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La violence et la « vraie nature de la religion »

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Le discours de Benoît XVI à Assise est disponible à divers endroits sur internet, à commencer, naturellement, par le site du Vatican. J’y relève ce passage, qui est le principal motif, me semble-t-il, de cette rencontre d’Assise III:

La critique de la religion, à partir des Lumières, a à maintes reprises soutenu que la religion fut cause de violence et ainsi elle a attisé l’hostilité contre les religions. Qu’ici la religion motive de fait la violence est une chose qui, en tant que personnes religieuses, doit nous préoccuper profondément. […] Les représentants des religions participants en 1986 à Assise entendaient dire – et nous le répétons avec force et grande fermeté : ce n’est pas la vraie nature de la religion. C’est au contraire son travestissement et il contribue à sa destruction.

Oui, il y a eu, et il y a encore, des violences perpétrées au nom de la religion.

Mais je crains qu’à penser trop exclusivement à partir de notre expérience chrétienne et occidentale, nous n’ayons une vision biaisée de la situation pour au moins deux raisons:

1) La première est indiquée par le Pape: il s’agit de la critique des prétendues Lumières. Pour disqualifier le discours religieux, les penseurs des « Lumières » ont affirmé que les religions étaient obscurantistes et facteurs de violence, tout spécialement la religion catholique. Or, cette critique est une critique largement mensongère. Non qu’il n’y ait pas eu, historiquement, de « guerre de religion ». Mais, comme l’a admirablement montré Cavanaugh dans « Le mythe de la violence religieuse », beaucoup de ces « guerres de religion » ont été des guerres au moins autant raciales, territoriales, nationales, ou tout autre motif temporel, que des guerres de religion. Affirmer que moins les hommes seront religieux, plus le monde sera en paix, nous semble peut-être naturel, à nous qui sommes, nolens, volens, des héritiers des « Lumières ». Mais ce n’est pas parce que cela nous est naturel que c’est vrai!

2) La deuxième raison qui risque de biaiser notre appréciation de la situation n’est pas donnée par le Pape. Et pour cause: à mon avis, il pense même le contraire de ce que je vais dire. Selon lui, la nature de la religion est pacifique. Le problème est que je doute fort qu’il existe une catégorie suffisamment englobante qui serait « la religion ». A l’heure actuelle, la plupart des observateurs estiment que la religion islamique est la plus « polémogène » dans  le monde. Mais comment dire quelle est la vraie nature de la religion islamique? Il n’existe pas d’autorité « magistérielle » capable d’interpréter le coran en toute certitude. Et je ne vois pas comment nous, qui ne sommes pas musulmans, pourrions dire que la religion d’Oussama Ben Laden est moins conforme au coran que le religion de Dalil Boubakeur. En outre, nous avons l’habitude de distinguer ce qui est religieux de ce qui est profane. Mais c’est précisément parce que nous sommes modelés par le christianisme. Il n’existe pas de religion islamique séparée de la vie temporelle des musulmans. Dès lors, comment parler de la « vraie nature de la religion »? J’avoue que je ne le vois pas bien.

NB: est-il besoin de préciser que ces interrogations ne remettent absolument pas en cause l’utilité d’associer le plus grand nombre possible de responsables (religieux ou politiques) pour travailler à la paix dans le monde?

NB 2 (du 31 octobre): Un lecteur me fait remarquer, à juste titre, qu’un abondant corpus de la pensée théologique concerne la question de la guerre juste, et donc de la violence légitime. On voit mal comment ce corpus serait compatible avec une condamnation absolue et générale de toute forme de violence.

