104

L’honneur du Christ et le vrai Castellucci

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La mobilisation de jeunes catholiques contre la profanation subventionnée du visage du Christ dans la pièce de Romeo Castellucci, actuellement jouée au Théâtre 104 à Paris, se trouve dénoncée, contrée voire ridiculisée et même violemment par un certain nombre de catholiques – l’abbé Grosjean, Myriam Picard (rédactrice aussi à Riposte Laïque !), Jacques de Guillebon, Yves Daoudal – qui nous livrent leur interprétation de la pièce. Profondément chrétienne, disent-ils : à la gloire finalement de ce Dieu qui nous cherche, nous appelle et nous aime toujours malgré notre déchéance figurée par les excréments déversés par litres au long de chaque représentation.

Castellucci devient ainsi un homme travaillé, voire torturé par une profonde spiritualité, abusant de la m… certes mais inquiet de faire passer un message sur l’amour de Dieu et la Résurrection qui est notre espérance, quels qu’aient été les affres de la Passion. Je veux bien. Ils sont libres de leur interprétation. Nos amis auraient pu dire tout cela sans moquer, mépriser, laisser passer pour des « fondamentalistes » les catholiques qui au nom du Christ ont supporté la bastonnade policière, des gardes à vue menées au mépris de leurs droits élémentaires, qui ont prié pacifiquement, qui ont mis le doigt sur le néant de la culture de mort qui ne vit que de l’atteinte au beau, au vrai et au bien. Ils auraient pu mesurer que les actions judiciaires de l’AGRIF pour faire respecter l’honneur des chrétiens et faire cesser le scandale innommable de la représentation subventionnée de la Face du Christ couverte d’excréments allaient en être singulièrement compliquées. Le référé contre la décision de représenter la pièce au « 104 » a été balayé d’un revers de main par le juge qui a simplement dit qu’il n’y a là pas l’ombre d’une atteinte à l’ordre et à la loi. Allez-y, souillez les icônes, profanez ce que les chrétiens ont de plus cher, la chasse est ouverte !

D’autres « lectures » de la pièce, moins complaisantes, moins intellectualisantes voire moins snobs sont pourtant diffusées désormais. Les chrétiens ne se sont pas jetés dans la rue sans savoir, et ce que l’on voit sur scène confirme leur dégoût et leur douleur.

Une remarquable analyse a été faite vendredi matin par un lecteur du Salon beige qui en a publié de larges extraits. Un journal comme MetroFrance confirme ce que Castellucci avait tenté de dissimuler dans ses entretiens publics : c’est au moment où le Christ d’Antonello da Messina se « voile de noir » comme il dit qu’est répandue dans la salle l’odeur d’excréments. Il faudra lire et méditer l’analyse… psychanalytique de Sur le concept du Visage du Fils de Dieu qu’en fait « Avenir de la Culture » (un texte qui sera publié in extenso dans le prochain numéro de Reconquête). Elle permet de comprendre l’obsession freudienne de l’excrément qui est traduite sur scène par Castellucci.

Mais je voudrais aussi vous présenter « ma » lecture de la pièce, qui ne contredit en rien la précédente. « Qui me voit, voit le Père », disait Notre-Seigneur, « en ce temps-là » et pour tous les temps. Sur la scène de Castellucci, c’est la même chose. Le tableau d’Antonello da Messina en fond de scène renvoie à cette relation entre Père et Fils qui se joue, d’une manière abjecte, devant lui, entre le père incontinent, ricanant méchamment de ce qu’il fait subir à sa progéniture, et ce fils qui se révèle incapable de nettoyer la m… répandue sur scène.

Image de la Création : d’un Dieu le Père qui répand le mal et la mort et assiste, impuissant et complice, à la déchéance finale de son œuvre. Entre eux – observait une auditrice de Radio Courtoisie – l’Esprit, symbolisé sur scène par les déjections du vieillard. Et de fait, Castellucci qui se vante de faire un théâtre « hors sens » a dit qu’au fond il voulait montrer « the spirit of the shit » (pas la peine de traduire). Cette idée d’un Dieu-Père nuisible, impotent et malveillant est celle que véhicule l’anti-culture de notre temps – on le retrouve, tel quel, dans un roman pour la jeunesse à succès de Philip Pullman (A la croisée des mondes).

Elle est précisément celle de Castellucci dans sa pièce Gènesi, relecture de la Genèse où Dieu crée puis laisse son œuvre s’enfoncer dans le mal, le malheur, la mort. On retrouve sa fondamentale inversion dans sa trilogie sur la Divine Comédie, où le ciel est le lieu sans espoir où l’homme est confronté à l’ennui éternel de devoir louer Dieu, et l’enfer celui où, finalement, il lui est possible de conserver son identité et de s’exprimer. Quant à ceux qui doutent de ses intentions blasphématoires, je les renvoie au Ministre au voile noir (prochainement programmé en Italie), qui lors d’une précédente mise en scène montrait le héros, ministre du culte protestant, s’enfiler des éclats de verre dans l’anus en disant trois fois le nom de Notre Seigneur.

Pardonnez-nous, Seigneur… Vous seul pouvez laver cette fange.

Article extrait du n° 7469 de Présent, du Samedi 5 novembre 2011

5 comments

  1. e

    Je n’ai que mon bon sens de mère de famille sur cette pièce de théâtre lamentable, un bon sens qui tous les jours me fait me battre pour essayer de contrecarrer cette culture de mort et de pourriture, d’inversion des valeurs, de déchéance, sous couvert d’intellectualisme et de fausse tolérance que l’on veut nous imposer, et surtout à nos enfants non immunisés contre cette contre civilisation du néant, à l’école, dans la rue, par la télévision, la radio etc.
    Je suis sûre que vos articles et vos témoignages de professionnelle confortent de nombreuses personnes qui parfois se sentent vraiment bien seules. Un très grand merci, Madame.

  2. Laure

    Madame,

    Merci infiniment pour tous vos articles. Il est vraiment dommage de constater quels dégâts ont faits certains points de vue, qui se veulent intellectuels et bienveillants, sur le sain(t) engagement des jeunes catholiques parisiens. Vous remettez les idées justes à la bonne place et, indirectement, lavez l’honneur de nos abbés, accusés injustement de « manipulation ».

    Une « fondamentaliste chrétienne » qui comparaîtra au tribunal la semaine prochaine

  3. DOMREMY

    Ma chère Jeanne,

    (je vous adresse le meme message que celui que j’ai adressé à l’étudiante en art qui s’exprime sur un autre site à propos de la pièce de Castollucci . Je ne pense pas devoir en changer les termes) .

    LETTRE A UNE CATHOLIQUE ETUDIANTE EN ART ET A D’AUTRE

    *Je ne vous dirais pas combien votre témoignage et votre article me touchent : il n’est pas une phrase que je ne pourrais faire mienne . Chacune de vos assertions sont de celles qui, après un long égarement, m’ont fait revenir à l’Eglise Catholique.

    Retrouvant ma foi catholique c’est avec gratitude que je vous vois dire «NON» à l’offense faite à notre Seigneur Jésus Christ et donc « NON » à l’offense faite à tous ceux qui le suivent dans la Nouvelle Alliance avec Dieu qu’il est venu annoncer au monde.

    MERCI A VOUS ! DÉFENSEURS DE L’HONNEUR DU CHRIST ET DÉFENSEURS DE NOTRE HONNEUR DE CATHOLIQUES

    *Mais vous « filii et filiae « -fils et filles,- athées , juifs, musulmans- confrontés au devoir d’accompagner une mère, un père dans la tragique épreuve qu’est la maladie d’Alzheimer, qu’attendez–vous pour rejoindre ces Catholiques dans leur combat ? N’avez–vous pas une mère, un père, un aieul –engagé dans la lutte contre les défaillances de sa mémoire ou contre les trahisons de son corps qui se dérobe ? N’avez vous–pas été témoins de son combat pour sa pudeur, pour son humanité, combat mené jusqu’aux rives de sa mort ? Ne les sentez-vous pas insultés par cette caricature que vous donne Castellucci ? N’avez –vous pas vu un etre cher, sitot sorti du coma , tituber pour aller aux toilettes afin de ne pas souiller ses couches ou ses draps? Ne les sentez pas insultés par ce tordu qui les réduits à un sphincter incontrolable, qui les réduit à ces fesses souillées, perversement étalées en gros plan sur la scène de son théatre ?

    Que sait-il ce pervers de la déchéance ?

    Ce que je sais, moi, c’est qu’aussi loin que les abime leurs oublis, aucun de ces etres dont il parle n’atteint à la déchéance de ce Romeo: aucun n’étale la jouissance qu’exhibe ce théatreux à s’embourber dans la M et se vautrer dans la fange .

    Aussi loin que soit déchiquetée leur mémoire, subsiste et demeure, dépouillée de tout oripeaux, cet amour par lequel il nous a donné le jour, cet amour qui nous a fait vivre, cet infracassable noyau d’amour qui se révèle et désespère de ne pouvoir etre le roc qu’il a toujours été- et qui sanglote « je n’ai plus rien pour t‘accueillir » , «couvre toi bien, n’attrape pas froid » « fais attention à toi » : Penia, pauvre et indestructible amour, maintenant sa garde au seuil meme de la mort .

