Le sacrement de l’ordre a-t-il été touché par la réforme des ordres mineurs?

Download PDF

Je découvre sur le site du National Catholic Reporter un article de John Allen qui évoque notamment la question de la fameuse instruction relative au motu proprio Summorum Pontificum. Allen fait le point sur ce que l’on sait et ce que l’on entend dire (et ce n’est évidemment pas la même chose!) de cette instruction:

« [D’après les autorités vaticanes], l’instruction confirmera que le motu proprio est maintenant la loi universelle de l’Eglise, et insistera pour que les évêques l’appliquent. Entre autres choses, il demandera que les séminaristes soient formés non seulement au latin, mais à l’ancien rite lui-même […].
L’instruction confirmera également que la messe doit être disponible partout où «des groupes de fidèles» le demandent, sans préciser le nombre de personnes nécessaires pour constituer un «groupe».
L’instruction confirmera également que l’ancienne liturgie peut être célébrée durant la Semaine Sainte où il ya un «groupe stable» de fidèles attachés à elle, ainsi que dans les ordres religieux qui utilisent
le rite extraordinaire.
D’autre part, l’instruction ne satisfera probablement pas tous les espoirs traditionalistes. Par exemple, il ne sera probablement pas possible à un séminariste diocésain dans un séminaire régulier d’être ordonné selon le rituel d’avant Vatican II, en partie parce que le rituel suppose la réception préalable des «ordres mineurs» et du sous-diaconat, qui ont été supprimées, sous le pape Paul VI. »

Naturellement, je me réjouis des relativement bonnes nouvelles qu’apporte John Allen. Même si je ne suis pas pleinement rassuré – et que je ne le serai que lorsque le texte sera publié; dans l’état actuel des choses, je considère toujours, comme je l’ai écrit voici quelques jours, que des menaces pèsent sur le motu proprio.
Mais j’avoue que cette histoire d’ordination me laisse perplexe. Nous en avions déjà parlé ici. Mais le problème me semble gravissime.
Je ne suis pas absolument convaincu par l’histoire des deux formes du rite romain sur laquelle repose le motu proprio Summorum pontificum (du point de vue liturgique, il me semble que les deux rites sont très éloignés l’un de l’autre et, à bien des égards, ils le sont même davantage que le rite romain traditionnel du rite maronite par exemple), mais cette construction a au moins un mérite: sauvegarder la nécessaire continuité liturgique et dogmatique.
Or, il semble, d’après toutes les informations que j’ai de mon côté, qui corroborent parfaitement ce que dit à ce sujet John Allen, que l’instruction sur le motu proprio va interdire à un séminariste n’ayant pas reçu les ordres mineurs de recevoir l’ordination diaconale ou sacerdotale selon la liturgie romaine traditionnelle.
L’avantage sera naturellement d’éviter la confusion entre les deux rites. Mais l’inconvénient me semble tellement massif que je ne vois pas comment le contourner: tout se passera comme si l’ordination avait en quelque sorte changé de nature avec la réforme de Paul VI.
De deux chose l’une en effet: soit la suppression des ordres mineurs ne touche pas au sacrement de l’ordre, et alors on voit mal comment interdire à un séminariste n’ayant pas reçu les ordres mineurs de recevoir l’ordination traditionnelle; soit la suppression des ordres mineurs a touché au sacrement de l’ordre et cela me semble une information lourde de conséquences fort graves quant à la validité des ordinations.
On me dire peut-être qu’il s’agit simplement de rendre les deux rites « étanches » l’un par rapport à l’autre (un peu de la même façon qu’une personne ordonnée diacre dans le rite romain ne peut pas en principe être ordonnée prêtre dans le rite de saint Jean Chrysostome). Je me suis fait cette objection à moi-même. Mais alors il faut aussi dire que le rite de Paul VI n’est pas le rite romain et renoncer à la construction intellectuelle des deux formes du rite romain.
Bref, cette instruction risque de soulever beaucoup plus de problèmes qu’elle n’en résoudra!

9 comments

  1. jejomau

    Exactement : on en viendra, si tout celà est bien vérifié, à conclure que l’ordination d’un prêtre selon le nouveau rit instauré avec paul VI.. n’est pas une ordination selon le rit romain.

  2. Peut mieux faire…

    Tout catholique de bonne volonté et exempt des mille-et-une passions familiales, sociales, politiques – j’ajouterai tout observateur critique et droit d’intention et n’ayant, hélas, pas la foi – en viendra à conclure que l’ordination selon le nouveau rit (a-catholique) instauré par Bugnini, Montini, Botte, Lécuyer et consort, ne produit AUCUN effet !

