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En relisant le cardinal Newman: quand Urbain VIII critiquait Saint-Pie V

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En en relisant la Lettre au duc de Norfolk du bienheureux John-Henry Newman, je suis tombé sur cette référence à l’histoire de l’Église.  Défenseur de la papauté et de la continuité de l’Église catholique par rapport à l’Église primitive, le bienheureux s’exprime sur les attitudes de tel ou tel pape:

je suis loin d’affirmer qu’un pape n’a jamais tort, ni qu’on doit jamais lui tenir tête, ni que les excommunications qu’il prononce sont toujours efficaces. Je ne suis pas tenu de défendre la politique ni les actes de tous les papes avant ou après la grande révolution du XVIe siècle.

Plus précisément, le bienheureux se réfère, en note de bas de page, aux propos tenus par Urbain VIII à l’égard de l’un de ses prédécesseurs. Urbain VIII reprocha à certains papes du XVIe siècle l’excommunication du souverain britannique:

Nous pourrions les excommunier comme ont fait Pie V pour la reine Elizabeth d’Angleterre et, avant lui, Clément VII pour le roi Henri VIII. Mais à quoi bon ? Nous mesurons maintenant dans le monde entier les effets de cette décision, et nous la pleurons maintenant avec des larmes de sang. La sagesse nous incite à ne pas imiter Pie V, ni Clément VII, mais Paul V.

Des propos à méditer. En soi, un pape peut toujours ne pas imiter tout ou partie de ses prédécesseurs dans des questions plus prudentielles. Ce que l’un a fait, l’autre n’est pas tenu de le refaire. Ce qui vaut au XVIe siècle vaut aussi pour l’époque actuelle. Certaines attitudes et positions ne sont pas gravées dans le marbre. Il n’a jamais été dit que l’attitude des papes contemporains, confrontés à une crise ecclésiale grave, constitue la meilleure attitude qui soit. Eux-mêmes ne l’ont jamais affirmé. Certaines prudences, mais aussi certaines décisions disciplinaires, qui ne sauraient impliquer la doctrine, restent évidemment circonstancielles. (Précisions: loin d’interdire toute critique à l’égard de telle décision provenant de tel ou tel pape récent, cet article visait justement à admettre, à la lumière de l’histoire de l’Église, la possibilité d’une critique. Pour être plus explicite, on ne voit pas en quoi l’attitude de Paul, de Saint-Jean-Paul II ou de François ne ferait pas l’objet d’une critique de la part d’un futur pape).

17 comments

  1. Courivaud

    Je ne vois pas très bien l’intérêt de l’article.

    En plus, il manque de franchise : s’agit-il d’insinuer aux lecteurs que les lefebvristes sont rigides parce qu’ils « n’aiment pas Vatican II » et qu’il ne faut pas critiquer le pape François 1er parce que « ce n’est pas bien » ?

    Enfin, il convient de resituer les propos ainsi retracés dans leur véritable contexte historique, culturel, sinon psychologique. Tâchons de ne pas faire dire au cardinal Newman ce qu’il n’a jamais pensé.

    AU final, on croirait lire un (mauvais) billet d’un journaliste de « la Croix ».

    • Jean-Marie Vaas
      Author

      L’objet de cet article est justement de prouver le contraire: on peut parfaitement critiquer les papes contemporains sans être irrespectueux. Mais vous l’avez compris en sens inverse…

      • Courivaud

        « d’avoir été timorés » ?

        là également, la prudence s’impose. On a l’exemple de Pie XII, pape contemporain à qui l’on a fait dire ce qu’il n’a pas dit, sans parler des insinuations ou des calomnies dont il fut l’objet. Qu’il ait été meurtri par de telles attaques n’a pas l’air d’en émouvoir beaucoup aujourd’hui.

  2. L’histoire est riche d’enseignements… et c’est parfois par « respect » que l’on peut critiquer une décision papale : je crois que saint Robert Bellarmin en avait parlé en son temps.

    En ce qui concerne saint Pie V, le blog La Question avait il y a quelques années montré que son opposition à la tauromachie espagnole n’avait peut-être pas été délicate, et son successeur avait changé d’attitude.

    Je me souviens, jeune, d’avoir découvert la vie de ce saint pape à travers la collection « Chemins de Lumière », mais ce titre est malheureusement actuellement épuisé. Mais les pour les moins jeunes, il y a l’indépassable biographie de Falloux, qui n’a pas pris une ride : http://www.chire.fr/A-137727-saint-pie-v-broche.aspx .

