L’indigne mangeoire du Christ, triple A de l’humanité

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Vous vous attendez sûrement à un manifeste anti-capitaliste chrétien qui promeut l’indignation envers cette société de consommation déshumanisante. C’est la mode chez certains chrétiens, qui pensent ainsi renouer avec un Christ révolutionnaire ; mais le Christ est venu ici-bas ni pour faire la révolution, ni pour s’indigner des magouilles des publicains. Il est venu non pas seulement pour tendre la main aux pauvres et envoyer les marchands en enfer, mais pour que le bien soit vainqueur du mal, au moyen de l’indestructible puissance de la charité. Quid de ce mouvement d’indignation ? Quid de cette situation économique délicate, qui frôle l’effondrement à l’approche de ses périodes de fête ?

D’un côté une naissance indigne datant de plus de 2000 ans, de l’autre la perte prochaine du triple A. On s’indigne du système économique qui a mené à cette situation économique difficile, et on se réjouit de cette naissance indigne du roi et sauveur Jésus. L’indigne, l’indigné et l’indignité se mêlent et se re-croisent sans arrêt.

Peut-être parce que la dignité n’est pas le fin mot de l’histoire. 

L’embroglio politique autour du triple A, la crise économique qui l’a provoqué et va le poursuivre, les soucis sociaux et les profits brutaux qui gravitent autour de cette situation, tout cela est certes indigne de l’homme, mais peut-être est-ce la condition de l’homme ? Ce dernier n’a-t-il pas à s’indigner de cette condition pécheresse, qui brille au plus haut point dans sa gestion de l’argent, mais qu’il doit s’indigner de son propre péché. Ou comment passer de l’indignation généralisée (envers le “système”) à l’indignation ciblée (mon péché), cette seconde étant mille fois plus efficace.  Parce que c’est à Dieu de s’indigner, non à son peuple. Les hommes sont indignes, tous, et ils ne leur appartient pas de se sauver en s’indignant, sinon de leur propre péché, mais en (s’)aimant.

Je m’excuse encore pour ceux qui attendaient un manifeste anti-capitaliste. Ce système économique, et ce paradigme libéral (je n’ai pas dit “paradis libéral”, lisez-bien), malgré ses injustices notoires, nous a permis de développer incroyablement le niveau de vie et le champ de liberté politique. Mais notre situation de pécheur n’a pas changé, et ne changera pas avec le monde. Tout comme la grâce, qui restera aussi douce et salvatrice, quoiqu’en dise ou en fasse le monde.

La grâce demeure le triple A de l’humanité, mais l’humanité ne cesse de se rendre indigne de cette confiance.

N’oubliez pas : ce n’est pas la grâce qui est indigne du monde, c’est le monde qui est indigne de la grâce.
Le monde restera ce qu’il est : cupide et vorace. Ne vous en étonnez pas, ne vous en indignez pas (trop).
La grâce restera ce qu’elle est : silencieuse et indigne (du monde). Étonnez vous-en, rendez vous-en digne.

Joyeuses fêtes, voilà notre ultime garantie qui vient !


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