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Communiqué commun des patriarches grec-orthodoxe d’Antioche et syriaque-orthodoxe d’Antioche sur l’enlèvement des deux évêques d’Alep

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Le 21 avril 2013, Mgr Paul Yazigi et Mgr Jean Ibrahim, respectivement métropolite grec-orthodoxe d’Alep et évêque syriaque-orthodoxe d’Alep (Syrie), étaient enlevés. Depuis, il n’y a plus de nouvelles sur le sort de ces deux évêques. Un communiqué commun aux deux patriarcats, dont les Églises sont concernées par les enlèvements, a été rendu public, le 21 avril 2016. En outre, plusieurs patriarches des différents rites se sont retrouvés à Balamand (Liban), le même jour, pour commémorer le troisième anniversaire de cet enlèvement et prier (voir la photo de l’article). Tous les chrétiens s’associent aux prières.

Voici le communiqué:

Communiqué commun

Émanant du
Patriarcat Grec Orthodoxe d’Antioche et de tout L’Orient
et du Patriarcat Syriaque Orthodoxe d’Antioche et de tout L’Orient

Trois ans d’enlèvement pour nos frères Jean et Paul, évêques d’Alep

Balamand, le 21 avril 2016

Nos chers fils spirituels,
Nos frères dans la patrie et l’humanité,

Il y a trois ans jour pour jour, les évêques d’Alep Jean Ibrahim et Paul Yazigi furent enlevés dans les environs d’Alep, alors même qu’ils rentraient d’une mission humanitaire où ils agissaient en intermédiaires pour aider autrui. Depuis lors, pas une seule information officielle n’a filtré à leur sujet ; ni de la part d’un gouvernement, ni de celle d’une organisation, ni même émanant d’une autorité haute ou modeste, quelle qu’elle soit. Depuis trois ans, ce dossier est relégué aux oubliettes, et ceci n’est qu’une reproduction à échelle réduite de ce qu’endurent nombreux parmi nous : terreur, meurtre, enlèvements, exil, accusation d’apostasie, attentats dévastateurs… Tout cela sous couvert d’appellations et de slogans divers. Ni les torrents de larmes versées par les mères de Syrie et du monde entier, ni l’ardeur de tous ces cœurs épuisés en prière n’ont suffi à mettre un terme à cette tragédie débutée il y a plus de cinq ans, sous un nom sans lien avec son sens initial.

Il nous importe aujourd’hui, alors que nous soumettons cette tragédie au regard du monde entier, de confirmer les principes immuables que nous avons déjà affirmés et que nous partageons avec un grand nombre de personnes.

Si le but de ces enlèvements est de nous intimider en tant que chrétiens, que les ravisseurs sachent que nous sommes les descendants de ceux qui ont choisi de porter le nom du Christ, sur cette terre et non une autre, il y a deux-mille ans. Nous ne sommes pas surhumains et ne sommes pas soutenus par des colosses. De cette terre nous pétrissons notre pain et de toute la force de notre appartenance à ce sol nous sauvegardons notre identité, levantine et antiochienne, contre vents et marées.

Nous avons frappé à toutes les portes et continuerons de le faire, mais notre premier espoir, et le dernier, c’est en Dieu que nous l’investissons. Notre première et dernière force, c’est de la détermination de nos ancêtres, de leur persévérance et de l’amour qu’ils ont voué à leur terre et à leur Eglise que nous les tirons. En cet Orient nous demeurons, nos cloches continueront d’y résonner et nous ne cesserons d’y brandir nos croix et nos églises. La main malveillante qui se tendra vers ces croix et ces clochers, nos frères musulmans de tout bord se chargeront eux-mêmes de la tordre ; les Musulmans du Levant, peuple de la tempérance, qui endurent tout autant que nous le fléau du terrorisme aveugle et les accusations d’apostasie, surgies en intruses dans nos relations chrétiennes-musulmanes, passées comme actuelles. Se chargera également de tordre le bras de ce fléau une longue fraternité, vécue et que nous continuons de vivre, avec toutes les communautés. On a beau briser nos croix, exiler nos familles, déchirer les entrailles de nos patries, incendier nos églises et nos mosquées, nous priver de nos enfants, de nos proches et bien-aimés, tombés en martyrs dans la lutte du bon droit contre l’injustice, il n’en reste pas moins que, tout cela, malgré l’étendue de son horreur, nous l’endurons comme si de rien et le déposons en offrande sur le chemin de croix enduré par notre Seigneur Jésus Christ. Toutes les ténèbres de ce bas monde, nous les enfouissons dans la lumière du regard de la Vierge toute sainte, honorée par les Chrétiens comme par les Musulmans, et au secours de Laquelle nous en appelons, pour nous rendre tous les kidnappés et parmi eux nos deux frères, les évêques d’Alep.

En cette terre nous demeurons et nous n’épargnerons aucun moyen pour la défendre et y défendre notre présence. Nous n’y avons jamais constitué une minorité et nous ne le serons pas. Pour tous ceux qui se disent touchés par le sort des « minorités » et qui ouvrent leurs portes pour accueillir les Syriens de tout bord, il serait plus convenable d’œuvrer de toutes leurs forces pour trouver une solution qui leur épargnerait une lourde responsabilité et un fardeau économique supplémentaire, et qui épargnerait à cette population les dangers d’une traversée en mer exténuante, les affres de l’exil et du statut de réfugiés. Nous ne sommes pas des quêteurs de protection, mais des quêteurs de paix. Et la paix est une et indivisible. Elle ne se répartit pas en « paix pour les minorités » et en « paix pour les majorités ». La paix est celle de pays qui se sont fondés et tiennent grâce au vivre ensemble, au patriotisme, à l’esprit civique et au discours religieux modéré. La paix ne découlera pas d’un blocus économique extérieur, qui ne porte généralement atteinte qu’aux enfants sans-abri et aux démunis sur le sort desquels nombreux pleurent, alors même qu’ils ont été réduits à une vulgaire monnaie d’échange exploitée sur le marché des armes et dans le conflit d’intérêts.

A la communauté internationale nous répétons ce que nous avons affirmé précédemment : nous vous sommes reconnaissants de tous les sentiments fraternels et les condamnations exprimées. Cependant, après ces trois longues années d’attente, nous vous accusons tous de porter la responsabilité d’avoir ignoré cet enlèvement et du silence absolu sur ce dossier, et nous vous invitons tous à remplacer le discours habituel, qui consiste à dénigrer, condamner et promettre une action sérieuse, par des actes suivis, traduisant concrètement les bonnes volontés exprimées.

Nous renouvelons ici notre appel à libérer nos deux frères évêques et en appelons aux États décisionnaires et à ceux qui ont le pouvoir de « tirer les cordes » de la scène politique de mettre un terme à cette tragédie humaine minimisée, dont la description est loin d’en refléter l’ampleur et l’impact réel sur la population syrienne. Nous apprécions fortement, en revanche, et savons gré de tout effort, local ou international, déployé pour la convergence et le dialogue, car il est le seul garant de retrouver la paix en Syrie, au Levant et dans le monde.

Alors que nous élevons nos prières pour la paix en Syrie, au Proche-Orient et dans le monde entier, nous saluons la ville d’Alep, nos proches et les membres de la paroisse qui y résident. Nous saluons notre grande famille, tous les cœurs aimants, pétris d’espérance, qui ont chéri Jean Ibrahim et Paul Yazigi. Nous saluons nos fils dans la patrie et les membres de la diaspora, réunis par l’amour de la patrie et notre terre d’origine. Nous saluons toute la communauté d’Antioche unie dans la prière, dans la quête et dans la prise de position aux quatre coins de la terre.

A l’approche des fêtes de Pâques, qui célèbrent la Résurrection, nous prions Jésus-Christ, Seigneur de la Résurrection, de nous soulager du lourd fardeau qui pèse sur cet Orient et d’y implanter la lumière de Sa résurrection. Nous prions le Saint des saints de panser de Sa main tendue le cœur de chaque mère, père, frère ou ami miné par cette crise et d’adoucir leurs meurtrissures grâce à l’espoir de la résurrection. Nous prions le Dieu crucifié, qui a vaincu de Sa force l’empire de la mort, enseveli dans Sa tombe les maux de l’humanité et renforcé le cœur de Ses disciples, de consoler nos fils et de ramener la paix à la terre de la paix, cette terre d’Orient blessée, mais qui subsistera envers et contre tout. Nous sommes les enfants de la Lumière et de la Résurrection, et nos prières adressées aujourd’hui au Seigneur de la Lumière et de la Résurrection, l’appellent à étendre Sa Lumière consolante et Sa protection divine sur nos fils qui protègent cette terre, à accorder Sa miséricorde aux âmes des martyrs et à ramener chaque individu enlevé sain et sauf parmi les siens.

A nos frères évêques nous disons : vous êtes un parfum d’encens émanant dans les ténèbres actuelles. Vous êtes l’éclat d’une louange divine surgissant au milieu des écueils des intérêts. Vous qui marchez dans la Lumière du Christ, de laquelle vous tirez votre force et celle de la paroisse qui vous a été confiée, sachez que nous sommes à vos côtés, dans le flot d’une prière adressée au Rédempteur et à ses saints, le suppliant d’éloigner de nous ce nuage de tourments, d’inonder nos martyrs de Sa Lumière et de recouvrir nos proches de Son aile protectrice.

Sois à nos côtés Seigneur et accorde-nous Ta consolation divine. Bénis nos âmes de la force de Ta paix et ancre, au fond de nos cœurs, l’espoir de Ton Salut. Sois notre soutien et notre protection. Inonde nos esprits de la lumière de Ta paix et emplis nos âmes de l’éclat de Ta bonté. Console les kidnappés et ramène-les aux leurs. Reste, Seigneur, aux côtés des exilés et rend nous plus forts, afin que nous les consolions autant que faire se peut. Prends soin des orphelins, aie pitié de l’âme de nos martyrs et guéris, de Ton âme sacro-sainte, les cœurs meurtris de leurs proches.

Accorde-nous, Seigneur, la lumière de Ta paix et éclaire nos vies de Ta présence sublime.

Jean X (Yazigi)
Patriarche d’Antioche et du Levant
Grecque Orthodoxe

Mor Ignace Ephrem II (Karim)
Patriarche d’Antioche et du Levant
Syriaque Orthodox

Source: page Facebook du patriarche syriaque-orthodoxe d’Antioche.

 

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