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Connaissez-vous la communauté catholique du Xinjiang (Chine) ?

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240215CHIN

L’Église de Chine est divisée depuis plusieurs décennies. Sommairement, on distingue l’Église « officielle » de l’Église « clandestine ». Pourtant, une vue simpliste pourrait laisser penser qu’il existe deux blocs distincts et séparés. En réalité, ce ne sont que les aspects d’une réalité complexe dans laquelle on trouve toute une gamme de situations, allant des rares évêques ordonnés sans mandat pontifical à des communautés « clandestines » qui refusent tout contact avec les évêques dits officiels… Il existe des « clandestins » qui ont même pignon sur rue et des « officiels » qui font plus que prendre leur distance avec l’Association patriotique des catholiques chinois (ainsi, Mgr Ma Daqin, évêque  auxiliaire « officiel » de Shangaï a démissionné de cette association en 2012: il est depuis placé en résidence surveillée). On notera que dans touts les communautés, la piété est traditionnelle. Les chinois n’ont pas oublié le rite tridentin.

En réalité, la plupart des évêques « officiels » ont obtenu l’accord de Rome, soit avant leur consécration épiscopale, soit après. Le plus fréquemment, Rome et Pékin s’entendent sur le choix du titulaire d’un siège. Il n’existe donc plus que 5 évêques à proprement parler irréguliers. Quant aux ordinations « clandestines », il faut rappeler que c’est Benoît XVI qui a révoqué les « facilités » qui les permettaient. En effet, dans sa lettre du 24 mai 2007 aux catholiques chinois, le pape émérite a révoqué les facultés de Jean-Paul II admettant la possibilité de telles ordinations:

je révoque, par la présente Lettre, toutes les facultés qui avaient été concédées pour faire face à des exigences pastorales particulières, nées en des temps spécialement difficiles.

La situation des « clandestins » est très variable. Si, dans certaines zones, il peut exister une vive hostilité de la part des pouvoirs et de l’administration, il existe des lieux où les seules communautés catholiques enregistrées ne relèvent pas des structures « officielles ». Certes, les communautés n’ont plus vraiment de caractère clandestin, mais, en même temps, elles ne passent par aucun « moule » émanant de l’administration chinoise. C’est ainsi le cas dans la province du Xinjiang, située dans l’Ouest de la Chine. L’Association patriotique des catholiques chinois n’existe pas. Mgr Paul Xie Tingzhe est l’évêque d’Ürümqi (voir en haut sa photo avec Jean-Paul II, qui date de 1994). Il occupe plus précisément la fonction de préfet apostolique du Xinjian-Urumqi. S’il n’apparaît pas dans l’annuaire pontifical, ni sur le site catholic-hierarchy.org, on peut le considérer comme l’évêque véritablement légitime de siège. En revanche, il apparaît bien sur  www.gcatholic.org (sur ce site, des évêques « officiels » apparaissent comme les titulaires légitimes de leur siège, y compris lorsqu’ils n’ont eu aucun accord de Rome: ainsi, Mgr Fu Tiexan, sacré sans mandat pontifical, en 1979, succède indirectement au dernier évêque « légitime » de Pékin, le cardinal Thomas Tien-Kien-Sin). Il ne fait aucun doute que Paul Xie Tingzhe a reçu l’aval de Rome pour sa consécration épiscopale, même si s’il a été ordonné avant les révocations de Benoît XVI. Mgr Paul Xie Tingzhe succéderait donc au père Ferdinand Loy (SVD), qui quitta Urumqi, en 1941, et qui mourut en 1969. Ce dernier avait été nommé, en 1931, supérieur de la mission « Sui Iuris » du Xinjiang, puis préfet apostolique, en 1938. Son départ d’Ürümqi, en 1941, pourrait être dû à la situation incertaine du territoire chinois durant le Second conflit mondial. Le père Ferdinand Loy n’a jamais été ordonné évêque, mais il est resté nominalement préfet apostolique jusqu’en 1969. Officiellement, la préfecture apostolique de Xinjiang-Ürümqi est donc vacante depuis 1969.

En raison de sa non-affiliation à l’Association patriotique, le gouvernement chinois ne reconnaît Mgr Paul Xie Tingzhe que comme prêtre « officiel » du diocèse du Xinjiang, mais pas comme son évêque. Comme il l’indique, Mgr Paul Xie Tingzhe traite directement avec les autorités officielles chinoises, sans passer par des intermédiaires.

Le parcours de Mgr Paul Xie Tingzhe est intéressant. Il a connu les années de « plomb »: séminariste, il a été emprisonné en 1958 pour être finalement libéré en 1980. Il a passé près de vingt ans dans un camp de travail au moment où la Chine subissait certaines tourmentes (le Grand bond en avant, la Révolution culturelle…). À la différence de certains clercs et fidèles, il a refusé la création d’une Église indépendante de Rome. Peu de temps après sa libération, il a été ordonné prêtre, en février 1980. Il est retourné dans le Xinjiang où il a vécu vingt ans. Mgr Paul Xie Tingzhe a été ordonné évêque le 25 novembre 1991. Il a pris pour devise épiscopale une demande du Notre Père: Adveniat Regnum Ruum.

La communauté catholique a donc pignon sur rue à Urumqi. Aux dernières nouvelles, elle compterait 26 prêtres et 10 000 fidèles. Il y a de temps en temps des baptêmes. En raison du nombre limité d’églises (18 églises), Mgr Paul Xie Tingzhe a appelé à la prière domestique. Dans un entretien donné en 2015, l’évêque d’Ürümqi estime que si le pape François venait en Chine, il serait le bienvenu. Au passage, cela permettrait au gouvernement chinois de le reconnaître comme évêque.

La situation reste difficile pour tous les catholiques de Chine. Mais on peut se réjouir du fait que dans certaines régions les divisions sont inexistantes. Le diocèse de Mgr Paul Xie Tingzhe n’a-t-il pas permis une relative expérience positive ? La question d’un arrangement entre Rome et Pékin ne doit pas seulement se traduire par un règlement du « problème » épiscopal (un accord peut être trouvé), mais par une facilité, pour l’Église catholique, d’exercer sa mission (évangéliser, baptiser, construire des églises…). L’Église n’est pas une communauté ethnique ou une association particulière parmi d’autres: elle a une vocation universelle. Il y a au moins une chose qui rapproche l’Église des chinois: la faculté à se projeter sur un temps long. Certes, il ne faudrait pas tarder pour le bien des âmes et de l’Église.

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