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Fraternité Saint-Pie X: pour Mgr Pozzo, « Rome n’entend pas imposer une capitulation »

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Dans un entretien accordé à Famille chrétienne, Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission pontificale Ecclesia Dei, s’exprime sur le processus entre Rome et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX). Dans la lignée du communiqué du 23 septembre 2014, cet entretien s’inscrit dans une perspective positive.

Mgr Pozzo a d’abord rappelé l’état des relations entre Rome et la FSSPX. Il a notamment souligné que les relations et les échanges se poursuivent « depuis l’élection du pape François ». Le ton reste assez « ratzingérien »: reconnaissance de difficultés doctrinales, mais qui ont cependant vocation à être dépassées.

Afin de favoriser le dépassement de toute fracture et division dans l’Église, et de guérir une blessure ressentie de manière douloureuse dans la vie ecclésiale, Benoît XVI, en 2009, a décidé de lever l’excommunication des évêques qui avaient été ordonnés de manière illicite par Mgr Lefebvre en 1988. Par cette décision, le pape entendait retirer une sanction qui rendait difficile l’ouverture d’un dialogue constructif.
La remise de l’excommunication a été une mesure disciplinaire prise pour libérer les personnes de la censure ecclésiastique la plus grave. Mais les questions doctrinales demeurent et doivent être clarifiées. Tant qu’elles ne le sont pas, la Fraternité ¬sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) n’a pas de statut canonique dans l’Église et ses ministres n’exercent pas de manière légitime leur ministère ordonné, comme l’indique la Lettre de Benoît XVI aux évêques de l’Église catholique du 10 mars 2009.
C’est précisément pour dépasser les difficultés de nature doctrinale qui subsistent encore que le Saint-Siège entretient des rapports et des discussions avec la FSSPX, par le biais de la commission pontificale Ecclesia Dei. Celle-ci est étroitement liée à la Congrégation pour la doctrine de la foi, puisque le président de la commission est le préfet de la Congrégation lui-même.
Ces relations et ces échanges se poursuivent depuis l’élection du pape François. Ils aident à clarifier les positions respectives sur les sujets controversés, pour éviter les incompréhensions et les malentendus, en maintenant vif l’espoir que les difficultés empêchant encore d’atteindre la pleine réconciliation et la pleine communion avec le Siège apostolique puissent être dépassées.

Mgr Pozzo a parlé des points de désaccords subsistants: certains ont trait à l’appréciation de la période post-conciliaire, d’autres sont doctrinaux et ont trait « à l’œcuménisme, au dialogue avec les religions du monde et à la question de la liberté religieuse ».

Les aspects controversés concernent d’une part l’estimation de la situation ecclésiale dans la période postérieure au concile Vatican II et des causes qui ont produit certains remous théologiques et pastoraux dans la période de l’après-concile et, plus généralement, dans le contexte de la modernité. D’autre part, ils portent sur quelques points spécifiques relatifs à l’œcuménisme, au dialogue avec les religions du monde et à la question de la liberté religieuse.

Sur le statut canonique d’une FSSPX réconciliée, il envisage la possibilité d’une prélature personnelle qui ne soulèverait « pas de problème de la part de la FSSPX. » Il rappelle que « sa principale caractéristique est l’absence de lien à un territoire, contrairement à la plupart des diocèses : les prêtres de la prélature peuvent être répartis dans le monde entier ».  Mgr Pozzo rappelle également le rôle du prélat:

le prélat a le droit d’ériger un séminaire, d’incardiner des séminaristes et de les appeler aux ordres. Les relations avec les évêques (mise à disposition de prêtres au service des diocèses, prises en charge de certaines activités au sein d’un diocèse) doivent être précisées dans les statuts ou dans le cadre d’accords bilatéraux. C’est ainsi qu’un prêtre relevant d’une prélature peut exercer son ministère dans un lieu de culte affecté spécifiquement à la prélature, ou se voir confier, en fonction des décisions du prélat et des accords avec les évêques, une église paroissiale.

Il souligne aussi que les relations entre Rome et la FSSPX n’ont jamais cessé:

En réalité, elles n’ont jamais cessé. L’interruption provisoire des rencontres a simplement été due à la nomination d’un nouveau préfet de la ¬Congrégation pour la doctrine de la foi et à l’élection du nouveau souverain pontife en avril 2013. Le chemin du dialogue a donc repris à l’automne 2013 avec une série de rencontres informelles, jusqu’à l’entretien du 23 septembre dernier entre le cardinal Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et le supérieur de la FSSPX, Mgr Bernard Fellay, entretien dont le communiqué de presse du Saint-Siège a rendu compte.

Interrogé à nouveau sur les questions doctrinales, Mgr Pozzo rappelle la position « ratzingérienne », mais – fait nouveau -, il souligne aussi que  « les réserves ou les positions de la FSSPX sur certains aspects qui ne relèvent pas du domaine de la foi mais qui concernent des thèmes pastoraux ou d’enseignement prudentiel du Magistère doivent être nécessairement retirées ou annulées par la Fraternité. » Sur ce point, il semble que l’on cherche à dépasser des réticences qui ont pu être exprimées sous le pontificat précédent. Pour Mgr Pozzo, les réserves de la FSSPX portent en partie sur « des thèmes pastoraux ou d’enseignement prudentiel du Magistère ». Peut-être, s’agit-il d’une manière de dépasser les oppositions en reconnaissant que les réserves de la FSSPX sont légitimes et qu’elles peuvent congtinuer à s’exprimer, parce qu’elles touchent à des points non-doctrinaux. Là où Benoît XVI pouvait « entrer » ces questions dans le domaine doctrinal, il semble que la prudence « franciscaine » est de les « dédoctrinaliser ». Ce qui, au fond, est logique avec un pontificat qui souhaite aborder les questions sous un angle pastoral…

 En cohérence avec le motu proprio Ecclesiae Unitatem de Benoît XVI (2009), la Congrégation pour la doctrine de la foi a toujours considéré que le dépassement des problèmes de nature doctrinale était la condition indispensable et nécessaire pour pouvoir procéder à la reconnaissance canonique de la Fraternité. Je me permets cependant de préciser que le dépassement des difficultés d’ordre doctrinal ne signifie pas que les réserves ou les positions de la FSSPX sur certains aspects qui ne relèvent pas du domaine de la foi mais qui concernent des thèmes pastoraux ou d’enseignement prudentiel du Magistère doivent être nécessairement retirées ou annulées par la Fraternité. Le désir de poursuivre la discussion et l’approfondissement de tels sujets qui font difficulté à la FSSPX, en vue de précisions et de clarifications ultérieures, non seulement est toujours possible, mais – au moins à mon avis – souhaitable et à encourager. On ne lui demande par conséquent pas de renoncer à cette exigence qu’elle manifeste à l’égard d’un certain nombre de thèmes.

Pour Mgr Pozzo, le point « non négociable » est le rôle du Magistère, qui demeure « l’instance authentique qui juge des interprétations sur l’Écriture et la Tradition, de quelque part qu’elles émanent. » Même si les degrés du Magistère ont été abondamment débattus depuis Vatican II (existence du magistère authentique), le point « non négociable » porte sur la soumission au Magistère et non sur Vatican II.

Ce qui est essentiel, ce à quoi on ne peut pas renoncer, c’est l’adhésion à la Professio fidei (2) et au principe selon lequel c’est au seul magistère de l’Église qu’a été confiée par le Seigneur la faculté d’interpréter authentiquement, c’est-à-dire avec l’autorité du Christ, la parole de Dieu écrite et transmise. C’est la doctrine catholique, rappelée par le concile Vatican II (Dei Verbum, 10), mais déjà expressément enseignée par Pie XII dans l’encyclique Humani generis. Cela signifie que le Magistère, s’il n’est certes pas au-dessus de l’Écriture et de la Tradition, est néanmoins l’instance authentique qui juge des interprétations sur l’Écriture et la Tradition, de quelque part qu’elles émanent. Par conséquent, s’il existe différents degrés d’autorité et d’adhésion des fidèles à ses enseignements – comme le déclare la constitution dogmatique Lumen gentium (25) du concile Vatican II –, nul ne peut se mettre au-dessus du Magistère. Je pense et j’espère vivement que dans ce cadre doctrinal que je viens d’évoquer, nous pourrons trouver le point de convergence et d’entente commune, car ce sujet précis est un point de doctrine appartenant à la foi catholique, et non à une légitime discussion théologique ou à des critères pastoraux.

Autre passage important:

Il n’est pas vrai de dire que le Saint-Siège entend imposer une capitulation à la FSSPX. Bien au contraire, il l’invite à se retrouver à ses côtés dans un même cadre de principes doctrinaux nécessaires pour garantir la même adhésion à la foi et à la doctrine catholique sur le Magistère et la Tradition, en laissant dans le même temps au champ de l’étude et de l’approfondissement les réserves qu’elle a soulevées sur certains aspects et formulations des documents du concile Vatican II, et sur certaines réformes dont il a été suivi, mais qui ne concernent pas des matières dogmatiques ou doctrinalement indiscutables. Il n’y a aucun doute sur le fait que les ¬enseignements de Vatican II ont un degré d’autorité et un caractère contraignant extrêmement variable en fonction des textes. Ainsi, par exemple, les constitutions Lumen gentium sur l’Église et Dei Verbum sur la Révélation divine ont le caractère d’une déclaration doctrinale, même s’il n’y a pas eu de définitions dogmatiques. Tandis que, pour leur part, les déclarations sur la liberté religieuse, sur les religions non chrétiennes, et le décret sur l’œcuménisme, ont un degré d’autorité et un caractère contraignant différents et inférieurs.

Sans fixer d’échéance précise, Mgr Pozzo reste prudent, mais résolu à une réconciliation; il souhaite « procéder par étapes, sans raccourcis improvisés, mais aussi avec l’objectif clairement affiché de promouvoir l’unité dans la charité de l’Église universelle guidée par le successeur de Pierre ».

Je ne pense pas qu’on puisse indiquer dès à présent une échéance précise pour la conclusion du chemin entrepris. L’engagement de notre part et, je suppose, de la part du supérieur de la FSSPX, consiste à procéder par étapes, sans raccourcis improvisés, mais aussi avec l’objectif clairement affiché de promouvoir l’unité dans la charité de l’Église universelle guidée par le successeur de Pierre. « Caritas urget nos ! » [« La charité nous presse ! »], comme le déclare saint Paul.

 

 

3 comments

  1. Daniel

    Très bien, ces messieurs commencent à affiner leurs pensées :
    – Rites et approche pastorale / points de discussion théologique ouverte / dogme éternel, le seul qui vaille une dispute.
    – Documents doctrinaux bien que non dogmatiques (il faudra affiner ces définitions en termes de liberté d’interprétation sur une doctrine non dogmatique …) et textes de moindre importance (il est temps, vu l’essoufflement du blabla interreligieux)

    Il conviendra ensuite de saucissonner LG pour faire un focus sur les points difficiles et y appliquer l’herméneutique chère à Benoît XVI.

    Peut-être qu’un des grands scandales du XXième siècle (la division spécifique contre Mgr Lefebvre) va cesser au bénéfice de toute l’Eglise. A moins que d’ici là une « avancée dogmatique » insupportable ne crée un schisme encore plus grand.

  2. Onclin

    Vis-à-vis de la Fraternité Saint-Pie X, je ne vois aucune faute de doctrine, ni aucune erreur face à la tradition Catholique vieille de 2000 ans. Il ne revendique aucune nouveauté, mais uniquement la transmission du dépôt de la foi Catholique. Il n’y a qu’une opposition face à Vatican II et non à un quelconque Pape, ils les ont toujours respecté comme vicaire du Christ.
    La confusion veut qu’on les oppose au Pape, ce qui est faux. Ils sont opposés à Vatican II, point barre, je les comprends et je suis même d’accord avec eux.
    Le problème c’est qu’on semble confondre le dogme Catholique avec Vatican II, qui n’est que le concile de l’erreur au même titre que l’Arianisme en son temps. Le concile Vatican II s’effondra sous le poids de ses propres erreurs, mais la doctrine traditionnelle triomphera, c’est certain.

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