     » On  » en viendra donc à constater que, par défaut de sérieux, par aveuglement volontaire et que sais-je encore, tous les  » prêtres  » ordonnés par ce rit ne sont pas prêtres et que la catastrophe naturelle et surnaturelle est d’une ampleur épouvantable.

    Je ne peux que recommander aux auteurs et aux lecteurs de ce blog l’étude de l’énorme travail mis en ligne sur le site
    http://www.rore-sanctifica.org/index1.html

    En particulier on consultera, en guise de solide introduction à ce problème aussi inédit dans l’histoire qu’épouvantable quant aux conséquences pour le salut des âmes, l’étude de l’abbé A. Cekada qui emprunte son titre à la formule utilisée par le cardinal Franzelin et Léon XIII pour qualifié les ordres anglicans :  » Absolument nul et entièrement vain  » :
    ==> http://www.rore-sanctifica.org/etudes/2006/RORE-2006-04-26-FR-Cekada-Absolument_nul_et_entierement_vain.pdf

    Encore une fois, la théologie sacramentelle ne fait pas plus de sentiment que les vérités de la foi :
    En vertu de la présence de tous les éléments requis, chacun et tous indispensables, là, il y a un prêtre, là, il y a la présence réelle, etc. ici, il n’y a pas…

  3. de la Croix Guy

    Mr Ganimara,

    Vous reprenez dans votre texte ci dessus une énorme erreur de traduction en français d’une partie essentielle du motu proprio « summorum pontificum » qui a été écrit en LATIN et que Daniel et dont la traduction a une fois de plus été truquée pour falsifier le sens du décret.
    En effet cette erreur a été dénoncée par Daniel Hamiche qui a pourtant démontré magistralement avec justification grammaticale de la syntaxe latine l’erreur de traduction.
    En effet l’adjectif qualificatif « stable » ne se rapporte dans le texte original latin heureusement non pas pas au substantif  » groupe » mais au mot « prarique » la pratique du rite de ceux qui le demandent… ce qui est essentiellement différent et c’est capital car les détracteurs du motu proprio ,et les évêques français en tête bien évidemment, utilisent à tord cette erreur de « groupe stable » pour justifier leur refus d’attribuer la pratique du rite ( dit ) extraordinaire dans le texte…

  4. de la Croix Guy

    Mr Ganimara,

    Je reviens sur mon commentaire dont une partie a été effacée dans mon texte ci dessus avant d’avoir été soumis.

    Pour être complet je reprend ( en répétant le propos de Daniel Hamiche ) in extenso le passage important dans le texte original du motu proprio « Summorum Pontificum  » publié par le Vatican en latin article 5 § 1: »in parociis ubi coetus fidelium traditioni liturgicae antecedenti adhaerentium continenter existit… » dans ce texte le mot « continenter  » ( continûment, de manière stable )qui est un adverbe( et non pas un adjectif qualificatif ) ne peut ajouter dans la syntaxe latine une détermination qu’à un verbe, un adjectif ou une phrase donc en tout cas pas au substantif « coetus »( = groupe dans le latin ecclésistique signifie au moins 2 personnes et aucun quorum n’est suggéré …)l’adverbe stable ne peut donc s’appliquer qu’à l’adjectif « adhaerens  » = »attaché » donc cela désigne un groupe dont l’attachement existe stablement ce qui est radicalement différent de la traduction faussée en français et diffusée par la Conférence des évêques de France qui a traduit par : groupe stable de fidéles…ce qui falsifie évidemment de façon fondamentale le sens que le Pape avoulu donner et écrit et cette fausse traduction faite à dessein sert d’alibi aux évêques français pour refuser les demandes très nombreuses d’application de ce motu proprio par de très nombreux groupes de fidèles catholiques attachés au rite traditionnel existant depuis des centaines d’années de façon stable (aussi bîen par des fidèles qui le pratiquaient avant qu’il ne soit défendu par Paul VI que par les jeunes cathos qui ont découvert le rite en y assistant et qui ne veulent plus que ce rite là à voir la banalisation désuete du nouveau rite tellement plus pauvre…

  5. Christian

    Il se trouve qu’ayant reçu la tonsure selon le rite de St Pie V, j’ai été dispensé par l’évêque d’admission aux ordres dans le rite de Paul VI, pour recevoir selon ce rite les 2 ministères et les 2 ordinations, lesquelles, merci du peu, sont pleinement valides et catholiques…
    Pourquoi ne pas appliquer ce principe a contrario ? Si on pense que les ordres mineurs sont partie intégrante du sacrement de l’ordre, alors il faut les conférer du moins tant que le diaconat n’a pas été célébré. Et si on fait cela, on remet en doute la validité du diaconat reçu selon le rite de Paul VI, ce qui empêchera ipso facto le candidat à recevoir toute ordination dans le rite de St Pie V. On pourrait même aller jusqu’à l’ordination de prêtre et d’évêque (le mot ordination étant discuté dans ce cas), puisqu’il manquerait une partie intégrante du sacrement.

