« Affaire de Recife » : le P. Euteneuer critique Mgr Fisichella et récompense Mgr Sobrinho

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Le P. Thomas Euteneuer est bien connu des lecteurs réguliers de ce blogue. Ce prêtre américain, président de Human Life International (HLI), est un valeureux combattant pour
la vie au États-Unis et dans le monde entier puisque HLI est présente dans de nombreux pays.
J’avais gardé sous le coude une déclaration du P. Euteneuer du 27 mars dernier. L’occasion m’est donnée aujourd’hui d’en rendre compte. Et voici pourquoi. Mais d’abord, des extraits de la
déclaration du P. Euteneuer.

« Ce n’est pas un secret que les pro vie tout au long de ces années ont du porter le lourd fardeau d’une absence général de soutien de bien des membres du clergé sur les questions de vie,
mais, jusqu’à maintenant nous avons pu nous appuyer sur différents services du Vatican pour une défense claire, cohérente et adéquate de la vie. Une déclaration faite il y a deux semaines par une
personnalité officielle du Vatican à propos d’une affaire d’avortement au Brésil, a fait se lever plus d’un sourcil et provoque une sérieuse inquiétude en raison de son impact possible sur la
crédibilité de l’Église dans sa défense de la vie partout dans le monde. Je sollicite vos prières afin que le Saint Siège clarifie et corrige cette situation immédiatement avant qu’un nouveau
dommage survienne.

L’incident en question implique – de manière incroyable – le chef de l’Académie pontificale pour la vie, l’archevêque Rino Fisichella, qui a fait paraître le 15 mars une
déclaration critiquant un évêque [1] du Brésil pour avoir, à raison,
déclaré excommuniés les médecins qui ont pratiqué un avortement sur une fillette de 9 ans enceinte des suites d’un viol. La fillette était enceinte de deux jumeaux et donc les médecins ont avorté
les deux bébés. Malgré son jeune âge, sa vie n’était pas en grave danger (selon l’hôpital), et la vie des deux bébés qu’elle portait ne l’était pas davantage. Même si sa vie avait été en danger,
l’avortement aurait été gravement immoral car le meurtre direct d’un innocent n’est jamais permis. Il va sans dire que l’Église condamne sans équivoque l’acte incestueux [2] cvommis contre cette
fillette. Toutefois, la [déclaration] de l’excommunication de ceux qui ont perpétré [l’avortement] se défend et elle mérite d’être applaudie et non critiquée par d’autres prélats.
Malheureusement, l’archevêque Fisichella n’est pas le seul évêque à avoir critiqué publiquement la décision [3] de l’évêque brésilien dans son application de la loi de l’Église.

Cette innocente fillette est ainsi devenue le centre d’une vraie tempête créée par l’industrie de l’avortement qui a capitalisé sur sa victimisation pour promouvoir au Brésil l’avortement qui
y est encore illégal. Malheureusement, l’intervention de l’archevêque Fisichella a donné l’impression d’une déclaration quasi doctrinale et s’est livrée entre les mains des promoteurs de
l’avortement en semblant autoriser l’avortement dans le cas d’un tel « cas extrême ». L’archevêque Fisichella ne soutient pas l’avortement
per se, mais, en raison d’un
malencontreux choix de mots dans on article, et comme c’était prévisible, le même jour où l’archevêque Fisichella fit paraître sa déclaration, l’Associated Press le releva et titra
son propre article : “Un prélat du Vatican prend la défense de l’avortement d’une fillette de 9 ans”. En vérité, le monde observe et écoute tout ce qui vient du Vatican en raison de l’immense
autorité morale et spirituelle du Saint Siège. D’où le devoir d’être loyal sans réserve lorsqu’on parle au nom de l’Église catholique (…).

« La grande ironie dans tout cela c’est qu’alors que nous n’obtenons que peu ou pas de soutien des responsables de l’Église pour remettre dans le droit chemin des évêques qui négligent leur
devoir de veiller à la foi du troupeau, l’évêque local, dans le cas qui nous occupe, a fait exactement ce qu’il convenait en décrétant l’excommunication [4] et il a reçu une gifle d’un officiel
du Vatican ! (…)
« Prions pour que le Vatican rectifie cette erreur (…) sans délai ».

