Suite de l’interview de Paul Byrne sur la “mort cérébrale”

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Suite de l’interview dont la première partie a paru ici.

L’interview du Dr Paul Byrne, spécialiste en néonatalogie qui étudie la mort cérébrale depuis vingt ans, dont je publie la deuxième partie ci-dessous, ainsi qu’une deuxième de taille équivalente, ont été publiées dans Présent datés de mardi et de samedi de la semaine dernière. Le sujet est rarement traité dans les médias francophones, voilà pourquoi je choisis de les mettre en ligne en plusieurs épisodes que je vous invite à suivre avec attention, car c’est un sujet primordial dans le domaine de la culture de mort. Non par le nombre de personnes dont les organes vitaux sont prélevées en France chaque année, qui reste modeste, mais en raison du principe qu’au nom d’une bonne conscience apparemment universelle, il est possible de porter atteinte à la vie de l’un pour rendre possible la vie de l’autre.

 — Est-il donc impossible de prélever des organes vitaux sur un corps mort ?

— Exactement. Et presque tout le monde le sait. Car on sait ce qu’est une personne vivante : regardez-vous vous-même, ou regardez-moi ou n’importe quelle autre personne vivante. Mais un cadavre ? On sait ce que c’est quand on a veillé un mort, quand on a rendu visite à un funérarium. Combien d’organes pensez-vous que l’on puisse prélever sur un cadavre ? Aucun qui soit apte à la transplantation.

 — Vous avez dit que la transplantation d’organes était à la racine de la culture de mort, et même du culte de la mort. La plupart des gens citeraient plutôt l’avortement, la recherche destructrice sur l’embryon, etc.

— C’est pour faire des transplantations d’organes qu’ils ont inventé la mort cérébrale. Je parle de cette « racine » après avoir étudié la mort cérébrale pendant de longues années. Il m’a fallu deux ans au moins pour comprendre le langage. J’ai continué de chercher, en laissant de côté la transplantation d’organes, car j’avais confiance en mes confrères médecins, persuadé que les « transplanteurs » étaient des gens honorables. Au fil des ans j’ai commencé à regarder de plus près ce qu’ils faisaient, et il est devenu clair pour moi que la raison pour laquelle on nous parlait de mort cérébrale était en vue de justifier la transplantation d’organes. On avait essayé de faire des transplantations de cœurs prélevés sur des personnes mortes, mais cela ne marchait pas. Il fallait pouvoir disposer d’un cœur battant prélevé sur une personne vivante. La première opération était celle du Dr Christiaan Barnard en Afrique du Sud en 1967. La deuxième transplantation eut lieu peu après à Brooklyn, New York, où l’on a découpé le cœur battant d’un bébé âgé de trois jours pour le transplanter sur un bébé de 18 jours. Ces deux bébés étaient innocents ; je pense que les parents l’étaient probablement aussi, ils ont été conduits là où ils étaient par les médecins. A la fin de cette journée, les médecins avaient tué deux bébés. C’est le début de toute cette histoire. 

C’est au cours de la première année suivant ces opérations qu’on a monté un comité à Harvard pour étudier la question, ce qui aboutit à la première série de critères de la mort cérébrale, suivie d’une trentaine d’autres en 10 ans, chacune moins rigoureuse que la précédente. Les critères de Harvard exigent l’absence de fonctionnement du cerveau pendant vingt-quatre heures. Ce délai a été ramené à douze heures, puis à six, et trois, et même à une heure. On n’arrête pas de raccourcir cette durée. Pour une certaine série de critères on retient que si on retire le ventilateur d’un patient il suffit de 30 à 60 secondes sans respiration pour le prononcer en mort cérébrale.

Voilà exactement la manière dont il ne faudrait pas pratiquer la médecine : normalement, on développe une meilleure précision et théoriquement les critères devraient devenir plus stricts.

Beaucoup pensent que la « mort cérébrale » suppose des tests sophistiqués, mais non, cela se réduit souvent à l’observation clinique faite sur le patient dans son lit. On peut faire des tests plus sophistiqués mais quiconque a été à l’hôpital sait que même une simple tomographie – une radiographie informatisée – ne peut être faite au bord du lit, pas plus qu’une IRM, impossible à pratiquer s’il y a du métal dans l’environnement. On ne fait donc pas de tests sophistiqués mais des observations cliniques et des tests relativement simples.

Les personnes dont la vie est en danger sont celles qui ont les organes les plus sains : celles qui ont entre 16 et 30 ans. Si une telle personne est blessée à la tête, on va immédiatement chercher à garder ses organes en forme alors que les soins devraient viser à la maintenir, elle, en bonne forme. Ce n’est plus la personne qui est soignée, mais les organes.

 Par exemple, nous savons que si le cerveau est endommagé, s’il y a un œdème, il n’y a pas beaucoup de place sous le crâne : il faut donc donner des doses minimales de liquide pour empêcher l’œdème de s’aggraver. J’ai pu voir l’historique de traitements où le patient recevait des quantités massives de fluides dès le départ – pour maintenir en forme les reins et le foie – bien que cela aggrave la pathologie du cerveau.

 Aux Etats-Unis, les apprentis conducteurs sont invités à devenir donneurs d’organes, c’est presque de l’intimidation. Aucune des personnes que l’on sollicite en ce sens ne reçoit l’information selon laquelle on ne transplante que des organes sains venant d’une personne qui a encore la circulation et la respiration. Elles pensent que les organes sont prélevés après la mort véritable et lorsqu’elles disent « oui », elles donnent leur accord sur une chose à propos de laquelle elles n’ont pas été pleinement informées. Impossible pour elles de faire une décision en pleine conscience, quelle que soit cette décision d’ailleurs. A mon avis il doit en aller à peu près ainsi dans le monde entier.

