Nominations dans l’État du Vatican

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Le minuscule État engendré par les Accords du Latran, l’État de la Cité du Vatican, Status Civitatis Vaticanae, Stato della Città del Vaticano (SCV), est le support territorial du Saint-Siège (qui sont deux réalités distinctes, entre lesquelles, même dans des journaux aussi réputés que « Le Monde », on fait aujourd’hui, plus ou moins volontairement, la confusion, tant la culture du public en matière ecclésiastique s’amenuise : « Le Vatican condamne à nouveau l’euthanasie », lira-t-on, par exemple).
Comme un vrai État, ce village ecclésiastique de 900 habitants et 0,44 km², a des citoyens, une justice, bat monnaie, dispose d’une jolie petite gare, d’une poste, d’une station-service et d’un supermarché hors taxes, de gendarmes pas méchants, de pompiers pas surmenés, et d’une aimable fleuriste.
Cet État dont le Prince est le Pape (et auquel, en 2000, Jean-Paul II a octroyé une Charte, une « Loi fondamentale »), est régi par deux principaux organismes : une Commission cardinalice (qui exerce, au nom du Souverain Pontife, le pouvoir législatif), et un Gouvernorat (qui exerce, toujours au nom du Souverain Pontife, le pouvoir exécutif – il le fait, pour être très précis, au titre de Président de la Commission cardinalice).
En réalité, les deux organismes ensemble fonctionnent comme l’un des grands dicastères de la Curie: c’est-à-dire qu’à la tête du Gouvernorat est un cardinal Président, tel un Préfet de Congrégation, et que la Commission cardinalice, dont il est aussi le Président, est l’équivalent de l’assemblée des cardinaux d’une Congrégation. Et, comme dans une Congrégation, les deux principales fonctions du Gouvernorat sont tenues, la Présidence, par un cardinal, et le Secrétariat, par un évêque. Fonctions en vue, où l’on se trouve physiquement dans les allées du pouvoir.
Le cardinal Lajolo, avait été nommé Président du Gouvernorat en 2006, alors qu’il était Substitut à la 2ème Section de la Secrétairerie d’État (en charge des Affaires étrangères du Saint-Siège). Atteignant les 75 ans, il vient de démissionner et est remplacé par Mgr Giuseppe Bertello, qui avait été nommé par Benoît XVI et par le cardinal Bertone au poste très sensible de nonce en Italie. De laquelle charge on se retire toujours pour accéder à un poste cardinalice : on est donc ici dans un cas de figure normal et même attendu, dès l’instant que Mgr Bertello n’avait pas été nommé à la tête de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, charge dont on parlait pour lui avec insistance.
Mais c’est du remplacement du Secrétaire du Gouvernorat que vient une double surprise. Le Secrétaire était jusque-là Mgr Carlo Viganò (venu de la Secrétairerie d’État et qui avait remplacé Mgr Boccardo, envoyé à l’archevêché de Spolète). Mgr Viganò était, à la Secrétairerie d’État, un des membres les plus influents de la garde rapprochée de Mgr Filoni, ancien tout-puissant Substitut aux Affaires générales (1ère Section), nommé en mai dernier Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples. On pourrait, pour faire vite, classer Filoni et Viganò, parmi les «ratzinguériens de gauche», notoirement hostiles, par exemple, au Motu Proprio Summorum Pontificum. Mgr Viganò, compte tenu du rang qu’il avait occupé à la Secrétairerie d’État pouvait espérer dans quelques années une fonction cardinalice, comme son ami Mgr Sardi, devenu Patron de l’Ordre Souverain de Malte. Il va être nommé nonce apostolique aux États-Unis, haute charge diplomatique, dont le titulaire, Mgr Sambi, vient de mourir. Si le nonce aux États-Unis, lorsqu’il se retire, entre souvent dans le collège des électeurs du Pape, ce n’est pas toujours le cas. Et Mgr Viganò a 70 ans, ce qui lui rendra impossible l’accès à la tête d’une Congrégation dans cinq ans (il existe cependant d’autres tremplins). On dit qu’il a tout fait – peut-être tout simplement pour des raisons de convenances personnelles – pour ne pas recevoir cette nonciature. Elle est d’ailleurs loin d’être, en soi, une charge d’exil, et il est notoire que Mgr Viganò a des appuis très élevés.
L’autre surprise pour les journalistes romains spécialisés est la nomination à la place de Mgr Viganò, comme Secrétaire du Gouvernorat, de Mgr Giuseppe Sciacca, prélat sicilien, 57 ans, juriste éminent, auditeur de Rote, qui accède pour l’occasion à l’épiscopat. Il accède aussi, de la sorte, au second niveau des postes de Curie, celui des Secrétaires de dicastères. Et c’est, quant à lui, un «ratzinguérien de droite» pur jus, défenseur décidé de l’action liturgique du Pape.

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