Les modifications aux règles du conclave

Ce midi a été rendu public le Motu Proprio de Benoît XVI Normas Nonnulas (daté du 22 février) modifiant certains point de la procédure d’élection du Souverain Pontife. Le Motu Proprio du 11 juin 2007 avait déjà procédé à des amendements de la Constitution apostolique Universi Dominici Gregis de 1996, principalement les dispositions de l’article 75 afin de rétablir la tradition voulant que la validité de l’élection papale réclame toujours les deux tiers des votes. Étant donnée l’importance d’assurer le meilleur déroulement de l’élection, ainsi que de mieux interpréter certaines dispositions, le Saint-Père a procédé à la modification des articles 35, 37, 43, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 55, 62, 64, 70, 75 et 85, qui se lisent comme suit :

35. Aucun Cardinal électeur ne pourra être exclu de l’élection active ou passive pour quelque motif ou prétexte que ce soit, restant sauf ce qui a été prescrit aux n. 40 et 75 de la présente Constitution.

37. J’établis aussi que, à partir du moment où le Siège apostolique est légitimement vacant, on attendra les absents pendant quinze jours pleins avant d’entrer en conclave. Je laisse toutefois au Collège cardinalice la faculté d’anticiper l’entrée en conclave si tous les Cardinaux électeurs ou, s’il y a des motifs graves, de renvoyer de quelques jours le commencement de l’élection. Mais, passés vingt jours au plus depuis le début de la vacance du siège, tous les Cardinaux électeurs présents sont tenus de procéder à l’élection.

43. A partir du moment où a été fixé le commencement des actes de l’élection, jusqu’à l’annonce publique de l’élection du Souverain Pontife ou, en tout cas, jusqu’au moment décidé par le nouveau Pontife, les locaux de la Domus Sanctæ Marthæ, de même que la Chapelle Sixtine et les lieux destinés aux célébrations liturgiques devront être fermés, sous l’autorité du Cardinal Camerlingue et avec la collaboration extérieure du Vice Camerlingue et du Substitut de la Secrétairerie d’État, aux personnes non autorisées, selon ce qui est établi dans les numéros suivants.

Tout le territoire de la Cité du Vatican, de même que l’activité ordinaire des services y ayant leur siège, devront être organisés, pour ladite période, de manière à assurer le secret et le déroulement libre de tous les actes liés à l’élection du Souverain Pontife. En particulier les Prélats de la Chambre apostolique devront veiller à ce que les Cardinaux électeurs ne soient approchés par personne pendant leur transfert de la Domus Sanctæ Marthæ au Palais apostolique du Vatican.

46/1. Pour faire face aux besoins personnels et de service liés au déroulement de l’élection, devront être disponibles et donc convenablement logés dans des locaux adaptés à l’intérieur des limites déterminées au n. 43 de la présente Constitution, le Secrétaire du Collège cardinalice, qui fait fonction de Secrétaire de l’assemblée élective; le Maître des Célébrations liturgiques pontificales avec huit cérémoniaires et deux religieux de la sacristie pontificale, un ecclésiastique choisi par le Cardinal Doyen ou par le Cardinal qui le remplace, afin de l’assister dans sa propre charge.

En outre, devront être à disposition quelques religieux de diverses langues pour les confessions, ainsi que deux médecins pour des urgences éventuelles.

47. Toutes les personnes énumérées aux n. 46 et 55/2 de la présente Constitution qui, pour quelque motif que ce soit et à quelque moment que ce soit, viendraient à être informées par n’importe quelle personne de ce qui concerne directement ou indirectement les actes propres de l’élection et, en particulier, de ce qui a trait aux scrutins ayant eu lieu pour l’élection elle-même, sont obligées à un strict secret envers toute personne extérieure au Collège des Cardinaux électeurs. A cette fin, avant le commencement des actes de l’élection, elles devront prêter serment suivant les modalités et la formule indiquées au numéro suivant.

48. Les personnes désignées aux n. 46 et 55/2 de la présente Constitution, dûment averties du sens et de la portée du serment à prêter, avant le commencement des actes de l’élection, devant le Cardinal Camerlingue ou un autre Cardinal délégué par lui, en présence de deux cérémoniaires, devront prêter serment en temps voulu, selon la formule suivante qu’elles signeront :

Moi, N. N., je promets et je jure de garder le secret absolu, et à l’égard de quiconque ne fait pas partie du Collège des Cardinaux électeurs, et cela perpétuellement, à moins que je n’en reçoive une faculté particulière expressément accordée par le nouveau Pontife ou par ses successeurs, sur tout ce qui concerne directement ou indirectement les votes et les scrutins pour l’élection du Souverain Pontife.

