France : euthanasie, le génocide bienveillant

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L’affaire du docteur Bonnemaison, qui a avoué avoir administré des médicaments à quatre personnes dont il voulait « abréger les souffrances » au moment de mourir, ce qui a entraîné leur décès, est plus révélatrice qu’on ne le croit de la confusion des esprits au sujet de l’euthanasie.

L’on apprenait jeudi – signe d’un redressement salutaire devant le soutien dont bénéficie l’urgentiste de Bayonne, soupçonné dans le cadre de l’enquête de sept décès depuis avril ? – que l’Ordre national des médecins a décidé de le poursuivre devant la juridiction disciplinaire, pour n’avoir pas respecté la loi Leonetti sur la fin de vie et le code de déontologie. L’instance prend ainsi le contre-pied de la décision de l’Ordre départemental des médecins des Pyrénées-Atlantiques de ne pas poursuivre.

Nicolas Sarkozy, de son côté, recevant jeudi la famille du tétraplégique Eddy de Somer dont la mère, décédée en juillet d’un cancer, avait réclamé qu’il puisse bénéficier d’un « droit à mourir », leur a déclaré selon l’avocat du jeune homme qu’il n’est pas favorable à l’ouverture d’un débat sur l’euthanasie.
Ce sont là d’apparentes bonnes nouvelles et l’on pourrait croire que le dossier de la légalisation de l’euthanasie restera encore longtemps fermé. Il me semble au contraire que le lobby de l’euthanasie veut avancer de manière désormais plus sournoise.

Voyez par exemple les motifs des poursuites disciplinaires de l’Ordre des médecins contre le Dr Bonnemaison. Il risque donc la radiation à vie pour avoir « déclaré publiquement avoir agi seul et hors de toute collégialité et avoir délibérément et volontairement procédé à l’injection de produits létaux, afin de mettre fin aux jours de plusieurs personnes âgées admises en service d’accueil des urgences à l’hôpital de Bayonne », alors que le code de déontologie médicale, en son article 38, dispose que le médecin « n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort ».

Ce dernier point aurait dû suffire. La référence, en premier lieu, au fait que le Dr Bonnemaison a « agi seul et hors de toute collégialité » indique autre chose : l’idée que l’euthanasie est surtout condamnable quand elle résulte de la décision d’un seul, tout comme différents responsables politiques ont dénoncé les actes du médecin parce qu’il n’avait consulté ni les patients, ni leur famille. C’est déjà un glissement qui pourrait bien en annoncer d’autres. L’idée qu’il y existe une « bonne » euthanasie, bienveillante parce qu’elle répond à une demande.

Cela contredit l’article 38 du code de déontologie dûment invoqué par l’Ordre des médecins, direz-vous. Certes, mais on n’en est déjà pas à une contradiction près puisque la loi Leonetti, elle, autorise l’euthanasie par omission qui consiste à priver les patients des soins ordinaires comme l’alimentation – acte homicide dès lorsqu’il vise à faire survenir la mort du patient et ne se limite pas aux cas où l’alimentation elle-même fait plus de mal que de bien.

Mais Sarkozy, Sarkozy qui ne veut pas d’un débat : ce n’est pas prometteur, ça ?

Eh bien, pour mieux comprendre il faut se tourner vers les pays qui ont légalisé l’euthanasie comme la Belgique et les Pays-Bas – et que Sarkozy soit sincère ou non, peu importe. Le nombre des actes d’euthanasie y croît vite, c’est une chose (20 % de plus aux Pays-Bas en 2010 qu’en 2009). Mais ce qui y progresse aussi, et peut-être encore plus vite, ce sont les actes que l’on ne qualifie pas d’euthanasie et qui sont en train d’installer une frontière grise entre les euthanasies évidentes et les soins palliatifs. Il s’agit de la « palliation sédative », ou de la « sédation terminale », qui recouvrent des réalités bien différentes sous ces deux vocables que les euthanasieurs utilisent l’un pour l’autre : le fait de soulager la douleur, au risque de priver épisodiquement de la conscience, afin d’adoucir le moment de la mort naturelle, et au risque de l’avancer, et celui d’endormir profondément le patient, en le privant de nourriture et d’hydratation, ce qui permet de « programmer » la mort lente à quelques jours près.

Avec des outils comme celui-là, l’euthanasie visible, agressivement légalisée, peut attendre…

Et de toute façon, la pression démographique des cohortes de personnes âgées pesant sur l’avenir de nos pays vieillissants s’occupera demain ou après-demain de remettre ce débat-là sur le tapis.

L’exemple néerlandais et son actualité de ces derniers jours (détaillée quelques messages en arrière dans ce blog) montrent déjà que les tueurs se présenteront comme bons et compatissants. Un symposium prévu pour le 13 octobre prochain dans le cadre d’un hôpital prestigieux, à Dordrecht, entend déjà faire comprendre que les personnes âgées qui ne souhaitent pas vivre les affres de la démence doivent s’y prendre à temps pour se faire euthanasier alors qu’elles sont encore lucides : la loi néerlandaise le permet déjà. C’est ce qu’elles veulent, non ? D’ailleurs on saura bien les en convaincre.

Et de son côté, la Société royale pour la promotion de la médecine (KNMG), qui joue un peu le rôle d’autorité déontologique pour les praticiens néerlandais, vient de souligner qu’il est possible selon la loi de mettre fin aux jours des personnes qui, sans être gravement malades ou en phase terminale, sont dans un état de souffrance « insupportable » et sans espoir d’amélioration. Mieux : Un médecin qui ne se sent pas de pratiquer une euthanasie demandée se voit désormais contraint de rediriger son patient vers un collègue n’ayant pas ces états d’âme.

La France n’en est pas encore là. Mais combien de temps tiendra son mol refus alors que les voisins directs sont déjà loin devant ?

© leblogdejeannesmits. Article paru en libre accès sur www.present.fr
le vendredi 9 septembre.

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