Mgr Ulrich et le Pape

Des visites ad limina aux allures de visites de chaleur ?

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Mgr Ulrich et le Pape

Tous les échos qui arrivent de Rome à propos des visites ad limina des évêques français sont de la même teneur :

L’ambiance est excellente. Rome reconnaît maintenant l’existence d’un modèle français, celui d’une Église qui a su s’adapter à la sécularisation, et nous conforte dans notre mission.

On a presque l’impression qu’il s’agit plus de visites « de chaleur », comme celles faites aux cardinaux le jour de leur entrée dans le Sacré Collège, que de visites ad limina. Il faut dire que le souvenir des dernières visites de 2004 est encore cuisant pour certains prélats : un dossier sur la situation liturgique – à l’époque catastrophique – dans le diocèse de Nanterre, rédigé par l’association Paix liturgique, avait fait le tour de tous les dicastères au point de faire sortir de ses gonds le cardinal Lustiger.

En soi, on ne peut que se féliciter que le dialogue et la charité président à ces visites de 2012. Toutefois, une telle unanimité à de quoi surprendre et inquiéter : l’acceptation passive, mais aussi parfois active !, de la déchristianisation de notre pays par nos évêques ne méritait-elle pas un électrochoc, même léger ?

Pour essayer de mieux comprendre cette bienveillance romaine, rien ne vaut le témoignage de l’un de nos prélats, en l’occurrence Mgr Laurent Ulrich, évêque de Lille et vice-président de la Conférence des évêques de France. Voici quelques extraits de son intervention au micro de Radio Notre-Dame pour l’émission Parole d’Évêque du 22 novembre dernier. Clémence Houdaille lui demandait, précisément, ses impressions sur les visites ad limina.

Au début de l’entretien, Mgr Ulrich confirme l’existence d’un « changement de climat » à Rome vis-à-vis des évêques français. Un changement positif puisque se serait instauré « un climat de confiance » entre la Curie et notre épiscopat. Pour Mgr Ulrich, ce changement de climat s’explique notamment par la réforme du fonctionnement de la Conférence des évêques de France qui a permis une meilleure collégialité et une plus grande unité de l’épiscopat français:

Cette unité se sent. Il se trouve que dans l’audience que nous avons eu samedi dernier avec le pape Benoît XVI, il l’a soulignée.

Selon l’évêque de Lille, le pape a exprimé que ce qui le frappait de l’épiscopat français,

c’était à la fois la simplicité de vie ; le désir de porter la parole de Dieu dans une société sécularisée ; la communion vécue – cela voulait dire la communion visible – entre les évêques ; l’attention pastorale à toutes les personnes et à toutes les catégories de personnes dans l’Église et à tous ceux qui sont destinataires de l’Évangile dans nos diocèses.

Mgr Ulrich explique la bienveillance du regard pontifical par la mutation de l’Église de France :

Depuis la Lettre aux catholiques de France de 1996, il y a une nouvelle façon d’aborder la relation avec la société. On n’en est plus au post-concile, juste à la sortie du concile, où on se disait : ‘la parole de l’Église rénovée va plaire à tout le monde et va convertir l’univers entier’. On n’en est plus aux déceptions des années 80 où les difficultés, les conflits, les divisions ressentis à l’intérieur de l’Église avaient créé un sentiment disons un peu déprimé, au moins, et peut-être un peu défaitiste. On est dans une autre société, un autre monde. Une société qui s’est éloignée nettement de l’Église mais dans laquelle il y a des gens qui ont pris leurs responsabilités de chrétiens ; une société dans laquelle nous nous disons : ‘c’est celle là qui est devant nous, les temps d’aujourd’hui ne sont pas pires que les précédents pour annoncer l’Évangile, notre devoir il est là, notre goût d’annoncer est aujourd’hui rénové, redynamisé dans un contexte dont nous savons qu’il ne nous est pas favorable mais ce n’est pas un temps moins favorable qu’un autre pour annoncer l’Évangile’.

Plus généralement, selon la conclusion du prélat lillois, c’est toute l’Église universelle qui porte désormais un nouveau regard sur l’Église de France :

Nous sommes regardés, non pas comme des modèles ou regardés avec envie alors que nous aurions été méprisés avant, mais tout d’un coup tout le monde se dit : ‘ça devient clair, ce que la France a vécu est en train de nous arriver à nous aussi ; alors peut-être que ce que nous prenions pour une Église qui ne fait pas face à ses devoirs, c’était peut-être simplement seulement une Église qui se laissait dérouter par une situation complètement nouvelle et qui, réfléchissant sur cette situation nouvelle, se demandait comment il fallait faire’. Je crois que 15 ans après la Lettre aux catholiques de France il y a un véritable changement dans notre comportement à nous, dans notre perception de la situation et ça je pense que dans le reste de l’Église, l’information et les médias faisant leur travail, on regarde, on écoute ce qui se passe en France.

 

Un bémol ?

Selon Mgr Ulrich, le pape aurait aussi donné crédit à nos prélats de leur « grand intérêt pour la beauté de la liturgie, de l’expression liturgique ». Est-il imaginable que le vice-président de la CEF, pris par l’enthousiasme collectif de nos évêques découvrant une Curie accueillante et attentive, soit à l’image réelle du Saint Père et non à celle fantasmée du panzerkardinal, ait un peu forcé le trait ?

4 comments

  1. Remy

    Mgr Ulrich est de ces évêques qui en avril 2002 (il était alors archevêque de Savoie s’était fortement manifesté en calomniant le candidat JMLP , son programme, et en montrant du doigt ceux qui votent pour lui. Et en faisant d’odieux amalgames : racisme, ségrégation entre les hommes, etc …
    Je ne sais s’il a changé d’avis depuis, en tout cas il ne l’a pas fait savoir.
    Entre temps le racisme s’est bien développé, mais dans le sens qu’il craignait, et les victimes sont quasi exclusivement françaises, de confession catholique ou juive, et ce ne sont pas les électeurs du FN les agresseurs. On ne l’entend pas trop dénoncer ces agresseurs, en tout cas pas avec la virulence qu’on aurait pu attendre …
    Quand on fait de telles erreurs de discernement, qui plus est en calomniant des gens, et qu’on ne s’est toujours pas excusé alors que les faits ont infirmé, on ne peut faire confiance aux analyses de ces personnes.

  2. Pingback: Rome et l’Église de France : “fare niente” | Riposte-catholique

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