La Civilta cattolica et la « laïcité positive »

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La Civilta cattolica a publié un article intitulé: « Come sta la Francia cattolica? » (Comment va la France catholique?), que le blogue Benoît et moi a eu l’excellente idée de traduire en français.
Naturellement, la prestigieuse revue des jésuites, dont on sait qu’elle est la voix « officieuse » de la Secrétairerie d’Etat, commence par évoquer les statistiques et le déclin du catholicisme en France. Mais, c’est pour mieux insister sur le « réveil », illustrée notamment par le voyage de Benoît XVI (et l’assistance nombreuse à la messe des Invalides, d’une part; et l’attention portée par le monde intellectuel au discours des Bernardins, d’autre part).
Mais je lis aussi ceci, à propos de la laïcité:

« Comment cette laïcité positive a-t-elle été accueillie en France? Les points de vue de deux essayistes nous semblent indicatifs d’une conviction largement répandue. La laïcité, telle qu’elle est jusqu’ici comprise, ne voulait pas être un moyen pour distinguer les pouvoirs religieux et civils. Elle avait au contraire l’ambition d’unifier les deux pouvoirs sous la philosophie des Lumières, érigée en philosophie d’Etat, pour éradiquer le catholicisme et pour attribuer à l’État le monopole de l’éducation, de la formation des coutumes et des lois. La République s’auto-concevait comme communauté nationale, cimentée par une foi philosophique à tendance intolérante.
Sur cette réalité laïque, le projet Sarkozy, sa laïcité positive, prend la forme d’une relativisation des Lumières, une contestation de sa prétention à être presque une religion d’Etat. Les Lumières sont déclassées au statut d’une des forces spirituelles qui agissent dans la société française, la philosophie rationaliste est déstabilisée. Par conséquent, certains considèrent que l’Eglise en France a récupéré un droit sur la raison, ayant ainsi reconnu le fait que l’homme est un animal religiosum. Ce n’est pas rien, dans un pays qui, par tant d’aspects de son histoire, a été le standard de l’irrreligiosité. »

Je me demande si les rédacteurs de la revue ne s’illusionnent pas sur la « laïcité positive ».
Dans l’état actuel de laïcisme d’Etat, il est clair qu’une « laïcité positive », portant un regard bienveillant sur les religions, serait un progrès. Mais la réalité, c’est que cette « laïcité positive » est pour le moment une réalité assez informe: on ignore si elle sera aussi « positive » pour les catholiques que pour les musulmans. Et, surtout, elle reste encadrée – pour autant que je comprenne le discours de Sarkozy – par le diktat laïciste par excellence: « Pas de loi morale qui prime sur la loi civile! »
Ce diktat, nous ne pouvons pas l’accepter. Tant que la laïcité « à la française » comptera ce principe parmi ses dogmes fondamentaux, elle sera peut-être, à certains égards, une « laïcité positive », mais certainement pas la « saine et légitime laïcité », dont parle le magistère de l’Eglise avec Pie XII…

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