4 comments

  1. C’est une blague ?!

    L’Eglise, durant de nombreux siècles, a eu une législation (Décrétales) organisant l’Inquisition. L’Eglise a encore prêché les Croisades. L’Eglise ! En d’autres termes, l’Eglise a jugé qu’il est une violence légitime. Soit donc elle s’est trompée durant de nombreux siècles, et on ne voit plus qu’elle puisse être dite mère et maîtresse des fidèles, soit non. Si non, la seule violence religieuse condamnable est celle qui outrepasse le droit divin naturel ou positif. Mais si la violence est par nature contraire à la religion, une contradiction d’avec le magistère antécédent, sauf à entendre « violence » comme synonyme d’usage illégitime de la force par opposition à son usage légitime tel qu’il fut pratiqué lors des Croisades et de l’Inquisition. Or qu’écrit l’actuel Pape régnant ? Ceci : « Comme chrétien, je voudrais dire à ce sujet : oui, dans l’histoire on a aussi eu recours à la violence au nom de la foi chrétienne. Nous le reconnaissons, pleins de honte. Mais il est absolument clair que ceci a été une utilisation abusive de la foi chrétienne, en évidente opposition avec sa vraie nature. »

    Bref, le Magistère patauge littéralement dans la contradiction. Fort heureusement, il existe un principe herméneutique : l’Eglise est infaillible en ses lois générales – lesquelles ne peuvent inciter au péché. Tout au contraire, le Pape n’est infaillible qu’en ses actes définitifs – et tel n’est pas sa funeste déclaration.

    Rien de nouveau sous le soleil donc : depuis Vatican II le poisson pourrit par la tête.

  2. senex

    « Pensez-vous que Je sois venu apporter la paix sur terre? Non point,mais la division…! »Saint Luc 12,51
    Car la « sagesse du monde » est incompatible avec la Sagesse Divine,c’est pourquoi les chrétiens seront persécutés jusqu’au dernier jour,au jour de l’établissement définitif de la Paix, tranquillité de l’Ordre Divin,établi par Sa Sagesse.Ce sera la paix de la Jérusalem céleste où « tout ensemble fait corps ».Voilà la seule vraie Lumière.Tout le reste est paroles de faux prophètes. »Ils guérissent en surface la plaie de Mon peuple en disant : »Paix ! Paix…!et pourtant il n’y pas de paix…! » Jérémie 6,14.Le don de la paix requiert la suppression du désordre du péché,et donc un châtiment préalable.Nous y sommes.

  3. Comme le rappelle les commentaires précédents, le Pape démontre encore une fois toute son ignorance à propos de la doctrine catholique et dénonce une pratique qui représente ni plus ni moins la totalité de l’histoire de l’Eglise : la violence au service de la Vérité. Les exemples historiques, les justifications théologiques et les ouvrages religieux sont à ce sujet trop nombreux pour être tous cités. C’est une évidence même : ouvrez un livre d’histoire, consultez les Docteurs de l’Eglise et vous vous rendrez rapidement compte que le Pape, non seulement fait preuve d’un aveuglement certain, mais troque une religion puissante contre l’idéologie impie de la fausse paix. Le Catholicisme n’est pas une religion pacifique : elle est celle de la guerre juste.

    « C’est pour cela que S. Augustin écrit:  » Chez les vrais adorateurs de Dieu les guerres mêmes sont pacifiques, car elles ne sont pas faites par cupidité ou par cruauté, mais dans un souci de paix, pour réprimer les méchants et secourir les bons. »

    St Thomas d’Aquin, Somme Théologique, IIa IIae, Q.40, art.1, concl.

  4. Yves

    A vous lire, le pape est le dernier des idiots, incompétent notoire qui n’a pas compris que le catholicisme est une religion guerrière.

    Hier, à la messe de la Toussaint, j’ai ré-entendu les béatitudes qui ce matin résonnent étrangement à la lecture du dernier commentaire de Sacrorum Antistitum.

    « Heureux les pauvres de coeur :le Royaume des cieux est à eux !
    Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
    Heureux ceux qui pleurent :ils seront consolés !
    Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice :ils seront rassasiés !
    Heureux les miséricordieux :ils obtiendront miséricorde !
    Heureux les coeurs purs :ils verront Dieu !
    Heureux les artisans de paix :ils seront appelés fils de Dieu !
    Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice :le Royaume des cieux est à eux !
    Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. »

    Je n’y vois pas d’appel à la guerre, mais à la douceur, à l’arrogance mais à l’humilité, etc…

    Et comme je n’ai pas la prétention de donner des leçons de théologie à Benoît XVI, je me range volontiers derrière lui. Et prends donc ma part de vos insultes.

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