Je promets également et je jure de m’abstenir de me servir d’aucun instrument d’enregistrement, d’audition ou de vision de ce qui, pendant l’élection, se déroule à l’intérieur de la Cité du Vatican, et particulièrement de ce qui a trait directement ou indirectement, de quelque manière que ce soit, aux actes liés à l’élection elle-même.

Je déclare faire ce serment en ayant conscience que l’enfreindre entraînerait mon excommunication Latae Sententiae. Que Dieu m’assiste ainsi que ces saints Évangiles que je touche de ma main.

49. Après les funérailles du Pontife défunt selon les rites prescrits et après que l’on aura préparé ce qui est nécessaire pour le déroulement régulier de l’élection, au jour fixé pour l’entrée en conclave selon le n. 37 de la présente Constitution, tous les les Cardinaux se réuniront dans la Basilique vaticane, ou ailleurs, selon l’opportunité et les exigences de temps et de lieu, afin de prendre part à la Messe solennelle Pro Eligendo Papa. Elle devra avoir lieu si possible à une heure appropriée de la matinée, de manière à ce que dans l’après-midi puisse se dérouler ce qui est prescrit dans les numéros suivants de la présente Constitution.

50. De la Chapelle Pauline du Palais apostolique, où ils se seront réunis à une heure appropriée de l’après-midi, les Cardinaux électeurs, en habit de chœur, se rendront en procession solennelle à la Chapelle Sixtine du Palais apostolique, lieu du déroulement de l’élection, en invoquant l’assistance de l’Esprit Saint au chant du Veni Creator. Prendront part à la procession le Vice Camerlingue, l’Auditeur Général de la Chambre apostolique, deux membres des Collèges des Protonotaires apostoliques participants, les Prélats Auditeurs de la Rote Romaine et les Prélats clercs de la Chambre.

51/2. Par conséquent, agissant sous l’autorité et la responsabilité du Camerlingue assisté de la congrégation particulière dont il est question au n. 7 de la présente Constitution, le Collège des Cardinaux veillera à ce que, à l’intérieur de ladite chapelle et des locaux attenants, tout soit préalablement installé, avec la collaboration extérieure du Vice Camerlingue et du Substitut de la Secrétairerie d’Etat, en sorte que la régularité de l’élection et son caractère confidentiel soient assurés.

55/3. Si une quelconque infraction à cette norme était commise, leurs auteurs doivent savoir qu’ils seront soumis à l’excommunication Latae Sententiae, réservée au Siège apostolique.

62. Etant abolis les modes d’élection Per Acclamationem seu Inspirationem et Per Compromissum, la forme de l’élection du Pontife Romain étant dorénavant uniquement Per scrutinium, j’établis que, pour la validité de l’élection du Pontife Romain, sont requis les deux tiers des suffrages de la totalité des électeurs présents et votants.

64. La procédure du scrutin se déroule en trois phases dont la première, qui peut s’appeler pré-scrutin, comprend: 1.La préparation et la distribution des bulletins de vote par les cérémoniaires, rappelés dans la chapelle avec le Secrétaire et le Maître des cérémonies, qui doivent en donner au moins deux ou trois à chaque Cardinal électeur; 2.Le tirage au sort, parmi tous les Cardinaux électeurs, de trois scrutateurs, de trois délégués pour recueillir les votes des malades, nommés Infirmarii, et de trois réviseurs. Ce tirage au sort est fait publiquement par le dernier Cardinal Diacre, qui tire dans l’ordre les neufs noms de ceux qui exerceront ces fonctions; 3.Si, dans le tirage au sort des scrutateurs, des Infirmarii et des réviseurs, sortent les noms de Cardinaux électeurs qui, pour raison de santé ou pour tout autre motif, sont empêchés de remplir ces fonctions, on tire au sort à leur place des noms d’autres Cardinaux non empêchés. Les trois premiers tirés au sort feront fonction de scrutateurs, les trois suivants d’Infirmarii, les trois derniers de réviseurs.

70/2. Les scrutateurs feront le total des votes obtenus par chacun et, si personne n’a atteint un minimum des deux tiers des suffrages à ce scrutin, le Pape n’a pas été élu. Au contraire, si quelqu’un a recueilli au moins les deux tiers des voix, il y a élection canoniquement valide du Pontife Romain.

