21 prêtres français s’adressent à Rome : « Donnez-nous des évêques selon le cœur du Pape ! »

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Dans le contexte du sacre de Mgr Fonlupt et des interrogations de fidèles dont nous nous sommes faits l’écho, nous avons reçu le texte d’une supplique qu’un groupe de 21 prêtres français adressent ces jours-ci au cardinal Ouellet, préfet de la congrégation pour les évêques.
D’après ce que je sais de la situation du catholicisme français, ces 21 auraient aussi bien pu être plusieurs dizaines, mais l’animateur du groupe s’est volontairement limité pour envoyer rapidement – et, en l’occurrence, avant le sacre de Mgr Fonlupt – cette supplique à Rome.
Qui sont ces prêtres? De parfaits représentants des « forces vives » du catholicisme français: ils sont 4 religieux, 2 membres d’instituts Ecclesia Dei, et 15 prêtres diocésains. Certains ont été tout récemment ordonnés; d’autres sont prêtres depuis plus de 20 ans. Presque tous ont moins de 50 ans. En un mot, ils sont représentatifs de la génération de la nouvelle évangélisation. Ils ont vu le champ immense de la mission en France même et ne parviennent pas à comprendre que les bureaux et les officines continuent à s’arc-bouter sur des choix idéologiques d’un autre âge. Ils sont résolument favorables à la fin de la guerre liturgique et à la « réforme de la réforme » et aussi hostiles que possible aux interprétations néo-modernistes de Vatican II. L’animateur de ce groupe – qui en est aussi le doyen – a délibérément choisi de représenter cette « diversité » parmi les signataires.
Pour ma part, en recevant cette supplique, j’ai instantanément songé à la supplique des séminaristes de Milan en février dernier. Nous avions suivi cette affaire sans en parler pour éviter de jeter de l’huile sur le feu, mais, à présent qu’elle est derrière nous, je peux bien vous dire de quoi il s’agissait: quelques séminaristes du diocèse de Milan ont écrit une supplique au Pape demandant la possibilité de se former à la célébration du rite ambrosien. L’affaire engendra beaucoup de remue-ménage, à la curie, au diocèse et au séminaire, à tel point que les « fautifs » furent convoqués par le supérieur du séminaire et manquèrent de peu le renvoi.
C’est la raison pour laquelle j’ai moi-même conseillé à l’animateur de ces 21 prêtres de ne pas solliciter de séminaristes (car, en France, on ne se contenterait pas de la menace et il serait trop bête de perdre des prêtres avant même leur ordination…). Et c’est aussi la raison pour laquelle j’ai supprimé les signatures des 21 prêtres. Nous, laïcs, pouvons librement prendre la parole; il n’en va pas toujours de même pour les clercs.

A Son Éminence le Cardinal Ouellet,
Préfet de la Congrégation pour les Évêques

Éminence,

Nous voudrions vous faire part de l’incompréhension d’une large part des prêtres et des catholiques de France concernant les nominations épiscopales actuelles.
Dans notre pays, depuis trois ou quatre décennies, le catholicisme s’est réduit et continue de se réduire dramatiquement (effondrement constant de la pratique dominicale, du nombre des prêtres, des religieux, des catéchisés, des vocations, etc.) Il n’est pas impossible que le Saint-Siège soit bientôt contraint de transformer certains diocèses français en administrations apostoliques, compte tenu du nombre dérisoire de leurs prêtres en activité.
Or ce catholicisme malade n’est pas mort. Transformé par la terrible épreuve de la sécularisation, il a encore – pour combien de temps ? – la capacité de se revitaliser en son état de minorité : scoutisme, écoles vraiment catholiques, mouvements, pèlerinages, communautés nouvelles multiples, communautés traditionnelles jeunes et vivantes, nouvelles générations de prêtres réellement missionnaires, séminaristes diocésains et nombreuses vocations potentielles de type « génération Benoît XVI », possibilités liturgiques et vocationnelles offertes par le Motu Proprio Summorum Pontificum, jeunes familles chrétiennes nombreuses, groupements très actifs de soutien à la vie. Ce catholicisme-là veut tourner une page mortifère : abus liturgiques, prédication désastreuse concernant la morale du mariage, complexe anti-romain latent, pratiques sacramentelles déviantes (bénédictions de « remariages » des divorcés remariés, absolutions collectives), catéchèse douteusement catholique sur l’eucharistie, etc.
Dans ce contexte, les nominations épiscopales nous paraissent inintelligibles. Bien des évêques de France sont en décalage croissant avec ce nouveau catholicisme. Et c’est une immense déception de voir qu’une partie de ceux nommés aujourd’hui même, sous le pape Benoît XVI, comme s’ils se reproduisaient par cooptation, ont encore un esprit « génération 68 » plus ou moins recentré, et que l’autre partie est choisie, pour les besoins d’un consensus introuvable, parmi des hommes d’une timidité réformatrice extrême.
Les prêtres, les religieux, les clercs que nous représentons désirent que soit faite à l’adresse d’une société de plus en plus indifférente une annonce claire de l’Évangile. Ils sont en outre animés d’un vrai désir de réconciliation et de paix entre tous les catholiques de France, qui se savent désormais largement minoritaires. Mais pour mettre en œuvre une nouvelle pastorale, il faut choisir de nouveaux pasteurs. Il se trouve que les prêtres de 50 à 60 ans qui ont un profil pastoral, psychologique et intellectuel solide, répondant parfaitement aux besoins vitaux du nouveau catholicisme français, sont désormais nombreux.
Éminence, le salut du catholicisme français dépend de la nomination d’évêques qui répondront à ses besoins réels et à ses vraies attentes.
Nous exprimons à Votre Éminence notre profond et religieux respect, et La prions de transmettre à notre Saint-Père le Pape l’expression de l’affection dévouée et respectueuse de ses enfants fidèles, prêtres de Jésus-Christ.

