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Rupture de communion ecclésiastique entre les patriarcats orthodoxes d’Antioche et de Jérusalem

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La nouvelle semble être passée inaperçue, mais le monde orthodoxe connaît une nouvelle crise canonique entre patriarcats. Motifs de la discorde: la violation par le Patriarcat de Jérusalem des frontières géographiques du Patriarcat d’Antioche et la création d’un diocèse au Qatar (le dernier découle logiquement du premier). Le Patriarcat d’Antioche fustige également son manque de coopération. C’est, en effet, ce que déplore ce dernier.

Voici la déclaration du Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche:

Vu que depuis la violation du Patriarcat de Jérusalem des frontières géographiques du Patriarcat d’Antioche et la création d’un diocèse à Qatar confié à un ‘archevêque’, l’Eglise d’Antioche a tenté de trouver une solution au problème dans un esprit de paix et sur une base de coopération et de coordination entre les Eglises Orthodoxes sœurs, afin de parvenir à une issue susceptible de mettre fin à la violation de ses droits, de garantir la pérennité du travail pastoral en cours au Qatar et d’éviter d’ébranler l’unité de l’Orthodoxie ;

Etant donné que l’Eglise d’Antioche a utilisé, depuis cette violation et jusqu’à ce jour, tous les moyens iréniques, y compris les médiations entreprises par le Patriarcat Œcuménique et d’autres Eglises sœurs, ainsi que par le Gouvernement grec, sans parvenir à une solution du problème ;

Etant donné que le Patriarcat de Jérusalem se dérobe dernièrement de l’accord conclu en présence de délégués du Patriarcat Œcuménique et du Ministère grec des Affaires Etrangères, et des promesses faites des primats d’Eglises sœurs qui ont offert leurs bons offices;

Vu que le dit Patriarcat persiste dans la violation de nos droits et dans sa prétention d’avoir lui-même des droits sur des régions dépendantes canoniquement du Patriarcat d’Antioche, et qu’il refuse toute tentative de résolution du différend;

En foi de quoi, Vu que toutes les initiatives de conciliation ont abouti à une impasse,

Et que tous ceux qui ont entrepris ces initiatives ont reconnu le droit inaliénable et total du Patriarcat d’Antioche sur ‘l’Arabie’, y compris tous les pays du Golfe arabique, Les Pères du Saint Synode ont pris la Résolution suivante :

1- La rupture de la communion ecclésiastique avec le Patriarcat de Jérusalem et ce jusqu’à nouvel ordre.

2- L’affirmation que toute résolution du différend doit se baser sur l’accord conclu à Athènes en juin 2013.

3- L’insistance de l’Eglise d’Antioche sur le respect du principe d’unanimité lors de toutes les rencontres panorthodoxes, tant en ce qui concerne la présence de toutes les Eglises Orthodoxes sœurs que la prise de décisions.

4- Les dispositions de la présente Résolution sont applicables dès ce jour, et il n’est plus possible à tous les clercs antiochiens de participer à aucun service liturgique présidé par des clercs du Patriarcat de Jérusalem, ou auquel ceux-ci participent

En effet, le patriarcat d’Antioche constate donc « la rupture de la communion ecclésiastique avec le Patriarcat de Jérusalem et ce jusqu’à nouvel ordre ». De même, il constate également que ses clercs ne peuvent participer « à aucun service liturgique présidé par des clercs du Patriarcat de Jérusalem, ou auquel ceux-ci participent ». Dans le passé, il y a déjà eu une rupture entre Constantinople et Moscou. À l’heure ou la collégialité, la décentralisation et la synodalité sont idéalisées dans certains secteurs de l’Église catholique, il serait bon de voir comment vivent, au quotidien, des Eglises décentralisées et de mesurer les difficultés pratiques. Ce n’est certainement pas la joie du « tous ensemble », dans des communautés où il n’existe pas d’autorité forte et incontestée… A méditer pour certains clercs qui oublient que l’absence d’autorité et de point central entraîne fatalement des conflits chroniques. Il va être difficile de faire l’unité avec des chrétiens qui ont déjà du mal à l’être entre eux. L’oecuménisme ne risque-t-il pas d’être une coquille vide, laissant l’Église catholique seule face à des communautés faibles numériquement et doctrinalement (cas du protestantisme historique) ou profondément divisées et connaissant des difficultés canoniques régulières (les orthodoxes) ?

9 comments

  1. Nostradamus

    Ces querelles de clochers sont effectivement bien tristes.
    Enfin les deux communautés n’ont pas (encore?) pris les armes l’une contre l’autre et fait intervenir des protecteurs en guerre. Les hiérosolimitains ont-ils l’intention de recourir à la protection arabe ou turque?

  2. ROMANOS

    Il arrive en effet que des brouilles se produisent épisodiquement opposant temporairement telle ou telle juridiction orthodoxe sur un plan canonique. On note qu’en général celles-ci ne durent pas, vu le scandale immense produit au sein de la communion inter-orthodoxe.
    Notons au passage que la conscience de la division qui en découle est bien plus sensible en terres de diaspora que sur les territoires canoniques concernés. En effet, peuvent s’y trouver des familles orthodoxes avec deux parents originaires de deux juridictions ayant rompu leur communion et ne pouvant en conséquence communier au même calice que celui de leur conjoint !
    Toutefois, on observera que ces schismes, au sein de l’Orthodoxie, quoiqu’on puisse en penser en Occident, ne sont en aucun cas des divisions fondées sur des querelles de nature doctrinales, comme on a pu le constater au sein de l’Église de Rome ; ceci dès avant la conquête arabo-musulmane, avec la perte du flanc sud de son immense Patriarcat d’Occident (cf. le futur Maghreb) avec l’hérésie des donatistes, et mille ans plus tard avec la perte de son flanc nord de culture germanique avec l’hérésie des divers protestantismes.

    Concernant le Patriarcat de Jérusalem, il faut bien constater qu’il est coutumier d’initiatives et de positions qui régulièrement défraient la chronique.
    On peut aussi s’interroger sur les motivations de son épiscopat grec (au sens ethnique du terme) se comportant davantage en « custode » des Lieux Saints qu’en pasteurs animés d’un esprit de sollicitude zèlée envers leurs diocésains arabophones du territoire canonique de l’Église de Jérusalem (A savoir : Israël / Territoires palestiniens / Jordanie).

  3. le desir de la Grece de regagner son influence au sein d’Antioche n’est pas nouveau. nous l’avons senti dans les coulisses lors de l’election du present Pariarche Youhanna Yazigi apres la mort d’Ignca IV en Decembre 2012. Ces querelles sont bien desobligeantes vu que la chretienete est deja bien affaiblie en orient. comme nous manqueons de clairvoiyance.

  4. mimi

    Merci à Romanos de nous éclairer un peu plus sur ce monde orthodoxe .
    Nous , chrétiens de tous bords, avons besoin de mieux nous connaître et nous enrichir les uns des autres.

  5. Rachel

    Quoi ? En ce moment où tant de chrétiens orientaux et de musulmans meurent, souffrent, sont expulsés de leurs terres, de leurs maisons, de leurs biens temporels et spirituels, les patriarches rompent la Communion Ecclésiastique ? Je vous le dis, cette atroce guerre en Syrie n’aurait pas pu avoir lieu si vous aviez obéi aux demandes du Seigneur Jésus par Myrna Nazzour et par Vassula Ryden. L’Unité de la date de Pâques.

    • ROMANOS

      La date de la célébration de la « Fête des Fêtes » (cf.Pâques) à été établie à Alexandrie, le plus grand centre astronomique de l’Antiquité, selon le comput julien alors en vigueur dans l’Empire des romains.
      Pour faire simple, le manque de précision absolue du calendrier julien ayant induit un décalage de plusieurs jours (cf. 10 jours au XVIème siècle) par rapport à l’Équinoxe de printemps, le Pape de Rome Grégoire XIII introduisit un nouveau comput dit « grégorien ».
      En conséquence, c’est depuis la fin du XVIème siècle que les chrétiens occidentaux célèbrent Pâques à une date différente de celle restée commune non seulement à la quinzaines d’Églises et de juridictions autocéphales de l’Orthodoxie, mais aussi aux Églises Orthodoxes-orientales (parfois dites non-chalcédoniennes).
      Actuellement, on note que la Pâques occidentale survient généralement 1 semaine avant Pâques orientale (comme cela à été le cas en cette année 2015), ou bien 4, voire 5 semaines avant ! Toutefois il se produit, de temps à autre qu’il y ait une coïncidence heureuse des deux computs et que Pâques soit célébrée le même jour.
      Il est parfaitement vrai que célébrer la Résurrection du Seigneur à des dates différentes est objet de scandale (cf. Le moqueur : « Il ressuscite quand ton Christ ? » des incroyants).
      Heureusement, depuis plusieurs décennies un mouvement allant s’amplifiant pour demander d’arrêter le choix d’une date commune à tous pour fêter Pâques, fait son chemin. Des propositions sont faites. On parle, entre-autres, du 2ème ou bien du 3ème dimanche d’avril … .
      Toutefois, reste la question de savoir quand toutes les juridictions sauront se retrouver unie pour chanter d’une seule et même voix le kérygme de notre Foi, avec le tropaire de la Résurrection :

      « Christ est ressuscité des morts !
      Par Sa mort Il a vaincu la mort !
      À ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la Vie ! … « 

  6. Ezéchiel

    Livre d’Ézéchiel 2,2-5.
    En ces jours-là, l’esprit vint en moi et me fit tenir debout. J’écoutai celui qui me parlait. Il me dit : « Fils d’homme, je t’envoie vers les fils d’Israël, vers une nation rebelle qui s’est révoltée contre moi. Jusqu’à ce jour, eux et leurs pères se sont soulevés contre moi. Les fils ont le visage dur, et le cœur obstiné ; c’est à eux que je t’envoie. Tu leur diras : “Ainsi parle le Seigneur Dieu…” Alors, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas – c’est une engeance de rebelles ! – ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux.

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