Mort cérébrale et don d’organes : « A la racine de la culture de mort »

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Une interview du Dr Paul Byrne 

L’interview ci-dessous, ainsi qu’une deuxième de taille équivalente, ont été publiées dans Présent datés de mardi et de samedi de la semaine dernière. Le sujet est rarement traité dans les médias francophones, voilà pourquoi je choisis de les mettre en ligne en plusieurs épisodes que je vous invite à suivre avec attention, car c’est un sujet primordial dans le domaine de la culture de mort. Non par le nombre de personnes dont les organes vitaux sont prélevées en France chaque année, qui reste modeste, mais en raison du principe qu’au nom d’une bonne conscience apparemment universelle, il est possible de porter atteinte à la vie de l’un pour rendre possible la vie de l’autre.

Voici donc la 1e partie.

De retour de Rome où il venait d’assister à l’assemblée annuelle de l’Académie pontificale pour la Vie, Paul Byrne, spécialisé en néonatalogie, est passé par Paris pour y faire connaître une réalité qu’il s’est donné pour tâche de répandre aussi largement que possible face à une industrie brassant des millions de dollars et d’euros : celle de la transplantation d’organes.


Son expérience personnelle avec un bébé déclaré en « mort cérébrale », et qui a si bien vécu qu’il est aujourd’hui le père de trois enfants, a poussé le médecin et enseignant dans des écoles de médecine de l’Ohio, sur le chemin d’une enquête qui l’a amené jusqu’à un constat choc : pour transplanter avec succès un organe vital, il faut qu’il soit oxygéné et alimenté en sang. Et que donc, il ne soit pas prélevé sur un cadavre.

C’est une redéfinition de la « mort » qui a permis le tour de passe-passe.

Le Dr Paul Byrne, médecin spécialisé mais aussi catholique convaincu – ce père de douze enfants fut longtemps le président de l’Association des médecins catholiques des Etats-Unis – ne cache pas ses convictions pro-vie. Il a longtemps conseillé le législateur de l’Ohio sur les questions relatives au respect de la vie et a participé à de nombreux débats et présentations dans le monde entier.

Il a également préfacé le livre Finis vitae (actuellement disponible en anglais et en italien) publié à l’initiative de Roberto de Mattei après que les nombreuses communications hostiles aux critères de la mort cérébrale lors d’une réunion de l’Académie pontificale des sciences eurent été – semble-t-il après un ordre venu d’une personnalité du Vatican – purement et simplement éliminées des Actes du congrès. Livre passionnant, qui rassemble les points de vue de médecins, neurologues, de philosophes et de moralistes.

Un long entretien avec Paul Byrne m’a fait découvrir un homme fort dans la foi et sûr de ce qu’il avance. Cela va à l’encontre de beaucoup d’idées qui passent aujourd’hui pour reçues. Je vous propose de vous faire découvrir son point de vue en deux épisodes. Avec toujours en tête les images qu’il a présentées lors d’une conférence à Paris mercredi soir : tirées d’un manuel informatique de médecine, elles montraient la découpe du corps d’un jeune homme, à l’aspect frais et rose. Les tissus étaient humides et élastiques. On lui ouvrait le tronc depuis le cou jusqu’au pubis, pour découvrir et récupérer son cœur battant. Energiquement battant.

Voilà une affaire qui mérite réflexion, qui doit être connue, dans ses origines et dans ses implications…  

— Vous êtes venu en France avec l’espoir de présenter une vérité qui dérange à propos du don d’organes. J’aimerais que vous me parliez un peu de vous, pourquoi cette question vous intéresse, et comment vous en êtes venu à adopter une position qui est si radicalement différente de la position dominante.

— Je suis spécialiste en néonatalogie, et je suis même un pionnier en ce domaine. Je ne suis pas le premier, mais j’ai joué un rôle dans l’invention d’un moyen de prendre la tension artérielle des prématurés, celle d’un monitoring d’incubateur – ce qui m’a valu d’avoir ma photo dans l’Encyclopaedia Americana dans son édition annuelle de 1967 : je suis donc un médecin tenace et je l’ai toujours été.

C’est dans ce contexte que j’ai eu en 1975 à soigner un nouveau-né qui avait des ondes cérébrales plates – une ligne droite. Cela a été interprété comme correspondant à la mort cérébrale.

 L’électroencéphalogramme plat était considéré comme équivalent à la mort cérébrale. On suggéra que je cesse de le soigner, ce que j’ai refusé. J’ai continué de le soigner, et avec le temps le petit Joseph devait aller à l’école, obtenir d’excellentes notes, faire de la course à pied, jouer au baseball, se marier et avoir trois enfants.

C’est à cause de lui que j’ai commencé à étudier le sujet de la mort cérébrale. Très vite, j’ai cherché à trouver la preuve que la mort cérébrale était un critère au moins aussi correct que celui précédemment à la disposition des médecins pour faire des constats de décès. Nous attendions alors qu’il y ait arrêt total de la circulation, pas de respiration, pas de pouls, pas de réaction, pas de réflexes.

