Judy Brown demande des excuses à l’archevêque Fisichella et s’associe à la « Déclaration des Cinq »

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Présidente de l’association American Life League, la plus puissante organisation pro-vie de laïcs catholiques aux États-Unis, Judy Brown est aussi membre de l’Académie
Pontificale pour la Vie
. Elle vient de demander, ce 19 février, des excuses de son président l’archevêque Salvatore
(Rino) Fisichella, pour ses commentaires sur la déplorable “Affaire de Recife” et s’associe pleinement à la démarche rendue publique par cinq autres membres éminents de l’Académie
qui ont dénoncé le 18 février le refus de Mgr Fisichella de rétracter ses propos et demandé le départ du président de l’Académie.
Voici l’intégralité du texte de Judy Brown Il est un peu long mais mérite d’être lu avec attention ainsi que la « Déclaration des Cinq ».

« Récemment, s’est tenue au Vatican une réunion de l’Académie Pontificale pour la Vie. Il avait été insinué par quelques membres de cette Académie avant qu’elle se réunisse, qu’il pourrait
y avoir quelques étincelles en raison de déclarations discutables faites par le président de l’Académie, l’archevêque Rino Fisichella, au cours de l’année écoulée. En qualité de
membre de cette Académie, j’ai amplement commenté ces déclarations et je me suis associée à mes confrères de l’Académie dans leur contestation des déclarations et dans leur demande
d’une mise au point du Saint Père.
Pour ceux qui ne sont pas au courant de la nature problématique des commentaires de l’archevêque, la chose pourrait sembler hors de propos, mais tel n’est pas le cas. En mars 2009, une fillette
brésilienne de neuf ans qui avait été violée par un membre de sa famille fut diagnostiquée comme étant enceinte de jumeaux. La mère de la fillette tomba d’accord avec les médecins – tous
catholiques – pour que les jumeaux soient avortés. Réagissant à cette affaire, l’archevêque d’Olinda et Recife, Jose Cardoso Sobrinho, déclara qu’il excommuniait les médecins et la mère de
la fillette. À la suite du tollé qui suivit la déclaration de l’archevêque, le cardinal Re du Vatican, qui préside la Congrégation pour les évêques et la Commission pontificale
pour l’Amérique latine
, confia au quotidien italien La Stampa que l’archevêque avait eu raison d’excommunier la mère et les médecins. “C’est une affaire triste, mais le vrai
problème c’est que les deux jumeaux conçus étaient deux personnes innocentes qui avaient le droit de vie et qu’on ne pouvait pas éliminer”, déclara-t-il.
Toutefois, l’archevêque Rino Fisichella, président de l’Académie Pontificale pour la Vie exprima son désaccord. L’agence Zenit a rapporté ainsi ses propos : “L’archevêque a
déploré l’image donnée par l’Église dans cette affaire : ‘avant de songer à l’excommunication, il était nécessaire et urgent de protéger la vie innocente de cette fillette et de la ramener à un
niveau d’humanité dont nous, hommes d’Église, devrions être les hérauts et les maîtres expérimentés.’ Dans cette affaire, a-t-il déclaré, la fillette ‘aurait du d’abord être défendue, ambrassée,
caressée avec tendresse afin de lui faire sentir que nous étions tous avec elle.’ Il a précisé que les réactions ‘précipitées’ de l’archevêque Sobrinho avaient causé du ressentiment et sapé la
crédibilité de l’enseignement de l’Église, ‘qui aux yeux de beaucoup semble insensible, dépourvue de compréhension et manquant de pitié.’
À la suite de ce que j’ai considéré personnellement comme une déclaration imprudente de l’archevêque Fisichella, je lui a écrit une lettre demandant un éclaircissement. Avant cela, j’ai
publiquement félicité l’archevêque brésilien pour avoir défendu la vérité de l’enseignement catholique et avoir agit conformément à cet enseignement. Dans les jours et les semaines qui suivirent,
de nombreux membres de l’Académie Pontificale exprimèrent de semblables préoccupations sur les malheureuses remarques de l’archevêque. À ma connaissance, aucun des membres n’a reçu de
réponse adéquate de l’archevêque Fisichella.
Il est triste que cette affaire n’ait pas été résolue avant ou pendant la réunion des 11 au 13 février de l’Académie, et cela a eu pour conséquence que la déclaration suivante a été
publiée par cinq membres de l’Académie. Comme je le leur ait dit, j’aurais été enchantée de signer cette déclaration si j’avais été présente à cette réunion, mais des problèmes de santé
m’en ont empêché. En conséquence, je publie ici cette déclaration à laquelle je joins ma voix et mon accord en raison de ses mots choisis et précis venant en défense de la vérité catholique :

“La contestation de la position de l’archevêque Mgr Rino Fisichella à la présidence de l’Académie pontificale pour la vie, attendue par nombre de commentateurs, n’a pas eu lieu la semaine
dernière lors de l’assemblée de l’Académie. Pourquoi ? Essentiellement en raison d’une décision politique prise par nombre des signataires de la lettre du 2 avril 2009 à Mgr Fisichella et
d’une lettre subséquente adressée au cardinal Levada, le 1er mai 2009, cherchent à obtenir la correction d’une impression gravement trompeuse à propos de l’enseignement de l’Église à
propos de l’avortement direct créée par l’article de Mgr Fisichella dans L’Osservatore Romano du 15 mars 2009. Les raisons de cette décision politique furent doubles : (a) une
contestation ouverte de Fisichella lors de l’assemblée aurait divisé l’Académie, pas nécessairement parce que les membres de l’Académie étaient en accord avec son comportement mais parce que
nombre d’entre eux auraient considéré inapproprié le fait de traiter ainsi une personnalité nommée par le Pape, qui se trouve être également archevêque. De plus, une contestation ouverte par des
Académiciens laïcs auraient fait courir le risque de voir la Curie serrer les rangs autour de Fisichella en raison de la culture cléricale de cette entité, et ce malgré l’absence de soutien à son
égard en plusieurs endroits. (b) Il existe une information crédible selon laquelle Fisichella est largement perçu au sein de la Curie comme étant un président de l’APV inadéquat et il existe un
espoir raisonnable que le Saint Père soit amené à reconnaître qu’il est nécessaire de lui fournir une occupation mieux adaptée à ses capacités.

L’absence d’une contestation ouverte à l’égard de Fisichella a créé la malencontreuse impression que les Académiciens soutiennent sa présidence, de manière résignée ou autre. Cette impression, il
a évidemment tout intérêt à la faire circuler. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité, et l’une des principales raisons pour laquelle cela est faux réside dans l’allocution gravement
inconsidérée qu’il a prononcée lors de l’ouverture de l’assemblée. Il n’a pas fait montre de la moindre prise de conscience des effets gravement dommageables de son article dans L’Osservatore
Romano
du 15 mars 2009 ni de sa propre responsabilité par rapport à ces effets. Il a décrit les efforts respectueusement menés par les académiciens en vue d’en obtenir une rectification par
lui (qu’il avait rejetés à l’époque) comme des attaques personnelles à son encontre motivée par la ‘rancune’ : aucun des signataires n’avait la moindre raison d’entretenir de tels sentiments
vis-à-vis de lui. Il a soutenu que la ‘Clarification’ publiée par la suite le 11 juillet 2009 par la Congrégation pour la doctrine de la Foi lui avait donné raison. En d’autres termes, il ne
rétractait rien de ce qu’il avait dit dans son article. Fisichella est en mesure de soutenir cela avec une certaine vraisemblance en raison du malencontreux premier paragraphe de cette
‘Clarification’ qui est ainsi libellé :

    ‘Diverses lettres sont récemment parvenues au Saint-Siège, notamment de la part de hautes personnalités de la vie politique et ecclésiale, qui nous ont informé de la confusion
créée dans plusieurs pays, surtout en Amérique Latine, suite à la manipulation et à l’instrumentalisation d’un article de Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la
vie, sur les tristes événements concernant la ‘petite fille brésilienne’.’ [C’est nous qui soulignons.]

Ce qui n’est pas généralement connu du public, c’est qu’il ne s’agit pas là de la rédaction originelle du paragraphe introductif qu’il était prévu de publier dans L’Osservatore Romano.
Fisichella a eu accès au texte avant sa publication et a demandé que le paragraphe d’origine soit modifié afin de paraître tel qu’il a finalement été publié. Ainsi obtenait-il la possibilité de
décliner, avec l’autorité apparente de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, toute responsabilité quant à l’impact dommageable de son article sur la défense de vies humaines innocentes à
naître. La responsabilité de ces dommages causés par son article est ainsi entièrement imputable à la manière dont d’autres l’ont ‘manipulé et instrumentalisé’ ! Mais non content de décliner
toute responsabilité à propos des dommages causés par son article, Fisichella, dans son allocution à l’assemblée le 11 février, a soutenu que la justification portait sur l’ensemble de son
article. Cette assertion est vraiment grave dans la mesure où l’implication évidente de la lettre de son article est bien qu’il est des situations difficiles où les médecins jouissent d’une
latitude quant à l’exercice autonome de la conscience lorsqu’il s’agit de décider s’il faut ou non pratiquer un avortement direct. Il semblerait, dès lors, que la ‘Clarification’ de la
Congrégation pour la doctrine de la Foi n’est pas parvenue à clarifier l’esprit de Mgr Rino Fisichella, et, si c’est le cas, une question troublante en résulte quant à l’efficacité réelle qu’a
eue la ‘Clarification’ pour dissiper la compréhension erronée de l’enseignement de l’Église à propos de l’avortement direct répandue par l’article du 15 mars 2009.
Loin de créer l’unité et l’harmonie authentique au sein de l’Académie, l’allocution de Mgr Fisichella le 11 février a eu pour effet de confirmer dans les esprits de beaucoup d’académiciens
l’impression que nous sommes conduits par un ecclésiastique qui ne comprend pas ce qu’entraîne le respect absolu des vies humaines innocentes. C’est un état de fait absurde au sein d’une Académie
pontificale pour la Vie, mais il ne peut être rectifié que par ceux qui sont responsables de sa nomination au poste de président.

– Professeur Luke Gormally, membre ordinaire de l’Académie ; ancien Directeur (1981-2000), The Linacre Centre for Healthcare Ethics, Londres, Royaume-Uni.
– Mme Christine de Marcellus de Vollmer, membre ordinaire de l’Académie ; présidente de l’Alliance pour la Famille, Vénézuéla.
– Mgr Michel Schooyans, membre ordinaire de l’Académie, Professeur émérite de l’Université de Louvain, Belgique.
– Dr. Maria Smereczynska, membre correspondant de l’Académie, Pologne.
– Dr. Thomas Ward, membre correspondant de l’Académie, president de l’Association nationale des familles catholiques, médecin généraliste à la retraite, Royaume-Uni.”

Cette déclaration, publiée le 16 février 2010, n’est pas seulement précise, mais dictée par les principes, courageuse et définitive. Je soutiens mes cinq confrères membres de l’Académie et
je prie Dieu que l’archevêque Rino Fisichella finisse pas voir le dommage causé par ses imprudents commentaires passés, qu’il les corrige publiquement et qu’il se réconcilie avec ceux des
membres de l’Académie qui ont pris cette position publique pour s’efforcer d’apporter une guérison fondée sur la vérité du Christ plutôt que sur la politique ecclésiale. »

1. Je reprends ici la traduction que Jeanne
Smits
a réalisée et mise sur son blogue dès le 18 février. Je ne puis qu’inviter mes lecteurs à visiter régulièrement cet excellent blogue de défense de la vie partout dans le monde et qui
publie fréquemment des inédits en français. Le blogue de Jeanne Smits, tout comme americatho, est membre du portail Riposte Catholique, une autre excellente initiative qui
est aussi à soutenir de toutes nos forces !