20 comments

  1. Jean Némard-Detou

    Est-ce que vous ne pourriez pas nous donner l’adresse de Mgr. Ouellet et du pape pour que nous aussi nous puissions leur écrire?

  2. Pierre de Vacquerie

    C’est tout simple :

    Sa Sainteté le Pape Benoit XVI
    Palais apostolique
    Cité du Vatican
    I-00120 Roma
    Italie

    Son Eminence le Cardinal Ouellet
    Préfet de la Congrégation pour les évêques
    Cité du Vatican
    I-00120 Roma
    Italie

    Et même tout seimpement :

    benoitxvi@vatican.va

    Oui, écrivons nombreux, très nombreux.

  3. Mata

    C’est sur que la vitalité de notre catholicisme passe par la nomination d’Evêques vraiment successeurs des Apôtres fidèles à Rome qui ont pour objectif premier l’annonce du Mystère du Salut en Jésus-Christ!

  4. Guy de la Croix

    Prions pour ces jeunes prêtres courageux qui sont le futur de notre Sainte Eglise Catholique et associons nous à leur action en créant une supplique au St Père pour qu’il entende enfin le cri désespéré de ses fidèles…persécutés par leurs évêques ( souvent apostats…)

  5. Marie-Christine

    quelle espérance pour nous laîcs qui souffrons tant de cette « idéologie » qui s’est développée dans certains diocèses.. Nous revons d’avoir des pasteurs tels que Mgr Rey, Mgr Aillet ou d’autres (mais si rares) fidèles à notre St Père et au Magistère de l’église! UN GRAND MERCI A CES COURAGEUX PRÊTRES! nous sommes prets à appuyer leur demande en écrivant aussi

  6. Gabarel

    C’est une très bonne initiative mais je doute que ces personnes savent réellement comment sont nommés les évêques en France.

    Sauf erreur, le nouveau postulant comme successeurs des Apôtres, est choisi par Rome sur une liste de 3 noms proposés, donc choisis, par des évêques de France. Et en général ceux-ci se reproduisent « idéologiquement » entre eux. Donc Le Pape n’a pas grand choix puisque les dés sont pipés.

  7. Benoît Lobet

    Cher Gabarel,

    le processus de désignation des évêques est à peu près partout pareil dans le monde : ce ne sont pas les évêques qui se choisissent entre eux – donc, contrairement à ce que vous insinuez, ils ne se « reproduisent »(!) pas. C’est le Nonce apostolique, ambassadeur du Saint Siège, qui présente à la Congrégation pour les Evêques une « terna », en effet une liste de trois noms de prêtres jugés, après enquête, « épiscopables ». La Congrégation soumet alors son choix au Saint Père, qui approuve ou refuse. S’il y a refus, on recommence l’enquête…

  8. Luc Warnotte

    L’abbé Lobet, vous voulez rigoler une fois de plus, c’est ça? On sait parfaitement que dans beaucoup de cas les évêques de cooptent et se reproduisent par endogamie. Vous êtes sans cesse dans la phraséologie officielle et les procédures (c’est bien typique des apparatchiks, qu’ils soient ecclsiastiques ou civils). Le pape ne connaît en général pas les gens qu’il nomme. On sait parfaitement que les évêques se reproduisent par cooptation et endogamie. Cessons de rigoler.

  9. Gabarel

    Monsieur L’Abbé Lobet,

    J’ai placé les guillemets sur le mot « idéologiquement » mais c’était sur le mot « reproduisent » qu’ils auraient dû se placer : erreur de frappe.

    Mais cela n’enlève en rien mon opinion sur la nomination des évêques selon Wikipédia :

    « Dans l’Église catholique, les évêques sont nommés par le pape, à partir de listes transmises à Rome par le nonce apostolique, établies par les évêques d’une même province ou même région ecclésiastique. Chaque évêque a le droit de faire des propositions. » mais dans le Monde des religions :
    « Conformément aux accords diplomatiques de 1923-1924 qui rétablissent les relations entre le Vatican et la France, Paris a droit de regard sur la nomination des évêques catholiques. Un droit de regard devenu au fil du temps plus formel que réel. C’est la nonciature (l’ambassade du Saint-Siège) à Paris qui informe le ministère français des Affaires étrangères des intentions du Vatican. Pour sa part, le Bureau des cultes gère administrativement les dossiers de nomination. Il transmet une biographie du  » nominé  » au quai d’Orsay et sollicite l’avis du préfet. »

    Bref les nominations ne sont pas si transparentes.

  10. Thierry

    Mr Ganimara,une fois de plus,erasmus minor « pollue » le site avec de malsaines et hérétiques publicité pour la conférence de baptisé-e-s…Pour le salut de nos Ames et notre bien ètre moral,vous serait-il possible d’agir? UDP!

  11. Benoît Lobet

    Cher Gabarel,

    vous avez raison sur un point : en France, comme en Belgique, du reste, le Gouvernement a un droit de regard – formel, comme vous dites – sur les élections épiscopales par le pape. Mais c’est bien le pape qui choisit, en non les évêques!
    J’ai eu connaissance de deux situations précises, en Belgique, où un évêque voulait simplement conseiller à Rome, à la Congrégation pour les évêques, le nom d’un successeur à sa propre fonction. Il leur fut, dans les deux cas, répondu : « De cela, Monseigneur, c’est nous qui nous occupons. »
    Je crois vraiment que les évêques n’ont pas grand chose à dire sur l’élection de leurs pairs, même s’ils siègent eux-mêmes à la Congrégation pour les évêques… C’est le Nonce qui a et garde le rôle primordial dans ces choix. Et c’est très bien ainsi…

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