922016-02-12T203334Z_1711928837_GF10000306275_RTRMADP_3_POPE-ORTHODOX-CUBA_0

Abbé de Tanoüarn: « François et Cyrille : une rencontre très politique »

Download PDF
L’abbé de Tanoüarn, bien connu de la « cathosphère » a écrit un texte sur la rencontre qui eu lieu à Cuba entre le pape François et le patriarche de Moscou. Il aborde les points abordés par la déclaration commune du 12 février 2016. Pour l’abbé de Tanoüarn, l’aspect « défense de la civilisation », qui apparaît dans cette déclaration commune, doit être souligné. La tribune du responsable du centre Saint-Paul contient aussi une intéressante réflexion sur le thème de la nation face à l’empire. Petit extrait: « la nation est la seule structure politique qui, dans sa définition même, ne puisse pas prétendre être le tout (contrairement à l’Empire, dont on sait combien les papes ont souffert jusqu’à, inclusivement la prise de Rome en 1527) ». On peut ainsi estimer que Jean-Paul II a bien été le « pape des nations ». On ne peut être que reconnaissant à l’abbé de Tanoüarn de nous rappeler cette dimension.
Le pape de Rome et le Patriarche de Moscou se sont rencontrés pour  la première fois dans l’histoire. Cet événement a eu lieu en terrain neutre, ni à Moscou ni à Rome mais à Cuba, où le pape François et sa diplomatie avaient  déjà engrangé de magnifiques résultats, pour ce qui concerne les relations de la grande Ile avec les Etats unis d’Amérique. Cette fois le sujet était différent et Cyrille venait de Moscou dans un pays traditionnellement soviétophile, pour rencontrer François, qui en est à sa deuxième visite en ces lieux. Le document issu de cette rencontre est long. Il met l’accent non sur le rapprochement  proprement religieux et ses modalités (trop tôt), mais sur les positions communes en matière de défense de la civilisation.
Ce qui est surprenant ? François – est-ce parce qu’ils se sent issu du Nouveau monde ? – et Cyrille se sont entendus pour dire tout le mal qu’ils pensaient de l’Union européenne :

« Nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme si souvent agressif, s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique ».

La liberté religieuse mise en cause par les tenants du sécularisme (ainsi dans les Pays anglo-saxons appellent-ils la sacro-sainte laïcité), c’est une excellente formule, dont on espère qu’on la reverra souvent dans les textes du magistère authentique.
Depuis son passage devant le Conseil de l’Europe, François insiste sur la défense des peuples, de leur identité (il emploie le terme de temps à autre) et de leurs « racines chrétiennes », bref – le mot y est cette fois-ci : de leur civilisation.
François insiste ici à nouveau avec le Patriarche Cyrille sur l’importance de l’identité des peuples de l’Union européenne : « Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Evangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne ».
Jean-Paul II parlait déjà de l’âme de l’Europe. Mais la nouveauté du discours pontifical par rapport à Jean-Paul II est dans cette notion d’« intégration européenne ». On l’avait déjà constaté (je l’avais montré dans Monde et Vie à l’époque) : le pape parle des peuples chrétiens de l’Union européenne, il défend les peuples – à la bonne heure – comme il a toujours défendu le peuple argentin, en bon péroniste qu’il est… Il défend aussi (cela va de pair) les « identités », en particulier « religieuses », on peut le constater dans le petit livre de ses sermons aux Argentins, publié chez Parole et silence sous le beau titre : La patrie est un don et la nation un devoir. Mais, cette fois, il a oublié les nations au profit de ce qu’il nomme « l’intégration » dans l’UE., c’est-à-dire l’abandon consenti de souveraineté qui est actuellement en cours au profit de la Superstructure bruxelloise.
Que sont les peuples sans les nations ? Une formule de Jean-Paul II dans son Discours à l’ONU en 1980 le dit très clairement : « Les nations sont les grandes institutrices des peuples ». Un peuple sans institutrice est un sauvageon… Gare aux sauvageons par intégration forcée dans un magma sans souveraineté où – au nom du multiculturalisme – on parviendrait encore à reconnaître des peuples (avec éventuellement leurs droits propres) mais plus des nations. L’Union Européenne est en train de faire disparaître ce trésor millénaire de la politique chrétienne, né en France, poursuivi en Angleterre, que l’on appelle la nation. La nation est la seule structure politique qui, dans sa définition même, ne puisse pas prétendre être le tout (contrairement à l’Empire, dont on sait combien les papes ont souffert jusqu’à, inclusivement la prise de Rome en 1527).
L’Empire représente une mystique et l’empire de la mondialisation ne fera pas exception. A cette grande Idée, comme naguère au Moloch, certains sont prêts à tout sacrifier. La nation se veut un service politique du peuple (voir le sacre des rois de France). La politique nationale reste toujours dans l’ordre des moyens, à dimension humaine.
François Mitterrand, jamais vraiment remis de son rêve collaborationniste et toujours fasciné par « l’Europe nouvelle », disait « Les nations c’est la guerre ». On s’aperçoit au contraire aujourd’hui que les nations c’est la paix et que là où la nation est ébranlée (Irak, Syrie, Libye, Kosovo, Tunisie and so on), la guerre n’est jamais loin.
(…)
Il me semble urgent pour l’Eglise de retrouver dans le magistère de saint Jean Paul II et dans son livre Mémoire et identité une pensée claire et paisible de la nation : en tant que ressortissant polonais, venant d’un peuple resté pendant des siècles sans nation, il savait de quoi il parlait.

1 comment

  1. 13 – … « Dans les circonstances actuelles, les leaders religieux ont une responsabilité particulière pour éduquer leurs fidèles dans un esprit de respect pour les convictions de ceux qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Les tentatives de justifications d’actions criminelles par des slogans religieux sont absolument inacceptables. Aucun crime ne peut être commis au nom de Dieu, «car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix» 1 Co 14, 33.
    Le vrai Dieu Notre Seigneur Jésus Christ est vraiment L’apporteur de la vraie paix!
    La fausse déesse païenne de la lune Allah peut-elle apporter de la paix si elle est diabolique et haïs les chrétiens, par exemple?
    Les autres faux dieux des autres réligions, ont-ils du pouvoir de promouvoir de la vraie paix entre les réligions?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *