missel-romain-avant-vatican-58325_7

Les évêques anglais veulent une drôle de révision de la forme extraordinaire du rite romain

Download PDF

Il y a quelques jours, la conférence épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles a émis plusieurs résolutions à l’issue de son assemblée plénière. Parmi ces résolutions, une demande adressée à la commission Ecclesia Dei visant à la révision de l’oraison pour les juifs du Vendredi saint, qui figure dans la forme extraordinaire du rite romain. La révision est souhaitée « à la lumière de la compréhension de Nostra Aetate des relations entre l’Église catholique et le Judaïsme ». On notera qu’en 2008, la prière en question avait déjà été modifiée. On peut déjà, respectueusement, s’interroger sur l’opportunité d’une énième révision, alors que l’on croyait la cause entendue. En français, l’oraison du Vendredi saint dans la forme extraordinaire du rite romain est donc ainsi rédigée:

Prions aussi pour les Juifs. Que notre Dieu et Seigneur illumine leurs cœurs, pour qu’ils reconnaissent Jésus Christ comme le Sauveur de tous les hommes. – Prions. – Fléchissons les genoux. – Levez-vous. -Dieu éternel et tout-puissant, qui voulez que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, accordez, avec bonté, que, la totalité des nations étant entrée dans ton Église, tout Israël soit sauvé. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

C’est pourtant cette version de 2008 que les évêques anglais souhaitent modifier. En outre, si on lit Sacrosanctum consilium ou même Nostra Aetate, aucun des textes cités ne réclame une telle révision de cette partie de la liturgie romaine. Entre 1962 et 1965, les pères conciliaires ont même célébré la forme dite extraordinaire du rite romain  (édition de 1962, puis de 1965), sans avoir de cas de conscience ou de frayeur. En 1959, Jean XXIII, avait donné son accord pour un exorde moins offensant de l’oraison (remplacement de Oremus pro perfidis Iudaeis par Oremus pro Iudaedis) ainsi qu’à une légère modification du contenu de la prière (remplacement de « iudaicam perfidiam » par « Iudaeos »), mais n’avait pas modifié la prière en tant que telle, ni même changé de liturgie (au point même de refuser certaines réformes accomplies sous Pie XII…).

On se demande pour quelles raisons cette question redevient prioritaire, et surtout pourquoi une énième focalisation sur la forme extraordinaire de la liturgie romaine. Pourtant, de nombreux observateurs se plaignent de la disparition de tout sens liturgique chez les fidèles et de l’absence de traductions correctes. Il y a des dossiers prioritaires, pour ne pas dire urgents. Les deux derniers synodes romains ont révélé un effondrement de la piété tant chez les fidèles que chez les clercs, au point même que l’on soit, en haut-lieu, conscient de la situation des Églises de certains pays… La question du péché mortel, de la confession ou la nécessité d’être en état de grâce est posée avec acuité. Les évêques anglais ont, en effet, fort à faire: en Angleterre, l’Église catholique met laborieusement en place une traduction plus fidèle au Missel romain. En France, une meilleure traduction est prévue en France pour l’année 2017. En quarante ans, cette prière a connu quatre modifications. Pourtant, il y a des chantiers plus importants…

On ne sera pas étonné que ce sont les Église les plus sécularisées qui réclament de telles révision. On apprend ainsi par une note rajoutée par les évêques anglais sur leur site que les évêques anglais rejoignent leurs confrères d’Allemagne pour que soit modifiée la prière de 2008; Mgr Kevin Mc Donald, président du comité pour les relations entre juifs et chrétiens de la conférence épiscopale anglaise, estime que cela crée de la confusion et de l’étonnement auprès de la communauté juive. Il précise que l’enseignement actuel de l’Église n’exige plus la conversion des Juifs (ce qui reste à prouver si l’on recourt aux textes magistériels). Il est vrai que la conversion, y compris celle des juifs, cela passe mal, quand le dialogue est proclamé tous azimuts… D’autre part, on se demande en quoi l’existence du dialogue interreligieux interdirait toute conversion. Tous les hommes sont concernés par le Christ. Ce qui est en cause, c’est l’universalité de la Rédemption et le risque, paradoxal, d’une conception sociologique du catholicisme qu’entraînerait un tel relativisme (l’Église catholique deviendrait une communauté purement sociologique, dans le panorama des religions, alors qu’elle est aussi le Corps mystique du Christ)…

Questions subsidiaires: les modifications liturgiques et le dialogue interreligieux, tous deux menés depuis cinquante ans, ont-ils conduit à l’approfondissement corrélatif de la foi et du sens liturgique ? (Le parallèle peut être fait entre ces deux démarches, car de nombreuses similitudes s’y retrouvent dans les résultats). La piété des fidèles et la foi en sont-elles sorties renforcées ? Peut-on être rassuré, alors que les statistiques démontrent un effondrement de la pratique religieuse dans les sociétés occidentales ?

 

 

18 comments

  1. Myriam

    C’est consternant
    Nous n’avons pas à nous aligner
    Sur toutes propositions dites
    Œcuméniques qui finalement nous donnera un un mouvement
    Mondial bêlant ……
    Qils n’aient pas reconnu le Christ N’est pas notre pb.

  2. Jean-Christophe

    C’est le péché qui coupe le fidèle de l’Église, pas le rite
    Nos Églises se vident mais croit on vraiment que le latin puisse donner la foi ?
    Ce qui donne la foi c’est les larmes que l’on verse un jour quand on comprend le mal que l’on a fait avec nos péchés
    Il faut des années pour comprendre les conséquences de nos actes mauvais
    L’Église peut elle donner la foi j’en doute mais elle la nourrit
    Parfois c’est même un plat amer que l’Église donne
    C’est un nouveau Jean le Baptiste qu’il faut à l’Église !
    Mais les rites demandez donc à Notre Seigneur ce qu’il en pense !
    Et que dit il après avoir parlé aux Juifs et à ses disciples qui trouvaient sa parole dure
    C’est l’esprit qui vivifie la chair ne sert de rien, les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie
    Et si l’Église se mettait à méditer cet enseignement !

    • Maurice

      Il est vrai que les offices sous la forme reformée donnent envie ! Ils donnent la foi.
      Voir un prêtre assis la plupart du temps en attendant que les fidèles aient fini de parler, se congratuler, etc., donne envie c’est certain.
      Le rite n’aurait jamais du changer, il est et doit rester celui de pi X !
      Où allez-vous pour voir de moins en moins de fidèles aux offices ? Je ne constate pas un tel phénomène le dimanche. Là où je vais l’église est presque pleine et pas que de vieillards.
      Concernant le plat amer je suis entièrement d’accord, le clergé actuel (celui de la reforme) fait bien pâle figure dans ses habits anonymes, surtout lorsqu’il demande de prier pour « nos frères musulmans » et fait distribuer des feuilles vertes sur lesquels est écrite la fameuse prière !

      Pour ceux qui s’accrochent à la liturgie néo-protestante V2 en disant que c’est l’avenir et ceux qui « s’accrochent » …, que je sache, les orthodoxes restent ce qu’ils sont, les reformes qu’ils font ne sont que pour une meilleure organisation et les fidèles ne sont pas allé voir ailleurs.

      J’ai essayé de rester gentil ! (ça m’arrive)

  3. Michel G.

    Non, trois fois non!

    Les réformes menées depuis cinquante ans ont conduit au désordre complet, et ceux qui ne le reconnaissent pas sont soit des idiots, soit des fossoyeurs de l’Eglise catholique.

    Comme la plupart d’entre eux sont des gens « éduqués » (je veux dire dans le sens anglo-saxon du terme, c’est-à-dire des gens qui ont fait parfois de longues études et qui sont loin d’être idiots), je me vois obligé de conclure que ces gens sont des fossoyeurs de l’Eglise, ce qui me chagrine davantage que si je pouvais me rassurer par leur manque d’intelligence.

  4. DUFIT THIERRY

    Doit-on s’étonner ? C’est la droite ligne de Nostra Aetate. Il ne faut plus convertir car toutes les religions mènent au Salut et Jésus Christ est inutile. Cette déclaration Nostra Aetate comporte des erreurs doctrinales énormes.
    Si nous aimons vraiment les juifs nous devons leur dire que s’ils veulent se sauver ils doivent reconnaitre la divinité de Notre Seigneur Jésus Christ et se convertir à la SEULE VRAIE religion qui peut les conduire au Ciel. Mais ce n’est évidemment pas le langage des modernistes. Le Salut des âmes n’est plus la priorité pour les modernistes. Ils veulent une religion basée sur les droits de l’homme. La situation de l’Eglise depuis Vatican II est dramatique. Que d’âmes se sont damnées à cause de toutes ces erreurs. Des millions d’âmes sont en danger de perdition.
    On voit combien la Fraternité St Pie X a eu raison de refuser la modification de l’oraison du vendredi Saint faite en 2008 (pour le rite « extraordinaire ») et de s’en tenir à la version antérieure aux réformes conciliaires.
    Sainte Vierge et Saint Michel Archange délivrez nous de ces évêques hérétiques qui mènent les âmes à la perdition.

