Conférence du cardinal Burke sur “L’antidote à la culture de mort” : 7e partie

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Voici la 7e partie de ma traduction de la conférence du cardinal Raymond Burke donnée à Rome en octobre dernier.


Tous les liens vers les neuf parties de cette conférence sont accessibles ici.

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L’Orthodoxie catholique : l’antidote contre la culture de mort (7)




Le scandale de la désobéissance au magistère
En prenant acte de la responsabilité des chrétiens et de tous les hommes de bonne volonté d’énoncer et de défendre la loi morale naturelle, nous reconnaissons en même temps le scandale qui se produit lorsque des chrétiens manquent à leur devoir de défendre la loi morale dans la vie publique. Lorsque ceux qui s’affirment chrétiens, favorisent et promeuvent dans le même temps des politiques et des lois qui permettent la destruction de la vie humaine innocente et sans défense, et qui violent l’intégrité du mariage et de la famille, alors les citoyens sont en général embrouillés et induits en erreur quant aux principes de base de la loi morale. En notre temps, on hésite fortement à parler de scandale comme si, d’une façon ou d’une autre, ce phénomène ne touchait que des personnes à l’esprit étroit ou mal éclairé, et par conséquent, et leur servait d’outil pour condamner autrui de manière inconsidérée et injuste.

Il existe certes un scandale pharisien, c’est-à-dire, l’interprétation malveillante des actions moralement bonnes, ou à tout le moins moralement indifférentes d’autrui. Le terme vient du scandale supposé causé par Notre Seigneur aux yeux des Pharisiens en guérissant, par exemple l’aveugle-né au jour du Sabbat (cf Jn 9, 13-34).

Mais il existe aussi le scandale véritable, qui est le fait de conduire les autres, par nos paroles, nos actions et nos omissions, dans la confusion et l’erreur, et par conséquent, au péché. Notre Seigneur a eu des paroles sans équivoque en condamnant ceux qui sèmeraient la confusion chez les autres ou les conduiraient au péché par leurs actions ou leurs omissions. En instruisant ses Apôtres à propos des tentations, Il a déclaré :




« Il est inévitable qu’il arrive des scandales qui entraînent au péché, mais malheureux celui par qui ils arrivent. Si on lui attachait au cou une meule de moulin et qu’on le précipite à la mer, ce serait mieux pour lui que d’entraîner au péché un seul de ces petits. » (Lc, 17:1-2).


Il est clair que Notre Seigneur a enseigné qu’éviter le scandale est une responsabilité de première importance, à laquelle s’attachent les conséquences les plus graves : il s’agit d’éviter tout acte ou omission qui pourrait conduire autrui au péché. Les paroles de Notre Seigneur ne sont rien moins que véhémentes.

Ignorer le fait que les catholiques dans la vie publique qui, par exemple, violent avec persistance la loi morale concernant l’inviolabilité de la vie humaine innocente ou l’intégrité de l’union maritale, conduit de nombreuses personnes vers la confusion ou même l’erreur par rapport aux enseignements les plus fondamentaux de la loi morale, contribue en soi à la confusion et à l’erreur, aboutissant au plus grave des dommages causés à nos frères et sœurs, et par conséquent à la nation tout entière. La discipline constante de l’Eglise, pour cette raison – parmi d’autres raisons – a toujours interdit de donner la Sainte Communion et d’accorder des funérailles religieuses à ceux qui persistent, après avoir été admonestés, dans la violation grave de la loi morale (Code de droit canonique, c. 915, et 1184, § 1, 31).

On dit que ces disciplines, que l’Eglise a respectées de manière cohérente à travers les siècles, s’autorisent à poser un jugement sur le salut éternel d’une âme, alors que ce jugement appartient à Dieu seul, et que par conséquent il faudrait les abandonner. Au contraire, ces disciplines ne constituent en rien un jugement sur le salut éternel de l’âme en question. Elles ne constituent que la reconnaissance d’une vérité objective, à savoir que les actions publiques de l’âme en question violent gravement la loi morale, pour son plus grand dommage personnel et pour le grave dommage de tous ceux qui sont conduits dans la confusion ou dans l’erreur par ses actions. L’Eglise confie chaque âme à la miséricorde de Dieu, qui est immense au-delà de ce que nous pouvons imaginer, mais cela ne la dispense point de proclamer la vérité de la loi morale, y compris en appliquant ses disciplines très anciennes, en vue du salut de tous.

