Uruguay : débat sur l’avortement, l’Eglise se montre ferme

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Le Sénat uruguayen a entamé ce mardi l’examen d’une proposition de dépénalisation de l’avortement qui avait été adopté une première fois par le Parlement il y a trois ans, pour se heurter au veto du président socialiste d’alors, Tabaré Vazquez. L’Eglise d’Uruguay s’est fortement impliquée dans la bataille, en avertissant que tous les députés et sénateurs catholiques qui voteraient la dépénalisation seraient excommuniés, comme l’a déclaré le porte-parole de l’archidiocèse de Montevideo, Miguel Pastorino.

En face, la bataille est menée par des organisations « féministes » qui sont actuellement très actives dans toute l’Amérique latine – fonds à l’appui – pour imposer des lois que la population ne réclame pas.

Monica Xavier

La sénatrice socialiste Monica Xavier, initiatrice de la proposition, pense obtenir une majorité pour son texte qui dès 31 votes positifs serait transmis à la Chambre des députés dont 50 des 99 membres appartiennent au « Frente amplio » officialiste plutôt favorable à la légalisation de l’avortement. Et cette fois-ci, le président José Mujica ne devrait pas opposer son veto comme son prédécesseur – qui quitta le parti socialiste uruguayen devant l’obstination de Monica Xavier à représenter le texte –, c’est en tout cas ce qu’il a laissé entendre en faisant savoir qu’il ne s’opposerait pas à des lois votées par le Parlement.

Lors de l’ouverture du débat une manifestation pro-vie et une autre réclamant la dépénalisation de la mise à mort de l’enfant à naître se sont déroulées aux abords du Palais législatif.

La proposition de loi va plus loin que la moyenne des initiatives pro-mort actuelles en Amérique du Sud, prévoyant que toute femme majeure puisse choisir « l’interruption volontaire de sa grossesse pendant les douze premières du processus gestationnel » ; il n’y aurait aucune condition de délai en cas de grossesse consécutive à un vol, en cas de risque pour la santé ou la vie de la femme, et de « malformations fœtales graves, incompatibles avec la vie extra-utérine ».

La loi obligerait également tous les services de santé, publics comme privés, de réaliser gratuitement l’avortement chez les femmes qui le solliciteraient, faisant de ce texte l’un des plus extrêmes qui existent.

Le but du texte, a expliqué Monica Xavier, est d’éviter les morts maternelles lors d’avortements clandestins évalués par le lobby de l’avortement à quelque 30.000 par an dans ce pays de 3,4 millions d’habitants à la démographie déprimée. (Mais l’Uruguay affiche l’un des meilleurs taux de mortalité maternelle d’Amérique latine, ayant atteint les objectifs du Millénaire en ce domaine dès 2010, voir ici. Pour un nombre aussi spectaculaire d’avortements (la France compte quelque 220.000 avortements annuels, 7 fois plus, pour une population près de 20 fois plus importante), voilà une statistique qui ne cadre pas avec le discours qui met en relation interdiction de l’avortement et montée de la mortalité maternelle.

A l’heure actuelle, aux termes d’une loi en vigueur depuis 1938, une femme qui consent à se faire avorter encourt trois à neuf mois de prison tandis que celui coopère à l’intervention encourt 6 à 24 mois (2 à 8 ans si la femme n’est pas consentante).

© leblogdejeannesmits.

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