— Vous me faites penser à la culture aztèque : on y prenait des cœurs battants pour faire vivre le soleil, dans la nôtre, on prend des cœurs, des foies, pour faire vivre d’autres personnes.

— C’est tout à fait ça. Les choses sont similaires. Je crois que la majorité des gens, lorsqu’ils m’entendent, sont d’accord avec ce que je dis et l’acceptent volontiers, car c’est la vérité. Ceux qui font partie de l’industrie de la transplantation d’organes, et ceux qui ont dit à d’autres qu’ils peuvent bien donner leurs organes, sont plus réticents par rapport à ce que j’ai à dire mais cela se comprend, car s’ils reconnaissaient avoir tort, il leur faudrait reconnaître aussi avoir aidé quelqu’un d’autre à mourir. La population en général accepte volontiers, au contraire, parce que la vérité est tellement simple.

— Certes il relève du sens commun qu’il y a une différence entre un vivant et un cadavre et c’est bien ce qu’on dit aux gens. Mais on explique à propos du « mort cérébral » qu’il est en survie artificielle, et qu’il ne vivrait pas sans cela, et par conséquent qu’il vit d’une vie dont il ne devrait pas vivre. Ou pour le dire autrement, il devrait déjà être mort. Que répondez-vous à cela ?

— Il faut se référer à la notion de « ressusciter » [mot anglais pour « réanimer »]. Le mot « ressuscité », appliqué au Christ, renvoie à la résurrection qui intervient après la mort effective d’une personne. En anglais, on donnera l’ordre pour un patient de ne pas le « ressusciter » (de ne pas le réanimer) : le terme est incorrect. Nous médecins, nous ne soutenons pas la vie, mais l’activité vitale : le soutien de la vie vient du Créateur qui donne et qui maintient la vie : une fois que la vie a disparu, nous médecins ne pouvons rien faire. Ce qui est en notre pouvoir, c’est de préserver et de protéger.

 Pour ces patients qui sont reliés à un ventilateur, il faut savoir qu’il s’agit d’un appareil qui pousse l’air dans les poumons, mais il ne pousse pas l’air vers l’extérieur, chose que seul fait le corps vivant. Si on relie un cadavre à un ventilateur, on peut pousser l’air à l’intérieur mais il n’en sort pas. Si le ventilateur fonctionne, c’est bien parce qu’il y a un cœur qui bat et la circulation qui va vers les poumons et vers le reste du corps. Si cela fonctionne, c’est parce que le tissu muqueux très sophistiqué du fond des poumons permet de capter l’oxygène dans l’air et d’expulser le dioxyde de carbone. Cela ne peut pas se produire dans un cadavre.

— Les organes comme le cœur, les poumons, le foie peuvent-ils fonctionner en l’absence de tout fonctionnement cérébral ?

— Oui, ils le peuvent.

— Les critères de la mort cérébrale, si je peux essayer de résumer, disent : pas de fonctionnement cérébral, pas de conscience, pas de vie. N’est-ce pas un point de vue très dangereux ?

— Oui, c’est terriblement dangereux. Quand je reçois mes petits-enfants à la maison, nous prions avec eux avant qu’ils n’aillent dormir, et nous remercions Dieu lorsqu’ils s’éveillent. Je leur explique que lorsque nous dormons, ce n’est pas moi qui prends soin d’eux, pas plus que de moi-même. Qui prend soin de nous alors ? Lorsque nous dormons, ce n’est pas la même chose que de ne pas être conscient, mais dormir et être inconscient, c’est différent d’être mort. La mort, c’est la séparation de l’âme et du corps, la séparation du principe de vie et du corps : Jean-Paul II l’a définie comme la dissolution de la totalité de la personnalité psychophysique d’un homme : il faut la disparition de toute la conscience, et de tout le physique. Si l’on parle de réanimation – et dans cette affaire tout repose sur l’utilisation des mots – on semble dire que l’âme est partie, et qu’elle est revenue, ou qu’il y a une autre âme. L’Eglise catholique enseigne clairement que l’âme est là – on sait qu’elle est là – dès la conception. La vie sur cette terre est un processus continu, depuis la conception jusqu’à la mort véritable. La vie est le fait substantiel de l’unité de l’âme et du corps ; la mort est leur séparation. Par rapport à la personne, nous connaissons la réalité de la vie comme de la mort à travers le corps. Ce que nous avons recommandé et publié dans une revue juridique, c’est que la mort ne doit pas être déclarée à moins qu’il n’y ait destruction des systèmes circulatoire et respiratoire ainsi que de la totalité du cerveau, destruction à constater au moyen de critères universellement acceptés. Nous ne devrions pas déclarer morte une personne dont le cœur bat et qui a une pression artérielle, et qui respire, même si la respiration est soutenue par un ventilateur.

— La plupart des gens auraient un mouvement de recul s’ils savaient que l’on récupère des organes sur des « corps » chauds et roses.

— La plupart des gens n’auraient pas seulement un mouvement de recul, la plupart ne le feraient pas. La plupart ne donneraient pas leur accord pour être découpés ou pour qu’on découpe un fils chéri pour récupérer son cœur battant. Ils ne feraient rien pour hâter sa mort.

— Pouvez-vous nous rappeler le critère de la récupération d’organes donné par Benoît XVI 

— Son enseignement moral sur ce point est assez clair. Il dit que des organes vitaux individuels ne peuvent être extraits sinon « ex cadavere ». Il a dit cela en latin. Comment un corps vivant devient-il un cadavre ? Il faut qu’il passe par la mort véritable. La mort cérébrale, quelle que soit cette réalité, n’est pas la mort véritable.

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