L’image du Christ et la culture contemporaine

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Au fil des jours et des travaux des uns et des autres une image plus nette des obsessions de l’auteur de la pièce blasphématoire Sur le concept du Visage du Fils de Dieu se fait jour. Ses mensonges, aussi. Sans vouloir porter de jugement sur son inquiétude spirituelle personnelle, qui le regarde et qui, espérons-le, se résoudra dans l’acceptation du salut offert à chacun au terme d’un sacrifice total et inimaginable par ce Sauveur du Monde que Romeo Castellucci met en scène en arrière-plan d’un vieillard diarrhéique, il faut tout de même rendre justice à la vérité.

Dans un communiqué daté du 22 octobre, l’artiste italien assurait ainsi que jamais il n’y a eu d’excréments sur le visage du Christ : « C’est faux et je trouve cette idée horrible. Ceux qui ont vu la représentation ont pu voir la coulée finale d’un voile d’encre noire descendant tel un suaire nocturne. » Idée qui a permis aux interprètes bienveillants de la pièce de dire que cette déchirure et cette noirceur symbolisaient la Passion et la Mort du Christ, tandis que sa Résurrection était fortement affirmée par la restitution intacte de la belle image du Jésus d’Antonello da Messina aux derniers instants de la représentation.

Mais voilà : plusieurs témoins directs de la pièce, dont une journaliste de MetroFrance peu suspecte de complaisance à l’égard des manifestants chrétiens qui a assisté à la représentation au Théâtre 104, attestent que c’est à ce moment-là, quand dégouline de l’œil déchiré du Christ un liquide brunâtre versé par le vieux qui a précédemment répandu ses « excréments » sur la scène immaculée, qu’une odeur nauséabonde envahit la salle.

Nous savons tous que le cardinal Vingt-Trois a dénoncé ceux qui prient et manifestent contre cette profanation financée par l’argent du contribuable : « les gens conscients de la stratégie » qui tentent de mettre le « lefébvrisme » sur le devant de la scène, et ceux qu’ils sont censés manipuler : « ce que Lénine appelait les idiots sympathiques qui servent de masse de manœuvre ».

Nous savons tous que Mgr d’Ornellas, dont la ville de Rennes accueille jeudi soir la pièce de Castellucci (et une grande manifestation où l’on attend déjà des dizaines de cars de tout l’Ouest) demande que l’on « prenne le temps de comprendre Castellucci », en passant sous silence la nature de la profanation : « La provocation de telle ou telle mise en scène, si elle est conforme à l’intention, n’est pas un blasphème mais une parole ou un geste incisif qui remue, bouleverse, oblige à réagir. » Et nous voilà entrés dans le propre jeu de l’art contemporain qui vit de discours et justifie toutes les transgressions – toutes ! – au nom de ces considérations fumeuses.

Oui, bien des catholiques – et pas seulement ces « lefebvristes » honnis – sont meurtris, blessés par ce mépris.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur Castellucci, ses mises en scène inverties du paradis et de l’enfer, le côté gnostique et infernal de son œuvre (un texte sur le site d’Avenir de la culture le montre bien).

Mais il ne faut pas non plus oublier la « grande image », dont la pièce de Castellucci, en attendant Golgota Picnic qui s’annonce pire, ne sont hélas que des épisodes. Oublier que nous sommes dans une dimension eschatologique, où les forces du mal sont déchaînées contre la vie même, contre la vérité sur l’homme et son rôle sur terre, contre les commandements les plus élémentaires du Créateur, c’est se condamner à voire l’affaire Castellucci par un tout petit bout de la lorgnette. C’est l’absolutisation du relativisme systématique, prendre le mal pour bien et dire que le bien – la loi divine, le don de Dieu à l’humanité – ne peut produire que le bien : une sorte de concrétisation du péché contre l’Esprit que le démon s’efforce de faire affirmer par toutes les facettes de notre pauvre culture afin qu’elle ne cultive plus que la mort.

Ce combat terrible contre Dieu demande autre chose qu’un dialogue intellectualisant, autre chose qu’une complaisance soucieuse de ne pas heurter la culture contemporaine. C’est elle, l’ennemi, dès lors qu’elle rejette Dieu. Mais non ceux qui la véhiculent, puisque le Christ est mort aussi pour eux, et pour qu’ils puissent jouir du bonheur éternel.

Article paru dans Présent daté du 8 novembre 2011.

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