Le dialogue, pour quoi faire?

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Dans l’entretien dont je parlais à l’instant, le cardinal Ravasi dit aussi ces phrases surprenantes:

« L’Église ne se voit plus comme une île isolée du monde. Elle est dans le monde. Le dialogue est donc pour elle une question de principe. »

Que l’Eglise soit dans le monde n’est pourtant pas exactement une nouveauté. Je ne comprends pas bien ce que veut dire le cardinal lorsqu’il affirme que l’Eglise ne se voit plus comme une île isolée. Ou plutôt, j’ai peur de comprendre. Il me semble discerner que cette modification vise le changement de rapport au monde que le concile Vatican II est censé avoir opéré. Mais alors, nous sommes face à un grave problème: il est bien évident que l’Eglise n’a pas attendu Vatican II pour parler au monde. Ce qui se passe à la Pentecôte me semble assez clairement un dialogue des Apôtres avec le monde qui les entoure. De même, la Somme contre les gentils de saint Thomas montre que, même au coeur de la chrétienté médiévale, les chrétiens n’ont jamais délaissé le dialogue avec la philosophie ou avec les autres religions. Ce n’est donc pas le dialogue qui est une nouveauté, mais son but. Auparavant, le dialogue servait à évangéliser; aujourd’hui, sans tout à fait renoncer à la mission, le dialogue semble avoir d’autres buts, mais qui ne sont pas très clairs dans mon esprit. Tout se passe comme si on dialoguait pour se comprendre et, une fois que l’on s’est compris, chacun rentre chez soi bien content. A mon humble avis (et le mot « humble » n’est pas ici une fleur de rhétorique, je dis « humble » car je ne connais pas grand-chose à cette « théologie des religions »), comprendre son interlocuteur consiste à voir ce qu’il y a de juste et de vrai dans son comportement et sa doctrine pour lui proposer la foi et non seulement pour se réjouir d’avoir discuté aimablement avec quelqu’un qui ne pensait pas comme nous.

6 comments

  1. Benoît Lobet

    Le dialogue n’a d’autre but que lui-même, évidemment, c’est pourquoi il est du reste infini.
    La conversion de l’interlocuteur n’est pas son but : elle peut être son désir, ce qui est autre chose, c’est-à-dire son mobile(ce qui le met en route). La conversion dans le coeur de quelqu’un, c’est l’oeuvre de Dieu, pas du dialogue…
    En revanche, risquer les convictions de sa foi dans la confrontation avec celles d’autrui, c’est là sans doute le plus bel exercice de la foi elle-même, qui par là peut être mise en péril, fragilisée pour un moment, mais toujours enrichie.
    En ce sens, oui, le dialogue « interreligieux » et même « interconvictionnel » fait intégralement partie de la confession de la foi chrétienne. Ou, pour le dire autrement, renoncer à écouter ceux qui sont autrement croyants ou non-croyants, c’est – aussi paradoxale soit la formule – amoindrir la foi, en la repliant sur elle-même.
    Cette conviction traverse un certain nombre de mouvements spirituels catholiques contemporains, à juste titre : Sant’Egidio, par exemple, ou les Focolarini,mouvements approuvés et promus par le Saint Siège Apostolique, et dont l’orthodoxie n’est plus à démontrer…

  2. Romain

    Et Jésus s’approchant leur parla ainsi:  » Toutes puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre.
    Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fil et du Saint-Esprit,leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous toujours jusqu’à la fin du monde. « 

  3. En tout cas, il y a parmi les laïcs, en France au moins, de nombreux mouvements d’évangélisation : Anuncio, Jeunesse 2000 (en ce moment à Montpellier, que j’ai la joie de découvrir), Samarie sur Paris (voir le lien de mon pseudo, même si le site est en construction), Ain Karem, Fraternité Missionnaire, …
    Les jeunes générations sont beaucoup plus décomplexées que les adultes de 50 ans et plus. Et je fais parti de celles-là plutôt que de ceux-ci! 🙂

  4. Luc Warnotte

    L’abbé Lobet poursuit dans l’héterodoxie, l’abdication et la liquéfaction de la doctrine. Il n’a visiblement jamais lu « Euntes ergo docete omnes gentes baptizantes eos in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti » (Mt 28:19). Pauvre bonhomme!

  5. Benoît Lobet

    Monsieur Warnotte, le pauvre bonhomme vous rétorque qu’alors le Cardinal Ravasi, les Focolarini, Sant’Egidio etc. sont aussi hétérodoxes. Cela fait dans le monde catholique, et à tous les niveaux, beaucoup, beaucoup, beaucoup d’hétérodoxes.
    Sur le fond, il me semble que l’Eglise ne renonce pas à « aller enseigner toutes les nations » et à les baptiser… si elles le veulent. Et que cela passe d’abord par un dialogue respectueux des convictions de chacun où, comme je l’ai écrit plus haut, le désir de la conversion de l’autre peut et doit être présent, mais où l’on sait aussi que c’est le Christ et lui seul qui convertit les coeurs. Qu’y a-t-il là d’hétérodoxe, je vous prie?
    J’ajoute cette citation, qui fait honneur à la foi catholique : « L’Eglise réprouve en tant que contraire à l’esprit du Christ toute discrimination ou vexation opérée envers les hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur classe ou de leur religion. » (Concile Oecuménique Vatican II, Déclaration Nostra Aetate, §5)
    Mais vous me direz que pour vous, évidemment, pour vous le seul vrai catholique en ce bas monde, le Concile Vatican II aussi, est, pauvre bonhomme, hétérodoxe!

  6. michael

    Le pauvre bonhomme est celui qui n’écoute que son propre monologue et qui, comme le dit lui même Vini Ganimara, a peur de comprendre.
    Les chiens aboient, la caravane passe …

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