Peut-on défendre la dignité humaine en restant dans la majorité?

Download PDF

Dans Présent de demain, Rémi Fontaine s’interroge sur la place au sein de l’actuelle majorité des quelques députés de droite qui ont résisté lors du vote des lois de bioéthique:

« Hisser le drapeau de la dignité humaine aux côtés de tels compagnons politiques, au sein même de ce camp de la honte, n’est-ce pas se tromper de hampe, empêchant précisément l’étendard invoqué de flotter dignement et librement comme il se doit ? N’est-ce pas nous tromper sur la place du camp qu’ils occupent, empêchant depuis trop longtemps le parti de la Vie d’offrir ou de servir politiquement une alternative digne de ce nom, sous le pavois d’une saine et nécessaire dissidence ? On ne peut servir deux maîtres ou deux camps à la fois : prétendre servir la vérité au sein d’un tel camp-Panthéon – où les adeptes largement majoritaires de Moloch côtoient quelques défenseurs de la loi (divine) naturelle –, est-ce encore servir la vérité ? N’est-ce pas aussi servir de caution à ce sinistre Panthéon et à sa dictature relativiste ? La question mérite en tout cas d’être posée au regard de ce que Benoît XVI appelle les principes non négociables et en vue des prochaines élections. »

Je n’ai pas de réponse à cette question.
Mais il est en tout cas fondamental de se la poser – et de la résoudre – vite. La question est décisive pour la crédibilité et la cohérence des catholiques attachés aux « points non négociables ».

1 comment

  1. Christian

    Je suis un peu énervé. Non pas par l’humilité appréciable du blogueur, mais par l’utilisation de l’Evangile à la remorque ou à la traîne d’un choix partisan. La politique tirée obligatoirement de l’Evangile en tant que pratique ou option politique, voilà qui fleure bon une sorte d’islam politique chrétien qui ne dit son nom ni ses racines. Si c’est cela qu’on nous prépare ou qu’on nous organise, je ne donne pas cher de deux choses qui me sont chères : la spécificité et la liberté de l’Eglise par rapport à tous les organes du pouvoir politique concret, et la défense des points moraux non négociables dans l’ensemble de l’espace social et politique.
    On devinera d’abord que je milite intellectuellement pour la notion de consistance propre des réalités créées par rapport au fait révélé et surnaturel à l’origine de la foi et de l’institution de l’Eglise.Si Dieu est la raison dernière de toutes choses, il n’en est pas la raison constitutive ou formelle, sauf à devenir le Dieu du panthéisme ou à nous faire croire que le monde carbure au miracle permanent. A ce niveau-là, la récente intervention de Mgr Ravel est remarquable et pourrait servir une ouverture d’esprit aux conséquences logiques du dogme de la création.

    On devinera ensuite que je milite pour la distinction réelle entre choix moraux essentiels et choix politiques contingents. Or, à se tromper sur des choix politiques contingents en les prenant pour essentiels, on peut « couler » la défense de points essentiels dans une société donnée.

    Il me semble ici avec beaucoup de prudence (et en admettant des choix contraires qui restent possibles), que la présence de chrétiens courageux dans des partis traditionnels non-confessionnels est à la fois risquée et assez efficace en paysage français. La seule difficulté – et elle est de taille – résiderait dans le fait que le programme politique contiendrait explicitement la négation d’un des points non négociables. Cette difficulté par ailleurs concerne le député dans le cadre du vote d’une loi, mais aussi le citoyen appelé à donner son suffrage pour une élection (comment séparer sans hypocrisie le candidat du programme explicite pour lequel il sollicite le suffrage des électeurs ? voilà qui a posé quelques questions sérieuses en 2007 en tant qu’électeur et m’a fait réfléchir efficacement à cette époque)Concerne-t-elle l’inscription à un parti politique et la poursuite d’une carrière politique sous l’étiquette de ce parti ? Je suis beaucoup moins affirmatif, dès lors que la liberté de choix pour des raisons éthiques peut subsister. Les quelques votes de députés courageux montrent que c’est encore possible.

    Je crois encore que cette voie est – parmi d’autres – de bonne prudence et intelligence. Si le but est de traduire les exigences de la loi naturelle dans le bien commun politique, en espace français, c’est recevable si cela ne se passe pas qu’entre chrétiens, ou même si cela ne se passe pas uniquement sous une étiquette explicitement confessionnelle, signifiant par là que l’origine prochaine des idées politiques n’est pas l’adhésion à une révélation surnaturelle mais une juste approche en raison de la nature et de la nature humaine en particulier.
    Encore une fois, ce n’est qu’une option, mais en paysage français, elle a l’avantage de contourner (et de casser) le reproche de fonder l’action politique sur l’adhésion à des dogmes révélés particuliers.
    On comprendra ainsi que je lis dans le paysage politique français la présence mentale envahissante de la franc-maçonnerie qui se refuse par principe de fonder quelqu’action humaine sur des dogmes et tend à étendre cet interdit qui lui est propre à une société entière (à faire comprendre d’urgence à tels membres de l’épiscopat français). On comprendra aussi que j’évoque le détournement de la démocratie quand des fraternités statutairement occultes quant à leurs membres font la loi en France, les lois sociétales en particulier. C’est pourquoi je continue à croire en la présence de chrétiens charpentés et d’hommes de bonne volonté du même calibre y compris dans les partis actuels, parce qu’ils proposent un contenu d’éthique naturelle à la sacro-sainte « volonté générale » qui n’est philosophiquement qu’un contenant sans contenu, qu’ils sont les empêcheurs de voter en rond du personnel politique, et qu’ils sont une épine dans le pied dans la bien pensance sociétale a-dogmatiste en parlant depuis les mêmes lieux d’où ils peuvent tenir à leurs idées sur le terrain des autres hommes, lesquels ne se réduisent pas toujours à leurs idées et peuvent se laisser rejoindre en raison.

    Finalement, ce discours n’est qu’un exemple illustrant du thème de la présence des chrétiens dans le monde de tous les hommes. Je continue à penser que cette présence doit être multiple et multiforme au plan du choix des moyens, comme cela l’est dans le cadre scolaire (pour peu que l’enseignement catholique soit un lieu qui ne se contente pas de faire de la « culture religieuse »). Je connais d’excellents cathos qui ont fait toute leur carrière dans l’enseignement public, pour ne citer qu’un exemple. Et puis, si le vent de liberté venu du sud envahissait la démocratie elle-même et la débarassait de son carcan de bien-pensance laïciste obligatoire, quelle belle perspective ! Seulement là, pour que cela arrive, il faut y être et y aller.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *