Inde : l’euthanasie pour venir à bout de la misère ?

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Shabeer a 22 ans. Il y a quatre ans, alors qu’il travaillait sur un chantier, il a fait une chute qui l’a laissé paralysé depuis la taille, il est devenu incontinent – et il ne marchera jamais plus. Son traitement coûte 15.000 roupies par mois ; son père gagne 6.000 roupies par mois (environ 90 euros) comme porteur. Le compte est vite fait : avec deux autres fils, l’un avec un petit emploi, l’autre à l’école, la famille n’a pas les moyens de faire face.

Devarmane Khazim, son père, a trouvé une solution. Il vient de déposer une demande à l’hôpital où est soigné son fils pour qu’on lui fasse une piqûre. Une piqûre létale. Puisqu’il n’a pas les moyens de faire guérir son fils, ni même de payer pour son hospitalisation, pourquoi ne pas le faire mourir de manière indolore plutôt que de le voir souffrir toute sa vie ?

Il s’en est ouvert au Bangalore Mirror, expliquant qu’il « pleurera pendant trois jours » : « Mais c’est toujours mieux que de voir souffrir Shabeer pendant le restant de ses jours. Je peux prendre soin de mes deux autres enfants. (…) J’ai dit aux médecins que ma situation ne me permet plus de prendre soin de Shabeer. Je le laisserai à l’hôpital et je partirai. »


Il semblerait que le fils soit au courant de la demande de son père. Depuis sa chambre d’hôpital de Malleswaram, il a expliqué aux journalistes qui l’interrogeaient sur la demande d’euthanasie, il a répondu : è « Je ne sais pas quoi dire. Je sais que mes parents trouvent la situation très difficile », affirme le Bangalore Mirror.

Shabeer, 22 ans.
Photo du “Bangalore Mirror”

En fait, et fort heureusement, les médecins de l’hôpital ont souligné qu’ils n’avaient aucun droit ni aucune volonté de supprimer leur jeune patient : si ses parents l’abandonnent, c’est l’hôpital qui prendra en charge les soins, comme il a déjà financé un matelas anti-escarres pour le jeune homme. Mais s’ils restent en contact avec Shabeer, comprend-on, les parents seront sollicités pour payer.

En fait, ils ont déjà largement sacrifié leur mode de vie pour venir en aide à leur fils. Trois mois après l’accident qui allait le paralyser, Shabeer était rentré à la maison. Toute la communauté autour de la famille s’était cotisée pour lui payer une opération qui pouvait lui donner une chance de remarcher — hélas sans succès. De retour chez lui, le jeune homme a développé de douloureux escarres qui ont obligé à le ré-hospitaliser, au prix de frais financés entre autres par la vente de la maison familiale, raconte Devarmane au Bangalore Mirror.

Quant à l’employeur du jeune homme, son rôle dans cette affaire s’est borné à le conduire à l’hôpital lors de son accident…

L’histoire – si elle est vraie, je n’en trouve qu’une source – est poignante, insupportable. Elle montre que la misère non soulagée, la détresse qui ne rencontre ni justice ni humanité sont de puissants vecteurs potentiels de la culture de mort. La lutte pour le respect de la vie suppose vraiment l’engagement de tous et de chacun.

© leblogdejeannesmits.

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