75. Si les scrutins indiqués aux n. 72, 73 et 74 de la Constitution n’ont pas donné de résultat, qu’il y ait une journée consacrée à la prière, à la réflexion et au dialogue. Puis, dans les scrutins qui suivent, en conservant les dispositions fixées au n. 74, auront voix passive seuls les deux cardinaux qui ont obtenu le plus grand nombre de suffrages dans le scrutin précédent. On ne s’écartera pas de la règle selon laquelle, même pour ces scrutins, est exigée pour la validité de l’élection la majorité qualifiée d’au moins les deux tiers des suffrages des Cardinaux présents et votants. Dans ces scrutins, les deux noms qui peuvent être élus n’ont pas le droit de vote.

87. L’élection ayant eu lieu canoniquement, le dernier des Cardinaux Diacres appelle dans le lieu de l’élection le Secrétaire du Collège des Cardinaux et le Maître des Célébrations liturgiques pontificales. Ensuite, le Cardinal Doyen, ou le premier des Cardinaux par l’ordre et par l’ancienneté, au nom de tout le Collège des électeurs, demande le consentement de l’élu en ces termes : Acceptez-vous votre élection canonique comme Souverain Pontife ? Et aussitôt reçu le consentement, il lui demande : Par quel nom voulez-vous être appelé ? Alors le Maître des Cérémonies, faisant fonction de notaire et ayant comme témoins deux cérémoniaires rédige le procès-verbal d’acceptation du nouveau Pontife et du nom qu’il a pris.

 

9 comments

  1. Jean Ferrand

    J’ai le texte latin sous les yeux. Au numéro 37 ci-dessus, il manque un mot essentiel dans la traduction. Je la complète :

    37. « Si tous les Cardinaux électeurs SONT PRESENTS » ADESSE, en latin).

    Prière aux rédacteurs de l’article de compléter.

    Commentaire rapide : cette clause m’apparâît difficile; S’il manque un seul cardinal électeur, il faudra l’attendre sans doute jusqu’au 15 mars. Or la chose est vraisemblable.

  2. Jean Ferrand

    Vous tardez beaucoup à valider les commentaires et à en tenir compte. Or ils sont très importants.

    Le site Eucharistie-Miséricordieuse m’a déjà confirmé qu’l corrigeait dans le sens indiqué la traduction du nouveau Motu Proprio.

  3. senex

    Quel dommage qu’il ait supprimer l’élection par acclamation et/ou inspiration, pour ne garder que le scrutin.Cette tradition qui avait cours pour les rois et les évèques soulignait l’action du Saint Esprit.Vox populi, vox Dei….

  4. Yves

    Et oui, même avec la nouvelle rédaction, il faudra interpréter, et comprendre que « tous les cardinaux électeurs », ça veut dire « tous les cardinaux électeurs à l’exception de ceux qui pour une raison grave ne participeront pas au conclave ».

  5. Yves

    @senex:
    1) ce n’est pas Benoît XVi mais Jean-Paul II qui a supprimé ces deux modes de désignation en 1996.
    2) il me semble que la « vox populi » que vous invoquez s’exprime mieux par un vote de l’assemblée en question (aussi réduite soit elle) que par un conciliabule ou une acclamation.

    Ces méthodes de désignation n’ont plus été utilisées depuis plusieurs siècles. Et quand on voit la qualité des papes élus récemment par rapport à certains de ceux qui ont pu être désignés au Moyen-age ou à la Renaissance, je me dis que l’Esprit souffle mieux dans une urne que dans une assemblée qui acclame, contrainte ou forcée…

  6. Jean Ferrand

    Non, monsieur Yves. Le nouveau Motu proprio n’a en aucun cas modifié l’article 38 d’Universi Dominici Gregis.

    Je l’ai sous les yeux, en latin.

  7. Yves

    @Jean Ferrand: l’article 38, et en français (version officielle sur le site du Vatican), permet de dispenser de conclave un cardinal pour « un autre empêchement grave qui devra toutefois être reconnu par le Collège des Cardinaux ». Cela laisse un certain nombre de portes ouvertes.

  8. Jean Ferrand

    Oui mais c’est une procédure longue et complexe. Et si le motif invoqué n’est pas valable, le Sacré Collège ne peut pas l’entériner.

    Or un cardinal a dit qu’il ne viendrait pas parce qu’il voyait mal.

  9. Yves

    Une « procédure longue et complexe »: je ne pense pas. Les cardinaux réunis en congrégation générale écoutent vraisemblablement le rapport que leur fait le doyen concernant les cardinaux qui lui ont fait part de leur impossibilité de venir. Ils connaissent leurs confrères et leur état de santé ou autres raisons graves, Et comme je ne pense pas que les cardinaux soient des tire-au-flanc, ils comprennent que celui quine vient pas à de bonnes raisons pour ne pas être présent. Je pensent qu’ils se contentent d’en prendre acte. Ça doit prendre environ 1min 30. Je les vois assez mal demander une expertise médicale, voire une contre expertise!

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