  3. Sous Philippe-Auguste, roi de France, (1165-1223) le pape Innocent III (pontificat 1198 1216) jeta l’interdit sur le royaume en raison du divorce du roi Philippe-Auguste. Il n’y eu plus dans le royaume ni messe, ni confession, ni baptême. Rien. Aucune activité spirituelle. Le roi céda et reprit sa femme avec lui. Le Pape leva l’interdit.

    Au XVIe siècle, les mentalités avaient changé. C’est pourquoi les excommunications (sanctions pénales) d’Henri VIII puis de sa fille Élisabeth première firent probablement plus de mal que de bien ; mais on peut en discuter indéfiniment. Les sanctions pénales sont à l’appréciation de celui qui les inflige. Une absence d’excommunication ne signifie nullement que l’autorité est d’accord avec l’attitude de celui qui n’est pas excommunié.

    Cependant, comme nous n’avons pas l’expérience du possible, nous devons simplement constater les faits, sans pouvoir affirmer avec certitude que ces décisions du Saint-Siège furent des erreurs. Elles sont pour l’éternité des événements historiques.

    Même aujourd’hui pour pouvoir discuter de l’opportunité de ces sanctions, encore devons-nous avoir bien en tête les principes qui commande le droit pénal.

    Le vrai problème se pose, à mon avis, lorsque les papes, comme Paul VI et ses successeurs violent la liberté religieuse des fidèles.

    • sygiranus

      .. avec l’énorme différence que Mgr Lefebvre est resté énergiquement fidèle à l’Enseignement constant de l’Église et à sa Tradition que contestait non moins énergiquement Luther !
      Ne rapprochons pas ce qui est aux antipodes !

      • rocheteau

        de toutes façons notre bien-aimé Benoit XVI a levé l’excommunication… et Monseigneur Lefèbvre de son plein gré s’était exposé lui-même à cette excommunication par sa désobéissance à Jean Paul II.
        Actuellement Rome considère comme un problème interne à l’Eglise les relations avec la fraternité Saint Pie X, ce qui prouve bien qu’ils font partie de l’unique Eglise du Seigneur.
        notre Eglise avait besoin de Monseigneur Lefebvre dans cette période d’après concile qui a vu tant d’excès et de débordements illicites. Paix à son âme !

  4. Devgir

    Quel est l’intérêt de cet article ? Il semble qu’aujourd’hui, Riposte Catholique se surpasse dans l’inutilité des interventions.
    Il vaut mieux moins publier mais que cela vaille la peine d’être lu.

  5. Françoise

    Au contraire, pour moi cet article sur les interventions passées de certains papes et les réactions qu’elles ont suscitées sont intéressantes et dignes d’être publiées. Cela montre qu’il n’a pas été facile, pour un pape, d’agir au mieux en présence de la mauvaise conduite de tel ou tel souverain. Il n’y a pas que de nos jours que les problèmes de société, de doctrines perverses, et de la conduite de certains dirigeants de ce monde se posent sur lesquels l’Eglise doit se prononcer.

  6. Peut-être est-il opportun de rappeler ici l’excommunication prononcée en secret contre le Roi Louis XIV qui vivait en état public de péché mortel, alors qu’il avait été désigné en juin 1689 comme  » Fils du Sacré-Coeur de Jésus  » , dans un message à celle qui deviendrait sainte Marguerite-Marie, au cours d’apparitions reconnues par l’Eglise! …

  7. Je n’ai pas comparé Mgr Lefebvre à Luther du point de vue doctrinal, mais disciplinaire en ce sens que l’un et l’autre se sont rebellés contre le Pape et l’Eglise.
    Il est indéniable que doctrinalement, Mgr L. est catholique contrairement au moine Luther qui a tout remis en cause de fond en comble, sauf qu’on décèle chez Mgr L. une formidable contradiction : il prétend avoir raison contre le Concile et le Pape niant ainsi la doctrine de l’Infaillibilité des décisions d’un Concile prises en union et avec l’approbation du Pape à laquelle il croyait forcément lui-même en tant qu’évêque.

    • sygiranus

      Il est temps de vous documenter sérieusement sur les notions d’infaillibilité pontificale, conciliaire, collégiale, etc., sur l’autorité d’un concile pastoral ou dogmatique, sur les façons dont l’une et l’autre sont exercées, sur les thèmes et les circonstances où elles s’exercent.

      Mais pour résumer avec Jésus-Christ : « Jugez un arbre à ses fruits ! »

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