À quelques petites nuances près (voir les notes ci-dessous), c’est une bonne prise de position du P. Euteneuer, mais, hélas !, aucune rectification (ni confirmation ni infirmation
convient-il de souligner) n’est venue du Saint Siège… même si Mgr Fisichella laisse entendre en
privé
qu’on l’a forcé à écrire ce texte.
En tout cas, une bonne nouvelle nous est venue aujourd’hui de HLI par le truchement de Jeanne
Smits
, directrice du quotidien Présent, et qui fut avec moi (mais plus et mieux que moi) la seule journaliste à faire l’effort de réfléchir sur les faits de cette
horrible affaire et de prendre le contre-pied de la “bienpensance” épiscopale et journalistique. Ce qui nous valut à tous les deux, je le signale en passant, sarcasmes, ignorance méprisante,
dénonciation comme « mauvais catholiques », comme instrument d’un « complot » contre Mgr Fisichella, voire, pour ce qui me concerne, comme soldé par les Américains. Laissons tous ces
ineptes se débattre dans leur vomi et s’en barbouiller.
La bonne nouvelle donc est celle-ci : l’archevêque d’Olinda et Recife, Mgr Jose Cardoso Sobrinho a reçu hier au soir, à sa « grande surprise », le prix « Cardinal von Galen
»
attribué par HLI « en reconnaissance de son attitude héroïque dans l’accomplissement de son ministère épiscopal, pour la défense de la vie humaine, en affrontant l’hostilité de
tous ceux qui font la promotion de la culture de mort »
.
Ce n’est que justice. Mais il en est une autre qui s’impose : que tous ceux qui ont scandaleusement, faussement et publiquement attaqué l’archevêque d’Olinda et Recife, s’en excusent. Et
publiquement. S’ils ont une once d’honneur…

[1] Sic pour archevêque.
[2] Il ne s’agit pas d’un inceste mais d’un viol sur mineur commis par le compagnon de la mère de cette fillette.
[3] Il s’agit plutôt d’un constat d’excommunication (latæ sententiæ) que d’une décision de l’archevêque d’Olinda et Recife.
[4] L’archevêque n’a rien “décrété” voir la note précédente.

3 comments

  1. Sebaneau
    iktus310

    Cher Daniel,

    Globalement, malgré quelques difficultés à obtenir des informations complètes, je partage votre point de vue sur cette affaire. Je vous remercie de vos efforts pour rétablir une présentation plus exacte des événements que celle qui nous a été largement servie.

    Toutefois, je regrette de lire sous votre plume des phrases telles que « Laissons tous ces ineptes se débattre dans leur vomi et s’en barbouiller« . Croyez-vous sérieusement que cela donne plus de force à votre combat ? Avez-vous oublié le commentaire que notre Saint Père a fait le mois dernier des paroles de Saint Paul :

    « mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres ! » (…) malheureusement ce « mordre et dévorer » existe aussi aujourd’hui dans l’Église comme expression d’une liberté mal interprétée. Est-ce une surprise que nous aussi nous ne soyons pas meilleurs que les Galates ? Que tout au moins nous soyons menacés par les mêmes tentations ? Que nous devions toujours apprendre de nouveau le juste usage de la liberté ? Et que toujours de nouveau nous devions apprendre la priorité suprême : l’amour ? »

    Dans votre phrase citée plus haut, vous visez certains évêques et certains journalistes chrétiens. Nos frères, donc. Qu’ils fassent fausse route, que leur langage ne soit pas exemplaire, c’est sans doute vrai. Cela ne justifie pas de les traiter en ennemis. Si nous voulons vraiment vivre en chrétiens, n’oublions pas ce que Notre Seigneur nous dit en Matthieu 5, 23,24 : « Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande ».

    Il y a une façon fraternelle et respectueuse de débattre qui ne ferme pas la porte à la réconciliation entre enfants de Dieu. Le Saint Père travaille à restaurer l’unité, ne travaillons pas à aggraver les déchirures.

    Bien cordialement.

    Iktus

  2. ALMERAS Marie-Françoise

    Cher Monsieur,
    Daniel ne traite pas les évêques incriminés en ennemis mais déplore comme moi leur manque de charité chrétienne envers leur confrère évêque en se permettant de juger de son attitude, en émettant de faux arguments et en aboyant avec certains loups médiatiques « cathos » ! Seul à ma connaissance Mgr Rey dans l’Homme Nouveau ou sur le site de son diocèse a fait des déclarations justes et vraies étant allé sur place !