Architectonique philosophique de la gauche

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Les temps électoraux constituent une occasion bénie pour analyser les éléments fondamentaux de la dichotomie droite/gauche, la question la plus passionnante de la politique.

Notre blog est un think thank catholique, donc de droite, et soucieux de donner des éléments critiques pour faire son choix politique. Le débat politique s’exempte beaucoup trop souvent d’un debat de fond sur les idées fondamentales – les choix philosophiques – qui portent les partis et les projets. Proposons donc une grille d’interpétation philosophique des fondements idéaux de la gauche pour aider nos compatriotes à faire leur choix.

1° Deux injonctions portent la modernité : “soit le plus compétitif !” Et “soit le plus égal !” (rappelé par Pierre Manent à l’Academie catholique de France en 2010). Ici un choix s’opère entre ces deux injonctions exclusives. À la promotion du mérite (liberté) par la droite, s’oppose la promotion de l’égalité par la gauche. Jusque-là très bien. Mais demande de pouvoir discerner ce qui se joue entre liberté et égalité. L’égalité, telle qu’elle est concue en opposition au mérite, devient une force contre-productive. On ne peut pas promouvoir l’assistanat, aider ceux qui “en on besoin”, sans en retirer à d’autres. Quid de la liberté d’être riche ? De la liberté d’être talentueux, et de tirer profit de son talent ?

D’autre part, à cette volonté d’égalité se dessine en contraposition un concept affolé de liberté. En effet, si tous sont égaux, tous ont les mêmes droits, et ce de manière absolue. Les gays à se marier et à avoir un enfant, les trans-genres à être remboursés de leur opération par la sécu, les musulmans à voir s’édifier des lieux de culte gracieusement offerts, etc. L’égalité, sans la liberté, et sans ordre moral, n’est plus qu’un état de nature outrancièrement generalisé.

La religion de la gauche, c’est la laïcité. Mais attention, seulement lorsqu’elle s’applique au christianisme. En fait, en toute bonne foi, la tolérance, fondement conceptuel de la laïcité, est un concept forgé en contexte chrétien, au XVeme siècle par des penseurs chrétiens. En toute logique, ce concept ne s’applique donc qu’aux chrétiens, et non aux religions qui, par leurs principes mêmes, peuvent (et doivent) s’en exempter.

3° La gauche fait fond sur une certaine an-historicité phantasmée. Ou plutôt sur un pas en avant qui oublie de prendre son appui en arrière, au risque d’un dangereux déséquilibre. Ce qui se concrétise par la négation des racines chrétiennes de la France et de tout ce qui peut constituer l’identité française. Être plus moderne que les autres, avancer contre les barrières et les préjugés moyenâgeux, voilà le combat du gauchiste. Faire fi de la tradition, et de l’identité, au profit par une volonté de changement radical, alors qu’il faudrait plutôt une transformation. Transformer, c’est changer de forme, une distinction de degré et non de nature – car tout n’est pas mauvais dans le monde.

4° Mais voilà ce qui sous-tend la pensée de l’individu de gauche : tout est mauvais dans ce monde, et seul un “grand soir” (sorte d’apocalypse laïque ou de parousie du leader marxiste) peut rétablir, ou plutôt établir, car rien de tel ne s’est jamais produit, un “nouveau monde”, comme la découverte d’un autre continent. Malheureusement, la géographie a fait des progrès, et seule l’astrophysique peut constituer la science du grand soir.

4° Partant, l’homme de gauche consacre également le droit à la violence sur le droit à la sécurité. Il est de bon ton de s’indigner, voir de s’insurger contre ce qui se passe dans le monde, et qui ne correspond pas aux lunettes de gauche. Et puisque rien n’y correspondra jamais, il faut se battre contre des moulins à vent pour instaurer des chimères. Par là s’explique la légitimation du conflit et de la violence dans la société. Comprenez : il est légitime que pour des causes imaginaires les gens se lancent dans des violences qui le sont beaucoup moins. La faute à la société, comme on dit. Mais qu’est-ce que la société, sinon nous, et seulement nous ? La société n’est pas autre, d’une altérité insurmontable, elle est ce que nous faisons d’elle.

5° La charité (laïcisée, donc, si cela se peut) est apparemment l’apanage de la gauche. Mais il faut bien discerner le concept d’amour qui le sous-tend : un amour strictement alterophile et déconstructeur, qui consacre la prééminence de l’autre sur le même. Voilà ce qui motive l’individu de gauche. Aussi aime-t-il et célèbre-t-il tout ce qui est différent (les cultures différentes, la musique nouvelle, plus c’est éloigné, mieux c’est), mais accuse-t-il et dénonce-t-il tout ce qui est traditionnel, et qui a rapport au passé de la France. Il préfère donner des HLM et des aides sociales à l’autre, au nouveau, à l’etranger, plutôt qu’à celui qui est là depuis longtemps, et dont sa famille a travaillé pour construire ses immeubles. Bref, retirer au prochain pour donner au lointain. Un amour déconstructeur, c’est-à-dire qui aime l’autre, mais au détriment du même, celui qui a construit. Ou donner à celui qui n’a pas ce que celui qui a a acquis – souvent difficilement (à titre indicatif, la parole dit : “on donnera à celui qui a, mais à celui qui n’a pas on enlèvera même ce qu’il a.” Marc 4:25). Ce n’est donc pas une répartition des richesses, mais une déconstruction de la richesse d’une histoire qui a construit. Un amour qui aime au détriment d’un autre n’est pas un véritable amour. Électeurs chrétiens, et les autres, pensez-y.


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