      • DUFIT THIERRY

        Il est possible que Mgr Fellay l’ait envisagé un bref instant mais heureusement cela ne s’est pas fait.
        A St Nicolas du Chardonnet -j’assiste chaque année à l’office du vendredi Saint- on s’en tient à l’oraison traditionnelle d’avant la réforme des années 60. C’est sans doute le cas dans tous les lieux de culte de la FSSPX.
        Il n’existe aucune raison de modifier cette oraison qui est parfaite en tout point.

        • Jean-Marie Vaas
          Author

          Vous dîtes: « d’avant la réforme des années 60. » J’espère, en tout cas, que l’oraison suit les modifications de Jean XXIII, car Mgr Lefebvre ne s’est jamais insurgé contre la réforme de 1962 (et tout ce qu’elle avalise), qu’il a au contraire prescrit pour ses maisons.

          • DUFIT THIERRY

            Le missel édité par les éditions Clovis (FSSPX) garde l’oraison traditionnelle pour les juifs du vendredi Saint sans tenir compte de la modification de Jean XXIII.
            Cette oraison a été dite durant des siècles sans poser de problème.
            Brusquement en 1960 avec la révolution dans l’Eglise les novateurs veulent la remplacer.
            Et dire qu’on voudrait nous faire croire qu’il n’y a pas eu de rupture avec Vatican II !!!
            Pourtant ne faut-il pas prier pour la conversion des juifs si l’on vaut qu’ils se sauvent ? C’est la plus grande charité que nous puissions avoir pour eux. Ils doivent reconnaitre la divinité de Notre Seigneur. Le Salut ses âmes n’est-il pas primordial ?
            Que représentent quelques années passées sur cette terre en comparaison de l’Eternité ?

  5. Saint-Plaix

    On en revient toujours aux mêmes éléments déformants: inculture et œcuménisme…
    L’un va-t-il d’ailleurs sans l’autre?
    Avant de larmoyer sur les « horreurs antisémites » contenues dans les prières chrétiennes en général et catholiques en particulier, les évêques (et les autres!) seraient mieux inspirés de se plonger un peu sérieusement d’une part dans l’étude du judaïsme, d’autre part dans l’étymologie des mots, et notamment le fameux « per fides »…
    J’invite chacun à méditer le texte courageux d’Horowitz ci dessous: « Une approche du judaïsme ».
    J’ai personnellement cherché des années un auteur juif assez courageux, et assez lucide, pour faire ce constat, évident pour tout observateur un tant soit peu attentif, l’écrire et le signer:
    –  » Le monothéisme tel que le propose le judaïsme ne postule pas à proprement parler l’existence de Dieu. »
    – « Foi est un mot creux dans le judaïsme »
    http://danielhorowitz.com/blog/2010/04/04/test-2/
    Un texte en ligne depuis des années à cette adresse!
    Le judaïsme es en effet devenu à travers le talmudisme une observance, un simple mode de vie où l’existence de Dieu n’est plus même le « point fondamental »!
    A la lumière de « cette remise des pendules à l’heure » par une autorité judaïque – Daniel Horowitz n’a pas été brulé pour hérésie talmudique en place de grève, alors qu’un Baruch Spinoza a été banni de sa communauté pour bien moins que cela – on comprend mieux la formulation classique latine, si décriée depuis vatican II et toujours aujourd’hui par les analphabètes, de l’exorde « Orémus, et pro perfidis judaeis »…
    Perfidis ou plus exactement étymologiquement « per fidis » c’est à dire « au delà de la foi »
    « Ceux qui sont au delà de la foi », c’est précisément ce que nous expose (entre autres) Daniel Horowitz!
    On voit donc une fois de plus que toutes ces attaques sont le fait d’œcuménistes qui se réclament d’un « judéo-christianisme » d’autant plus illusoire que le talmudisme – avatar moderne du judaïsme issu du pharisianisme comme il le revendique – constitue précisément tout ce contre quoi Jésus a toujours lutté…et ce pourquoi il est mort! Il suffit de lire les Evangiles!
    Il est curieux de voir d’ailleurs que cette acception de « per fides » n’a pas pu être totalement passée sous silence par Wikipédia qui, pour se faire bien voir des tenants du « religieusement correct » s’empresse d’accumuler les digressions et les interprétations successives dans l’espoir d’y justifier un antisémitisme fantasmé!
    Dommage que des « autorités catholiques » s’emploient à aller dans ce sens!
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Oremus_et_pro_perfidis_Judaeis

    • toto

      @Saint Plaix
      Merci pour ces informations fondamentales
      Et Daniel Horowitz dans le lien que vous donnez dit:
      « Certains rabbins doutent de la nature monothéiste du christianisme . Il y a moins de doute au sujet de l’Islam, plus proche du judaïsme. Un juif pratiquant peut donc prier dans une mosquée, mais pas dans une église. »
      La genèse de l’apostasie: « non serviam », « vous serez comme des dieux », refus du Messie, lutte permanente contre le christianisme, inspiration des hérésies, du coran, protestantisme, sectes (franc-maçonnerie), révolutions, guerres, main-mise sur culture, sciences, finances et commerce, etc. Tout cela pour préparer la venue de « leur » messie, l’Antéchrist, adorateur de Lucifer. Juste 3 ans et demi de galère et persécutions démentielles pour ceux qui resteront fidèles.
      Mais la conversion de Juifs est prophétisée pour la fin des temps. Prions pour qu’elle advienne rapidement.

    • Non, les juifs actuels ne sont pas les descendants spirituels des Pharisiens. Lire l’abbé Fillion à ce propos. Les juifs actuels condamnent la pharisaïsme.

      D’autre part, le Talmud est un document apportant une certaine plus-value culturelle. Étant un recueil de textes de valeurs inégales (dont certains de valeur), il ne peut être jugé de façon univoque.

  6. Rascol

    Il y a effectivement des choses plus importantes. A noter que le latin « perfidae » avait été traduit par « perfides » en français, alors que le sens originel est plutôt « qui n’a pas la foi ». Les Anglais n’en sont pas à une approximation prés dans la traduction liturgique. Ainsi la formule d’envoi « Ite, missa est » est-elle traduite par: « Go forth, the mass is ended ». Deux erreurs: le latin dit « la messe est ». Est-elle finie, accomplie , commencée, la formule ne le dit pas. Et le mot « messe » est un néologisme médiéval.:le mot vient de « missus », envoyé. La formule finale est bien un envoi en mission.

  7. À mon avis, selon le contexte, perfidus pourrait se traduire par « qui a failli dans la foi ». Mais comme cela peut-être mal interprété, je préfère utiliser les nouvelles formules.

    D’autre part, les formules de prières sont protégées par la liberté religieuse. Approuvées par un pape, elles sont inerrantes. Par conséquent personne ne peut les interdire, même pas un autre pape. Inutile de se torturer pour trouver un biais à leur interdiction.

    Très juste remarque de Toto. Les formules outrageantes pour celle que nous considérons comme la Mère de Dieu pourraient se voir supprimée comme contraires à la liberté religieuse. Ces formules n’apportent rien au débat, ne font que violer la liberté religieuse des catholiques. C’est la raison qui le commande.

  8. Féru

    A mon grand regret, j’en ai fini pour longtemps avec la messe conciliaire : pas envie d’entendre pleurnicher sur le climat, l’accueil des migrants, les gays, les divorcés, etc, en occultant de plus en plus l’Evangile du jour et les références à Jésus et ses enseignements.
    Sans compter les manquements à la liturgie même, l’agneau de Dieu, le je crois en Dieu, remplacés par des bisounourseries pour attardés, les chants profanes …
    Et tous ces comités, voire les prêtres eux mêmes, englués dans le social au mépris de la conversion des âmes.
    Cerise sur le gâteau : le pape qui envoie des chaussures place de la République, à pleurer !
    Ecrire ceci me fait une peine immense, mais l’église catholique « de base » a perdu son âme.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *