Golgota

De la christianophobie à la trouille

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L’AGRIF a perdu son référé d’urgence à Toulouse pour obtenir la suspension du spectacle blasphématoire et diffamatoire Golgota Picnic. Elle était pourtant forte du soutien écrit de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, soulignant qu’« un tel spectacle ne peut que blesser violemment les consciences chrétiennes comme celles de tous les hommes de bonne volonté attachés au respect mutuel des uns par les autres ». « Porter atteinte à la personne du Christ en Croix, c’est tout à la fois porter atteinte à la religion chrétienne dans son ensemble, mais c’est aussi insulter gravement et au plus intime de sa conscience et de son cœur, chaque fidèle », écrivait-il aussi, dans une lettre d’une belle vigueur.

Le juge n’a pas estimé utile de motiver son ordonnance. C’est comme ça. Passez outre. Mais payez 1 200 euros en passant par la case « Go » : l’AGRIF doit bien ça à ceux qui ont décidé de monter la pièce à Toulouse avec l’argent des contribuables !

De leur côté, les « Etudiants catholiques de Toulouse » ont prévu une manifestation aux abords du Théâtre Garonne qui, fort de ces subventions publiques, a co-produit et programmé ce long et banal dialogue de bar amoncelant les vieux poncifs antichrétiens sur fond de crucifixions profanées et d’images pornographiques. L’autre soir, ils avaient agrafé des affichettes dénonçant cette nouvelle atteinte au Christ à et aux fidèles sur un millier de feux de circulation dans la Ville Rose.

Mais pendant ce temps, d’autres évêques leur savonnent la planche. Celui de Toulouse, Mgr Robert Le Gall, trouve important de poser deux « questions préalables » : « Celle de l’intention de l’auteur : M. Rodrigo Garcia veut, dit-on, dénoncer avec force toutes formes d’intégrisme et s’insurger contre un dieu tout-puissant qui lui faisait peur dès l’enfance : ce n’est pas le Dieu que les chrétiens annoncent ». Et, deuxième question – tout de même : celle de la « liberté d’expression d’un artiste, qui n’est pas sans limite ».

S’interroger sur les « intentions » d’un artiste qui accumule les expressions haineuses et la dénonciation du christianisme et de son iconographie comme source de tous nos maux – et notamment la pédophilie – c’est une première faute. Ce qui peut être enfoui dans la conscience de chacun, ces accusations fausses, mais torturées, qui exigent en effet une réponse aimante mais ferme de la part de celui qui ne veut pas voir tomber son semblable dans le rejet volontaire et définitif de Dieu, une fois devenues publiques – et subventionnées sur la scène du théâtre contemporain – se transforment en scandale en poussant autrui au même rejet de Dieu, du Christ et (ce qui est certes moins grave mais punissable en droit) des chrétiens.

Au nom de la charité, nos pasteurs ont le devoir de dire que les profanateurs et provocateurs choisissent une voie infernale, qui mène vers la mort de l’âme. Au nom de la charité encore, ne pourraient-ils pas du moins se taire lorsque, pacifiquement, des catholiques prient publiquement pour réparer l’outrage fait au Christ, en se répétant, se renouvelant, s’amplifiant, se démultipliant au fur et à mesure de la passivité du grand nombre ?

Non, Mgr Le Gall donne prise et justification à la dénonciation de l’intégrisme par Rodrigo Garcia en écrivant : « Nous désapprouvons vivement les manifestations prévues à Toulouse du 16 au 20 novembre contre la pièce de R. Garcia. » Il récuse les « Etudiants catholiques de Toulouse » qui n’ont « aucun mandat » de sa part (voilà pour le fameux « rôle des laïcs dans l’Eglise » !), il veut « mettre en garde contre toutes les manipulations politiques et intégristes qui sous-tendent ces manifestations ». « La prière ne peut en aucun cas être utilisée par des chrétiens comme instrument de pression », ajoute-t-il, puisque c’est « une relation d’amour avec Dieu et son prochain ». Nous chrétiens, nous ne pouvons que « pardonner ».

Mais pas aux « intégristes ». Dialoguer oui, mais pas avec eux. Faire preuve de tolérance : seulement à l’égard d’un « artiste » qui profane la Croix et ridiculise l’Eucharistie, mais pas pour les jeunes à genoux dans la rue dont on comprend qu’ils expliquent, à défaut de justifier, les blasphèmes d’un Rodrigo Garcia, puisqu’ils sont intégristes.

Mgr Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, a tenu un langage à peine moins ambigu, dénonçant les scandales, mais accusant les manifestations publiques de nuire à cet esprit de « réparation » qui doit s’exprimer sans « affrontement direct », de fomenter la « division » qui est la marque du diable. Mais qui a créé la « division » ? Ceux de nos pasteurs qui ont dénoncé ces jeunes catholiques, qui les ont décrits comme « violents » ; qui n’ont pas su dire qu’il existe plusieurs demeures dans la maison du Père et plusieurs façons d’exprimer sa foi et sa douleur devant les salissures jetées à la Face du Christ.

Ils en sont, pour certains – comme Mgr d’Ornellas à Rennes –, à minimiser la christianophobie. Phobos, c’est la peur : la peur des chrétiens qui ont en eux de quoi mettre le feu au monde. A la peur exprimée par les profanateurs, répond la trouille de ceux qui ne veulent pas s’y confronter. La trouille de passer pour primaires, pour incapables de comprendre l’intelligence du monde. Peut-être même – c’est l’interprétation la plus bienveillante – la trouille de ne pas être finalement et visiblement assez nombreux.

Dieu nous garde de cette abominable pusillanimité, et qu’Il maintienne bien vivante notre capacité d’indignation !

Article extrait du n° 7474 de Présent, du Mardi 15 novembre 2011

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