    A partir de ces réflexions, je tire deux enseignements :
    1. Tout repose sur le fait que les ordres mineurs sont ou ne sont pas une partie intégrante du sacrement de l’ordre. Et si c’est le cas, la validité de l’ordination selon le rite de Paul VI est sujette à caution, ce qui entraine que le passage pur et simple d’un rite à l’a. Ce qui voudrait dire que Paul VI a touché à la substance de ce sacrement et que les prêtres ordonnés comme moi selon le rite de Paul VI sont de la fausse monnaie. Dans ce cas, il faudra démontrer l’origine apostolique des ordres mineurs et de ces ordres mineurs, comme étant de droit divin et non de droit ecclésiastique. Bref, il faudra démontrer que le motu proprio « ministeria quaedam » est entâché d’hérésie de part en part. Dans ce cas, il faudra procéder à des réordinations au cas où un prêtre voudrait célébrer la Messe selon le rite de Saint Pie V

  6. Christian

    Il se trouve qu’ayant reçu la tonsure selon le rite de St Pie V, j’ai été dispensé par l’évêque d’admission aux ordres dans le rite de Paul VI, pour recevoir selon ce rite les 2 ministères et les 2 ordinations, lesquelles, merci du peu, sont pleinement valides et catholiques…
    Pourquoi ne pas appliquer ce principe a contrario ? Si on pense que les ordres mineurs sont partie intégrante du sacrement de l’ordre, alors il faut les conférer du moins tant que le diaconat n’a pas été célébré. Et si on fait cela, on met en doute la validité du diaconat reçu selon le rite de Paul VI, ce qui empêchera ipso facto le candidat à recevoir toute ordination dans le rite de St Pie V. On pourrait même aller jusqu’à l’ordination de prêtre et d’évêque (le mot ordination étant discuté dans ce cas), puisqu’il manquerait une partie intégrante du sacrement.

    A partir de ces réflexions, je tire deux enseignements :
    1. Tout repose sur le fait que les ordres mineurs sont ou ne sont pas une partie intégrante du sacrement de l’ordre. Et si c’est le cas, la validité de l’ordination selon le rite de Paul VI est sujette à caution, ce qui entraine que le passage pur et simple d’un rite à l’autre est impossible sans le traitement de l’ordination elle-même. Ce qui voudrait dire que Paul VI a touché à la substance de ce sacrement et que les prêtres ordonnés comme moi selon le rite de Paul VI sont de la fausse monnaie. Dans ce cas, il faudra démontrer l’origine apostolique des ordres mineurs et de ces ordres mineurs, comme étant de droit divin et non de droit ecclésiastique. Bref, il faudra démontrer que le motu proprio « ministeria quaedam » est entâché d’hérésie de part en part. Dans ce cas, il faudra même procéder à des réordinations au cas où un prêtre voudrait célébrer la Messe selon le rite de Saint Pie V. Dans ce cas, il y a une cloison étanche concernant l’Eglise catholique au plan de la catholicité, sous le rapport le la légitimité des prêtres. IL y a dans ce cas deux Eglises qui s’excluent l’une l’autre comme catholiques, du fait même de l’intégrité des ordinations.

    2. Je suis moi aussi très partagé voire dubitatif sur l’expression « 2 formes du même rite latin » à cause même du maintien du rite de Saint Pie V, jamais abrogé juridiquement, et vécu de fait par des prêtres et des fidèles catholiques après promulgation du novus ordo missae.
    Ce qui fait problème, c’est le maintien de fait du rite ancien alors que le nouveau est promulgué et écarté dans les faits par ceux qui célèbrent selon le rite ancien (certains vivant la liturgie selon l’exclusivité de ce rite). Dans ce cas, il y a bien choix d’une forme rituelle – choix tout à fait respectable – mais ceci implique dans les faits qu’il y a deux rites, car la pratique du rite ancien implique qu’on s’y maintienne habituellement en écartant celle du rite dit « ordinaire ». Autrement dit, la pratique du rite ancien est la forme « ordinaire » pour ceux qui la vivent. Or deux formes ordinaires, ce sont deux rites.
    Je suis d’autant plus favorable à cette lecture des choses que je réclame par ailleurs l’exclusivité de la forme ordinaire (Paul VI sans ajouts et si possible en latin) pour les prêtres qui comme moi la pratiquent, sauf concessions particulières et transitoires au cas où des fidèles seraient empêchés de vivre la Messe selon l’ancien rite faute de prêtres. Il faut quand même penser aux fidèles, nous existons pour cela. Mais on retiendra que je suis tout à fait opposé au biritualisme habituel.

    Enfin,la dernière conséquence est que la « réforme de la réforme » n’a aucune pertinence si on admet qu’il y a deux rites dans les faits, ce qui est exactement ma lecture. A moins que le Pape promulgue une réforme en profondeur du rite de Paul VI, je ne vois pas de quelle autorité on introduirait des variantes même louables mais non prévues par ce rite (et en imposant aux prêtres des pratiques considrées comme obligatoires alors qu’elles sont seulement possibles). Il faut tout de même relire Sacrocanctum Concilium n°22, concernant le gouvernement de la liturgie, ce qui évitera de devenir « crypto-progressiste » en introduisant de force soit des ajouts, soit des interprétations unilatérales. C’est justement parce que je défends la légitimité de l’usus antiquior que je le traite comme un usage stable et organique et non comme une coutume passagère, alternative, voire comme le matériau d’une réforme d’un autre rite. Et que chacun reconnaisse l’autre usage comme pleinement catholique même s’il n’est pas adopté. C’est ainsi qu’il existe une seule Eglise catholique avec plusieurs rites.

  7. Christian

    Le Motu Proprio 7/7/07
    Art. 5, § 1. In paroeciis, ubi coetus fidelium traditioni liturgicae antecedenti adhaerentium stabiliter exsistit, parochus eorum petitiones ad celebrandam sanctam Missam iuxta ritum Missalis Romani anno 1962 editi, libenter suscipiat.
    (source vatican.va)

    Traduction de ma part : Dans les paroisses où un groupe de fidèles adhérant à la tradition liturgique antécédente existe de façon stable (ubi coetus…stabiliter existit), que le curé reçoive volontiers leurs demandes de célébrer la Sainte Messe selon le rite du Missel Romain édité en l’an 1962.

    Question : cette traduction est-elle caviardée ? L’adverbe « stabiliter » vient à mon sens déterminer le verbe « existit », devant lequel il se trouve. Je ne vois pas qu’il vienne éterminer l’adjectif « adhaerens ».
    Cf. « Deus qui humanae substantiae dignitatem condidisti et mirabilius reformasti » : « mirabilius » vient déterminer le verbe suivant.

    Je ne vois pas d’ailleurs ce qui empêcherait un curé de recevoir volontiers une demande très pauvre en nombre, sauf à camoufler son refus d’obtempérer derrière une casuistique « foireuse », ce qui, admettons-le, arrive souvent. Mais le problème restera de toute manière irrésolu si l’on parle d’attachement stable – ce que je conteste – et non pas de groupe stable.Tout dépend des bonnes dispositions pastorales du curé.
    Et pour dire le fond de ma pensée, si c’est ce curé qui doit célébrer selon le rite plus ancien, encore faudrait-il reconnaître la validité de son ordination et celle de son évêque…Boire ou conduire, etc…

  8. Cher Santiago,

     » Mais dans ce cas, quelle est la conclusion pratique ? Cela signifie t il que l’ordination est invalide ? C’est jusque là qu’il faut nous éclairer. »

    Réponse ici :
    ==> http://www.rore-sanctifica.org/etudes/2006/RORE-2006-04-26-FR-Cekada-Absolument_nul_et_entierement_vain.pdf

    2. Cher Christian,

     » lesquelles [ordinations], merci du peu, sont pleinement valides et catholiques… »

    ==> Démontrez-le !

    S’il y a défaut de forme et/ou de matière, le sacrement ne produit pas ses effets.

    – Un prêtre valide qui dit la  » messe  » montinienne (invalide) n’obtient aucun effet.
    – Un prêtre invalide qui dit la messe catholique (valide) n’obtient aucun effet,
    – Un évêque invalide qui ordonne un prêtre selon rit catholique du sacrement de l’ordre (valide) n’obtient aucun effet,
    – Un évêque valide qui ordonne un prêtre selon le  » rit  » nouveau (invalide) n’obtient aucun effet.

    Je suis étonné de la puissance des terribles passions qui offusquent l’esprit à notre époque. Au fond, un grand nombre de gens pétris de demi-science (selon le mot fameux de Mgr Gaston de Ségur) se doutent que le mal est bien plus grand qu’il ne feignent de le penser et surtout (en l’occurrence sur les blog et les forum) de l’afficher.

    Mais voilà ! La vérité, les conclusions de ces constats épouvantables sont trop ceci ou trop cela.

    Et pourtant,  » demandez et vous obtiendrez, frappez et l’on vous ouvrira « .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *