et sociales humbles jusqu’à un souci permanent de faire de ce jeune pays (200 ans d’indépendance) qu’est l’Argentine, un peuple où habite la fraternité (loin de cette mentalité de confrontation permanente), la valorisation des richesses culturelles locales sans croire qu’ailleurs c’est toujours mieux (USA et Europe pour les descendants d’immigrants),  et une foi vivante qui soigne les blessures du passé par le pardon (dictature de 1976 à 83) et projette vers l’espérance d’un futur où justice et solidarité chassent corruption et matérialisme.

–          Enfin, selon mon évêque et cela se note en l’observant réagir dans les medias, c’est un authentique jésuite : Très fin, au regard ample sur la réalité, un discernement typiquement ignacien. Avec tout le respect qu’on lui doit, c’est un malin ! Il saura obtenir ce qu’il cherche. Par contre, si un sujet ne l’intéresse pas, l’interlocuteur s’en rendra vite compte.

 

A la différence des premières photos ou images depuis le balcon de la basilique St Pierre en ce jour historique de 13 mars, lorsqu’on le rencontre, il n’a pas le sourire facile. C’est un homme austère et cependant, j’en ai fait l’expérience, il répondra toujours de sa main à votre courrier par de minuscules et brèves lignes. J’oubliais : il a une très grande capacité et exécution de travail.  Les curés de Bs As pouvaient l’appeler quand ils le voulaient et il était toujours disponible pour eux sans passer par les évêques auxiliaires-vicaires généraux. Là encore, l’accompagnement ignacien fait partie de son ADN spirituel.

Ici, au-delà de la fierté qu’il soit ‘de nuestra tierra’, il y a une profonde joie de le cœur des laïcs (et pas que des catholiques pratiquants) comme des prêtres. Très heureux d’avoir un Pape du ‘Nouveau Monde’, un homme humble, simple, capable, et spirituellement très profond. En ce mercredi soir, la cathédrale de Viedma était comble et les applaudissements n’ont pas manqué. Merci de votre prière pour lui.

Frédéric Forel, prêtre