    « Sur le concept du visage de Castellucci » : visage à tout jamais « conceptualisé » par celui de CHAM . Rappelez –vous la Génèse (5-32 ou 31 selon les versions ) et ce fils de Noé sauvé du Déluge grace à l’Arche . Ayant bu le vin de la vigne qu’il a planté, Noe perd le contrôle de ses actes et se dénude. Cham se gausse du spectacle de son père dénudé non sans y convier ses frères Sem et Japhet qui eux , par pudeur et respect, couvrent d’un manteau la nudité de leur père.

    Et CHAM demeure ,dans tous les peuples du Livre -juif ou mahométan sinon athée-, le nom de la « crapule » maudite par Noé pour s’etre vautré dans la contemplation de la nudité de son père .

    Ne voyez –vous ce qui se trame derrière ces représentations, derrière l’établissement d’un lien indissociable entre le visage du Christ et de la m. , derrière le lien promu entre la vieillesse et la m. ? Oui ! les chacals avancent leurs fourgons et Romero l’euthanaziste (pas le Romeo theatreux ) appelle simultanément à une manifestation au Trocadero pour lacher sa propagande de légalisation de l’euthanazi au nom de « la dignité des personnes agées » .

    ALORS, FILS, FILLES, QUI REFUSEZ DE DÉCOUVRIR DANS VOTRE MIROIR LE VISAGE DE CHAM, QU’ATTENDEZ–VOUS POUR REJOINDRE, AU NOM DES VOTRES, LE COMBAT DES CATHOLIQUES ET DÉFENDRE VOUS AUSSI LEUR HONNEUR.

    *Et vous tous , ARTISTES , qui ne confondez pas l’art avec des lancers de merde qu’attendez–vous? Jusqu’à quand compterez-vous sur la providence pour vous envoyer, comme elle l’a fait à Dortmund , une femme de ménage qui vous nettoiera ces écuries d’Augias que l’on nomme « l’art contemporain ». Chère femme de ménage qui, comme l’enfant du conte, nous révèle combien le roi est nu, comme nous voudrions vous engager ici pour nettoyer ces scènes de théatres virés latrines !

    http://www.tdg.ch/actu/monde/confond-oeuvre-art-baignoire-encrassee-2011-11-03

    *Nous ne nommerons pas ces lacaniens dévoyés qui, non contents d’appuyer de leurs trompettes toutes les guerres et tous les massacres impérialistes de ce temps, se constituent en avant–garde de défense de « la liberté d’expression » et « de la pluralité des sens à trouver dans la pièce de Romeo » : au nom de quoi ils fondent un Comité de soutien à Castellucci .

    Suggérons leur, donc, de nous sortir une pièce sur « Le concept du visage de Lacan » et de remplacer le tableau d’Antonello da Messina, figurant le Christ, par un portrait de Lacan, ceci sans rien changer au déroulement de la pièce : vous verrez comment ces tartufes défendront alors la polysémie de la pièce ! Et si s’entendront leurs cris d’orfraie en défense de la liberté d’expression !

    AU TERME , POUR L’HONNEUR DU CHRIST , CELUI DE L’HOMME , CELUI DE L’ART NE LAISSEZ PAS LES CATHOLIQUES SEULS DANS CE QUI EST AUSSI VOTRE COMBAT .

    Philippe Sollers écrivait dans « La vie Divine »

    « Seule, au bout du rouleau, persiste la surréaliste Eglise catholique, à contre-courant permanent, refusant tout, niant tout, c’est-à-dire défendant la raison dans la déraison globale»,

    Faites mentir Sollers: faites que l’Eglise Catholique ne reste pas seule à « défendre la raison dans la déraison globale » .

  4. Une fois encore « Mille mercis pour tout ce que vous écrivez  » ! Accord total à 100 % !
    Et puisque vous citez Riposte laïque, ceci ne devrait pas vous laisser indifferente :

     » Mille mercis à Riposte Laïque qui nous confirme aujourd’hui que le miracle de la rupture épistémologique française est en cours  »

    http://cril17.info/2011/11/05/mille-mercis-a-riposte-laique-qui-nous-permet-desperer-une-rupture-epistemologique-francaise/

    Enfin et surtout, l’heure ne serait-elle pas venue de tirer profit de l’expérience acquise et de penser à préparer la suite qui s’impose à nous tous, qui sommes indignés par  » cet art chrétien contemporain  » ?

    http://cril17.info/2011/11/07/golgota-ripouxblic-2/

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