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“Envoyé spécial” et le mouvement pro-vie

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Je viens de visionner la séquence du prochain « Envoyé spécial » qui devait être diffusé ce jeudi après le 20 heures et qui, semble-t-il, a été reportée, puisqu’elle n’est plus annoncée sur le site de la chaîne.

Depuis « Les croisés de l’ordre moral » – c’était en novembre 1995, « Envoyé spécial » annonçait déjà l’apocalypse des « droits de la femme » – rien n’a changé du côté des journalistes de la chaîne que nos impôts financent. Elise Le Guevel et Vincent Barral entendent faire découvrir « Le nouveau visage » des anti-IVG, le but de l’opération étant de montrer que ringards à chapelets ou se trémoussant sur un camion-sono, ils sont en réalité tous les mêmes.

« Il ne faut pas s’y méprendre, la croisade est la même, une croisade morale contre la liberté sexuelle et le droit à disposer de son corps », conclura sur un ton menaçant la journaliste : c’était son propos, son objectif, le but de toutes les images accumulées et soigneusement pourvues d’illustrations sonores inquiétantes, plans peu flatteurs et impressions de caméras cachées pour faire croire à une atmosphère de danger.

Disons-le tout de suite : le reportage ne soutient pas la comparaison avec « Les infiltrés » et ses mensonges à propos des catholiques traditionnels de Bordeaux. Personne, parmi les pro-vie, n’a été positivement piégé sinon peut-être par bêtise – j’y reviendrai – ; il n’y a pas de falsification de ce côté-là…

Premières images : une marche pour la vie à Lyon, avec prêtre en soutane, chapelets et gens qui prient – peut-être même, mais l’image est trop rapide pour en être sûre, un bref passage du cardinal Barbarin parmi les manifestants. Au moment où la voix off décrit « une assemblée aux tempes grisonnantes », on voit un jeune père avec son gamin sur les épaules, une jolie jeune fille, puis le champ s’élargit un peu et on aperçoit des dizaines de jeunes et d’enfants. Mais il s’agit de faire croire qu’il y a une vieille génération, ténébreuse et extrémiste, qui s’incarne sous la caméra de France 2 en la personne de Philippe Isnard, celui qui a été viré de l’Education nationale pour avoir montré un film sur l’avortement.

Pendant un bref instant on imagine même que ce petit documentaire, No need to argue, va passer intégralement à la télévision nationale à heure de grande écoute mais là, faut pas rêver : après quelques images, place aux commentaires péremptoires du Pr Israël Nisand et d’une psychanalyste spécialiste de l’avortement, Sophie Marinopoulos. Celui-là pour dire que tout est « truqué », celle-ci pour dire son dégoût devant les images d’avortement. Truqué, docteur ? Nisand explique qu’il est mensonger de montrer des images d’avortements tardifs comme des IVG qui se passent en France avant 14 semaines (mais il n’y a rien de plus horrible qu’une vidéo d’avortement à 7 semaines – pour ma part j’ai tenu 5 secondes), mais ajoute, quasiment dans le même souffle, qu’il y a 7 000 « interruptions médicales de grossesse » tous les ans en France, laissant entendre qu’on les pratique sur des enfants déjà morts in utero… Faut oser.

Mais le « nouveau visage » des anti-IVG est lui aussi présenté comme terrible. La cible principale est un site : www.ivg.net, dont on explique qu’il a un objectif caché, celui de dissuader les femmes d’avorter en présentant les dangers et séquelles dramatiques de l’avortement : « Des assertions jamais, jamais prouvées nulle part », affirme une responsable de service d’IVG. Car il faut passer sous silence la souffrance des femmes… Où l’on comprend à quel point cette efficace présence auprès de femmes tentées par l’irréparable gêne le lobby de l’avortement ! Quant à l’accuser d’avancer masqué, c’est tout bonnement grotesque. Le contenu très riche de ivg.net est tout à fait explicite et les propos que tient sa conseillère filmée en caméra cachée reprennent simplement ce que chacun peut lire sur le site.

La dernière séquence se concentre sur Aliénor, Parisienne, professionnelle de la santé, « jeune, modérée, positive » comme le dit la voix off. C’est elle qui devait lire le discours final à la Marche pour la vie de Bordeaux lors de la dernière fête des mères : elle refusera, explique-t-elle devant Elise Le Guevel, parce qu’elle n’en assume pas certains propos qui « condamnent ». C’est une Marche pour « réussir le lifting » des pro-vie, commente la journaliste. On voit Aliénor, sous l’œil de la caméra, interdire une pancarte : « On trie même à la dernière minute pour éviter qu’il y a (sic) des choses vraiment pas bonnes, quoi : “halte à l’avortement”, ça non ! » On positive au son de la techno ; Nicolas, responsable de la « com’ », se fait accompagner de la caméra de France 2 pour reprocher au Dr Villette sa bannière et ses tracts où figurent une fleur de lys et une image bien discrète de la Vierge de Guadalupe.

L’opération de com’, en voilà la preuve, a décidément fait flop. Il ne suffit pas de soigner son image pour se faire bien voir des médias, il faut aussi être pour l’« IVG ». Et de vous à moi, il me semblerait plus judicieux que les pro-vie, tous les pro-vie, s’assument eux-mêmes, et les uns les autres, tels qu’ils sont, à plus forte raison devant des caméras que nous savons hostiles.

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