Voici que surgit une nouvelle façon de constater la mort, dont on disait que c’était la définition du coma irréversible. Mais celui qui est dans le coma est vivant, et non mort, quelle que soit la manière dont on tourne les choses. L’idée de la mort cérébrale est apparue dans un rapport du comité ad hoc de Harvard de 1968 ; il s’intitulait : Une définition du coma irréversible. J’ai donc examiné ce qu’il présentait : il n’y avait aucune étude sur les chiens, ou les chats, ou les rats, il n’y avait aucune donnée sur des patients, il a été tout simplement publié. Sans apporter la moindre preuve, le comité a déclaré qu’il s’agissait d’une nouvelle façon de faire.

J’ai donc attendu l’article suivant. Celui-ci comportait l’étude de neuf patients seulement, dont deux avaient encore des ondes cérébrales : ils en ont conclu qu’il ne serait plus nécessaire de mesurer les ondes cérébrales pour établir un constat de décès. C’est ce qu’on a appelé les critères du Minnesota.

Pour mettre cela en perspective, les critères britanniques n’exigent pas non plus l’enregistrement des ondes cérébrales. A telle enseigne que la BBC a produit en 1981 un documentaire intitulé : « Les donneurs sont-ils vraiment morts ? » (Are the Donors really Dead ?), parce qu’il arrive que des personnes avec des électroencéphalogrammes plats se rétablissent. Et pourquoi se rétablissent-elles ? Parce qu’elles ne sont pas véritablement mortes. Le documentaire a été diffusé en Grande-Bretagne mais pour autant que je sache on n’en a pas autorisé la diffusion dans d’autres pays du monde.

Les choses ont continué ainsi pendant un certain temps. L’étude la plus importante dans la littérature scientifique atteste que 10 % des personnes en « mort cérébrale » n’avaient pas de pathologie cérébrale au moment de leur mort. Cette étude-là portait sur quelque 500 patients, dont 44 ne sont même pas morts.

Il ne s’agit pas là de science médicale sérieuse. J’utilise les termes « science médicale » parce que celle-ci n’est pas du même type que la biochimie ou la biologie ou la physique, qui tendent à chercher et à découvrir ce que Dieu a déjà fait. La science médicale s’occupe de patients : chaque patient est unique et irremplaçable, et c’est une autre sorte de science.

 Certes, il y a bien de la science dans la médecine – mais il n’y avait pas de science à l’origine du concept de « mort cérébrale ». Depuis le rapport de Harvard, en 1968, jusqu’en 1978, on a publié trente séries de critères différents dans les revues scientifiques, et chaque série de critères était moins stricte que la précédente. Il y en a eu bien d’autres depuis.

Pour en venir à l’époque actuelle, un rapport dans le journal Neurology atteste qu’il n’y a pas de consensus parmi les médecins sur la série de critères à utiliser. Un rapport encore plus récent affirme que cela ne se fonde pas sur la pratique clinique. « Evidence-based » – fondé sur la pratique clinique – ce sont les mots modernes pour dire qu’il existe au moins une forme de preuve que tel diagnostic est exact ou que tel traitement est adapté. Il n’y a donc aucun fondement tiré de la pratique clinique à propos de la mort cérébrale. Aujourd’hui de nombreux articles scientifiques montrent que de nombreux auteurs de nombreux pays affirment que la mort cérébrale n’est pas la mort véritable.

Je ne suis pas en accord avec un grand nombre d’entre eux, car ils sont nombreux à dire que cela ne change rien : ils veulent quand même prendre les organes, et sont prêts à les prendre dans ces conditions.

L’une des principales racines de la culture de mort moderne est la transplantation d’organes, parce qu’à chaque fois qu’un organe est transplanté, il doit s’agir d’un organe sain. Où trouver des organes sains sinon chez des personnes vivantes ? Lorsqu’on excise un organe vital chez une personne vivante, celle-ci devient morte, ou alors plus faible, immanquablement. Le prélèvement cause la mort ou une mutilation handicapante du corps. Il faut donc poser la question : peut-on transplanter n’importe quel organe 

Précisons en passant qu’un organe est différent des tissus qui peuvent être obtenus en vue de la transplantation après l’arrêt de la circulation. La cornée, par exemple, est spéciale parce qu’elle n’a pas d’apport sanguin, elle tire l’oxygène qui lui est nécessaire de l’environnement, à travers les larmes. Si elle avait un apport sanguin, il nous faudrait voir à travers des vaisseaux sanguins : Dieu l’a faite sans apport sanguin de telle sorte que la cornée, spécialement si le corps est réfrigéré, peut être transplantée plusieurs heures après l’arrêt de la circulation. On peut prendre des os, des ligaments, les valves du cœur qui n’ont pas besoin de circulation puisqu’il s’agit d’un tissu assez stable. Mais pour ce qui est des organes, aucun ne peut être transplanté lorsque la circulation s’arrête, et si on ne les soumet pas à un traitement avant l’arrêt de la circulation.

Article extrait du n° 7554 de Présent, du Mardi 6 mars 2012   

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