Le verbe politique et le Verbe chrétien. Une année en action.

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La politique n’est pas vraiment le lieu de la sainteté par excellence. Surtout en ce moment, lorsque les politiques ne peuvent plus s’adresser que des ”sale mec”. Le verbe politique ne vole pas haut. Les chrétiens s’y connaissent en verbe, parce qu’ils prétendent connaitre le Verbe ; non pas celui qui attaque bassement, cherche à déstabiliser l’adversaire, mais celui qui se déploie comme création, nouveauté perpétuelle, bonté, don et amour.  Par là il appartient aux catholiques de tenir un rôle important en politique. Ils ont reçu. Peut-être doivent-ils maintenant donner à leur tour ce qui leur a été donné à comprendre. Afin de le faire comprendre. Car le Verbe agit, il est performatif. Mais comment ?

De l’action catholique dans le débat politique. 

Un article récent de  (de Riposte catholique) étudie un entretien du Père Denis Biju-Duval, professeur de théologie au Latran (qui vient d’être nommé consulteur au Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation) donné à Famille Chrétienne (2011)  : Depuis Vatican II, les laïcs n’ont pas de « mandat » à recevoir de leur évêque ; en laissant libre latitude d’action aux laïcs. Intéressant. On y lit également ceci :

certains députés se plaignent de ne recevoir de visites que des associations musulmanes et juives et des lobbies gays ou écologiques, les associations chrétiennes étant étrangement absentes

Et Maximilien Bernard de commenter : “2012, année électorale, est tout à fait propice à ces actions d’influence.”.  Le “lobbying” a un rôle tout à fait nécessaire en politique, voir crucial. Il est impossible de s’en exempter. Il ne s’agit certes pas de former des cercles d’influence agissant dans l’ombre, mais de constituer ensemble un vecteur collectif d’idées auprès des décideurs politiques, et en somme de devenir soi-même acteur de la vie politique, ce qui est un devoir de citoyen. Devenir soi-même un acteur : c’est-à-dire s’y investir tel qu’on est avec ce que l’on est. Et si le Christ et son Eglise est le facteur déterminant de notre vie, ne le cachons pas : le débat démocratique requiert que chacun vienne participer tel qu’il est, et non qu’il se pare de (faux) oripeaux.

Articuler le bien à la justice, proposer une liberté subordonnée à la vérité, manifester la dépendance de l’humanité à ce qui la constitue

N’ayons pas honte de participer tel que nous sommes ! Bien au contraire, le catholicisme est configurateur de monde. Il n’est pas qu’une force d’opposition (une “indignation”), mais surtout une force de proposition. Ne pas faire le jeu de Hollande et de la gauche, qui consiste à critiquer pour critiquer. Faire le jeu de la création, de l’idée, de l’innovation. Par exemple articuler le bien à la justice, proposer une liberté subordonnée à la vérité. Ou donner un peu de ce qui nous a été donné (en abondance) à connaitre. Passer de la contestation à la proposition, voilà le vrai défi de 2012.

Attention ! Il ne s’agit pas non plus de se servir de la conversion à Jésus-Christ pour une autre fin, celle du politique, ni pour se parer d’auto-suffisance dans notre discours, alors qu’il nous faut plutôt recevoir du Verbe (c’est le message que tente de faire passer Jean-Luc Marion depuis des années – voir notamment : le croire pour le voir, Parole et silence, 2011) ; mais il s’agit, en construisant son désir, de prolonger l’acte créateur de Dieu dans la direction non pas du “mieux-vivre”, du “juste” ou du “bien”, mais de l’attente sereine – celle de la seconde Parousie.


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