Le roi d’Espagne est-il excommunié ? Pro-vie catholiques et canonistes américains s’interrogent

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Le roi Jean-Charles Ier d’Espagne a donc par sa signature, promulgué le 3 mars la loi abominable votée par les Cortès et le Sénat espagnols et qui autorise non seulement l’avortement sans
aucune restriction jusqu’à la quatorzième semaine de grossesse, qui repousse à vingt-deux semaines (presque 6 mois ! alors que la médecine sait sauver des prématurés de cet âge-là !) la
possibilité d’avorter “si la vie de la mère est en danger et si le fœtus montre des signes de graves malformations” (on connaît la chanson…), mais aussi la possibilité pour des jeunes
filles mineures de 16 ans de se faire avorter sans consentement parental et, pour faire bonne mesure, la propagande abortionniste et homosexualiste dans les écoles publiques…
Le 1er mars dernier, le P. Thomas J. Euteneuer, président de Human Life International, mettait en garde le roi de ne pas signer cette loi, encore « qu’il ait été déjà complice,
par sa signature, de la mort de millions [d’enfants à naître] avec la première loi sur l’avortement de 1985, et d’autres lois immorales comme celle autorisant le mariage entre personnes de même
sexe en 2005 »
. Human Life International, dans ce communiqué du 1er mars, appelait « la conférence épiscopale espagnole à publier une déclaration selon laquelle Jean-Charles de
Bourbon
encourait l’excommunication s’il signait cette loi autorisant le meurtre d’encore plus d’Espagnols innocents »
.

Dans son commentaire du 5 mars, rédigé et mis en ligne sur son blogue In the Light of the Law avant l’annonce de la promulgation, Edward Peters tempère, d’un point de vue
canoniste, les demandes de Human Life International (HLI).
« Le Parlement espagnol vient d’approuver une extension de [la loi légalisant] l’avortement chez cette nation, et l’on s’attend désormais à ce que le roi Jean-Charles signe cette
mesure. La complexité de la loi civile espagnole est au-dessus de mes capacités (je ne sais pas exactement quel est le rôle du roi dans le gouvernement), mais ce que je sais parfaitement c’est
que toute signature sur une feuille de papier qui approuve la légitimation de l’avortement est un acte objectivement immoral, indépendamment du fait de savoir si une telle signature est
légalement “exigée” ou pas. Nous parlons de faits concrets qui sont contraires à la la divine contre lesquels les détails techniques du protocole espagnol comptent pour que dalle.
Cela étant dit, Human Life International semble viser trop haut quand cette organisation appelle non seulement le roi a se retenir de signer une telle loi (ce qui va de soi) mais, pour le
cas où le roi signerait cet acte, appelle la conférence épiscopale espagnole à déclarer le roi excommunié.
Deux problèmes. Premièrement : il n’est pas (je répète
pas) clair de savoir simplement par quel(s) canon(s) HLI pense que le roi risque l’excommunication, mais c’est là tout un
débat que je vais réserver pour ceux qui sont vraiment familiarisés avec les canons correspondants. Deuxièmement, et pire que cela, non seulement les conférences épiscopales n’ont aucune autorité
pour déclarer qui que ce soit excommunié, mais seul le Pontife romain peut traiter des cas canoniques qui impliquent
« les personnes qui exercent la magistrature suprême de l’État »
(canon 1405, Code de droit canonique de 1983).
J’espère, pour le salut de son âme, que le roi ne signera pas cette mesure mais s’il le fait les conséquences canoniques ne seront pas décidées par les responsables ecclésiastiques
espagnols.

[Codicille ajouté postérieurement par Edward Peters à son opinion] : Des amis me disent que le roi a signé l’acte hier. Que lastima
[expression espagnole qui veut dire : quelle pitié !] ».

Réagissant de son côté à cette promulgation, Mgr Ignacio Barreiro, directeur exécutif du bureau de Rome de Human Life International, maintient la position du P. Euteneuer :
« Nous sommes très déçus d’apprendre que le chef de l’État espagnol a apposé sa signature sur cette loi épouvantable. Pourtant, du fait qu’il a déjà signé d’autres lois qui sapent la loi
morale et l’enseignement catholique, cela n’est pas une surprise. [Le roi] Jean-Charles conserve absolument le droit de suivre sa conscience. Aucune loi positive ne peut ôter cette liberté
à un quelconque citoyen, encore moins à un roi (…) Quand bien même la loi positive espagnole exigerait sa signature, la loi naturelle et la loi divine exigent qu’il n’endosse aucune loi immorale,
tout particulièrement quand elle aura pour effet la mort d’un nombre incalculable d’êtres humains à naître (…) De plus, nous affirmons qu’en vertu du canon 915 [le roi] Jean-Charles a
encouru l’excommunication
latæ sententiæ du fait que son acte aura pour conséquence de mettre en vigueur cette extension gravement immorale de l’avortement. »

La chose qui est absolument certaine, c’est que tous les députés et sénateurs baptisés catholiques qui ont voté cette loi abominable sont excommuniés latæ sententiæ en vertu du canon
915. Cela a bien été précisé par les évêques espagnols dès novembre dernier. Le cas du roi serait différent puisqu’il ne peut se soustraire à la promulgation des lois votés par le Parlement, ont
tenu à souligner les évêques espagnols par la bouche de Juan Antonio Martinez Camino, évêque auxiliaire de Madrid et secrétaire général de la conférence épiscopale. Ce que tous ces gens
gênés aux entournures se gardent bien de dire, c’est que c’est le roi lui-même qui s’est mis dans cette position de distributeur automatique d’autographes ! Il a jeté aux orties toutes les
dispositions prévues par le chef de l’État du régime antérieur qui lui assuraient un vrai statut de souverain et de monarque disposant d’un droit de veto, préférant le rôle de roi “moderne” et
“démocratique”. Les millions de petits Espagnols assassinés sont les témoins muets et accusateurs de ce roi qu’on croyait d’opérette mais qui se révèle plus malfaisant encore qu’Hérode. Et
puis, après tout, un roi peut toujours abdiquer. Mieux vaut perdre son trône que son âme.