Lorsqu’une personne a publiquement pris fait et cause pour des actes gravement peccamineux, ou y a coopéré, conduisant un grand nombre dans la confusion et l’erreur à propos de questions fondamentales touchant au respect de la vie humaine et l’intégrité du mariage et de la famille, sa repentance à l’égard de tels actes doit également être publique. Ladite personne porte une responsabilité lourde vis-à-vis du scandale public qu’il a provoqué. Cette responsabilité est particulièrement lourde de la part de leaders politiques. La réparation d’un tel scandale commence par l’aveu public de sa propre erreur et par la déclaration publique de sa propre adhésion à la loi morale. L’âme qui reconnaît la gravité de ce qu’il a fait comprendra en réalité immédiatement la nécessité qu’il y a à réparer publiquement.

S’il a toujours existé un danger de causer du scandale à autrui par des actes publics gravement peccamineux, ou par le fait d’avoir omis d’agir, ce danger est encore aggravé en notre temps. En raison de la confusion à propos de la loi morale, que l’on trouve dans le discours public en général, et à laquelle donnent même corps des lois et des décisions judiciaires, le chrétien est tenu à un degré de clarté encore plus net quand il s’agit d’énoncer et de défendre la loi morale.

Le mal est particulièrement sournois: notre société qui est dans une si profonde confusion à propos des biens les plus fondamentaux croit en même temps que le scandale est une affaire du passé. On voit à l’œuvre la main du Père du Mensonge dans le refus de prendre en compte cette situation de scandale, voire dans le fait de ridiculiser ou même de jeter l’opprobre sur ceux qui font l’expérience de ce scandale. Lorsqu’il enseigne la relation entre l’écologie humaine et l’écologie de l’environnement, Benoît XVI met en évidence une contradiction au sein de la « teneur morale générale de la société », qui nous conduit, et qui conduit encore davantage nos jeunes dans la grave confusion et dans l’erreur :




« Si le droit à la vie et à la mort naturelle n’est pas respecté, si la conception, la gestation et la naissance de l’homme sont rendues artificielles, si des embryons humains sont sacrifiés pour la recherche, la conscience commune finit par perdre le concept d’écologie humaine et, avec lui, celui d’écologie environnementale. Exiger des nouvelles générations le respect du milieu naturel devient une contradiction, quand l’éducation et les lois ne les aident pas à se respecter elles-mêmes. Le livre de la nature est unique et indivisible, qu’il s’agisse de l’environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral. Les devoirs que nous avons vis-à-vis de l’environnement sont liés aux devoirs que nous avons envers la personne considérée en elle-même et dans sa relation avec les autres. On ne peut exiger les uns et piétiner les autres. » (Caritas in veritate, n° 51.)

L’un des aspects les plus ironiques de la situation actuelle est bien que la personne qui est scandalisée en raison des actes publics gravement peccamineux d’un autre catholique est accusée de manque de charité, et d’avoir semé la division au sein de l’unité de l’Eglise. Dans une société dont la pensée est gouvernée par la « dictature du relativisme », où le politiquement correct et le respect humain sont les critères ultimes de ce qu’il faut faire et de ce qu’il faut éviter, l’idée même de conduire autrui dans l’erreur morale n’a guère de sens. Ce qui étonne, dans une telle société, c’est le manque de respect du politiquement correct ; celui qui s’en rend coupable apparaît comme ayant troublé la soi-disant paix de la société.

Mais mentir ou manquer au devoir de dire la vérité n’est jamais un signe de charité. Une unité qui ne serait pas fondée sur la vérité de la loi morale n’est pas l’unité de l’Eglise. L’unité de l’Eglise est fondée sur l’expression de la vérité avec amour. Celui qui est scandalisé par les actions publiques de catholiques, actions gravement contraires à la loi morale, non seulement ne détruit pas l’unité mais invite l’Eglise à réparer ce qui est, à l’évidence, une grave faille dans sa vie. S’il n’était pas scandalisé par les attaques publiques contre la vie humaine et la famille, ce serait parce que sa conscience ne serait pas formée, ou serait émoussée par rapport aux réalités les plus sacrées.




(A suivre. Prochain chapitre : « Le bien commun et la promotion de la vie. »)
Raymond Leo Burke




Archevêque émérite de Saint-Louis
Préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique


Compte tenu de l’autorisation personnelle qui m’a été donnée par Son Eminence, et de la nécessité d’aborder ce texte comme un ensemble cohérent, je prie mes confrères bloggueurs de bien vouloir respecter le copyright de cette traduction et de ne pas la « copier-coller » en tout ou en partie, en dehors des courtes citations que l’usage permet, mais de renvoyer vers ce blog (ici pour la septième partie) s’ils estiment le texte du cardinal Burke digne de l’intérêt de leurs lecteurs.
© leblogdejeannesmits (pour la traduction)


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