Retour à la question de la liberté religieuse

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Notre excellent confrère Sandro Magister poursuit ses études sur la réception de Vatican II avec un passionnant débat autour de la question de la liberté religieuse, opposant Dom Basile Valuet (défenseur de la continuité entre Dignitatis humanae et l’enseignement antérieur), Mgr Gherardini et Roberto de Mattei (qui nient cette continuité et contestent l’autorité doctrinale de DH) et le P. Rhonheimer (dont la thèse me semble plus compliquée à comprendre mais qui affirme, si je comprends bien, qu’avec DH, l’Eglise a approfondi son patrimoine traditionnel qui avait été partiellement occulté par l’enseignement des Papes du XIXe siècle).
Tout est à lire et à relire, la plume à la main, dans ce remarquable échange. Malgré quelques phrases à mon avis inutilement polémiques sur des sujets délicats et complexes, ces lignes sont de très belle tenue.
En attendant d’y revenir, je voudrais simplement mentionner ces quelques lignes de Dom Basile que j’ai trouvées très éclairante sur sa démarche intellectuelle:

« Distinguons trois positions différentes concernant la personne humaine (singulière ou collective). Par « erreur », nous entendons bien sûr ce que l’Église catholique déclare être une erreur :
[A] L’homme a la permission morale d’adhérer à l’erreur.
[B] L’homme a le droit d’adhérer à l’erreur.
[C] L’homme a le droit à l’immunité de contrainte extérieure, même s’il est dans l’erreur.
La proposition A, condamnée, bien sûr, de tout temps, en particulier au début du Syllabus, résume l’indifférentisme religieux. — B résume la thèse de la liberté de conscience et des cultes (LCC), condamnée aussi, à la fin du Syllabus. — C résume la doctrine de Vatican II.
A implique B, qui implique C. Mais C n’implique ni B ni A. Les rationalistes tiennent A et B. Le Lamennais de 1831, lui, ne soutenait pas A (ce qu’il fera en 1834), mais B, considérée comme essentielle à la constitution correcte de la société. C’est pour B qu’il fut condamné (infailliblement) par « Mirari vos ».
« Quanta cura », préparée bien avant 1863 pour condamner A et B, ne condamna pas les discours de Malines de Montalembert, lequel ne soutenait pas A, ni même B en théorie, mais estimait cependant dans la pratique devoir s’accommoder d’une société organisée sur B, parce qu’elle rendait possible C. Le Saint-Siège fit expliquer par Curci, en 1863, un an avant « Quanta cura » et le « Syllabus », que cette position d’hypothèse était acceptable. Léon XIII condamna encore A et B ; il affirma comme déjà Pie IX la possibilité de tolérer la situation concrète de B. Mais, 1er pape à avoir distingué la LCC idéologique européenne (B) et la LR pragmatique américaine (C), dans « Longinqua Oceani », en 1895, il déclara que C, situation bonne, n’était pas la meilleure dans l’absolu.
6. Que s’est-il passé ensuite ? L’État moderne dont parle le Saint-Père en 2005 a évolué de la conception de la LCC (B), à une conception autre de la liberté (C). De son côté, le magistère, dès « Libertas », a su distinguer progressivement de B la revendication de C. Et ainsi, le magistère a fini par se retrouver d’accord avec l’État moderne sur la LR (cf. les explications données en « Dignitatis humanae » 1), bien que reste condamnée la LCC (B) condamnée par Pie IX (il n’y a pas de droit à l’erreur), et pas seulement A. Il y a discontinuité sur la liberté dont on parle, non sur la doctrine : nous sommes donc d’accord.
Autre chose de très important a changé aussi : le fait que le droit à la LR (au sens C) ait été reconnu de manière inter-confessionnelle et internationale après la 2e guerre impliquait que l’expansion d’une religion autre que la religion dominante dans une société donnée ne constituait plus ipso facto un danger pour l’ordre public. De ce fait, la nécessité pour l’Église d’avoir un bras séculier chargé de réprimer « ipso facto » l’erreur religieuse n’existait plus. La situation antérieure était moins parfaite. Mais comme le remarque le Prof. Stefano Ceccanti, on pouvait comprendre que l’Église fît appel à un État catholique pour se défendre. La commission de rédaction de « Dignitatis humanae » a précisé que l’exigence, parfois prévue dans les concordats, de réprimer les confessions non catholiques, était due aux circonstances (A.S. III/VIII, 463-464).
Lorsque l’Allemagne et la France étaient en guerre, fait extrêmement déplorable, le droit naturel permettait aux armées de se tirer dessus. Mais dès l’armistice, il devient contraire au droit naturel de se tirer dessus. De Théodose à 1948, on a appliqué entre les confessions religieuses le « droit de la guerre ». Avec la reconnaissance mutuelle du droit à la LR, disparaît le droit « per se » à la coercition du bras séculier. Il me semble que je vous rejoins ici ? « Dignitatis humanae » énonce un principe englobant toutes les situations : là où une erreur religieuse ne nuit pas à l’ordre public juste, l’État n’a pas à la réprimer, mais si elle nuit à l’ordre public juste, l’État peut et parfois doit la réprimer.
7. Les papes du XIXe ont condamné le droit affirmatif (B), et non le droit négatif de Vatican II (C). »

Je ne suis toujours pas convaincu qu’il soit possible de rendre conciliables l’enseignement de Vatican II et l’enseignement antérieur. Je ne suis pas non plus convaincu que cela soit nécessairement un drame (car il pourrait très bien se faire que l’enseignement magistériel sur les relations Eglise-Etat ne soit pas un enseignement nécessitant une adhésion de foi, mais qu’il évolue au fil des conjonctures politiques).
Cependant, je dois avouer que cette argumentation est tout à fait impressionnante.
Mais nous aurons l’occasion d’y revenir!

8 comments

  1. Benoît Lobet

    Je vous rejoins parfaitement, cher Monsieur, lorsque vous dites que les contradictions entre les enseignements de Vatican II et ceux des Pontifes du XIXème siècle (Grégoire XVI et Pie IX en particulier) n’engagent pas la foi de l’Eglise, et que ce sont des positions conjoncturelles, plus historiques que doctrinales. A mes yeux, et depuis le temps que j’envisage ces problèmes, c’est l’évidence même : la continuité dans l’enseignement traditionnel de l’Eglise non seulement permet, mais suppose, ce genre de mini « ruptures ».

  2. olivier

    De toute façon, l’Eglise avec la chute des monarchis catholiques au XXème siècle n’avait plus la possibilité de faire régner l’ordre catholique, comme avec Louis XIV.
    Notez que lors de la révocation de l’Edit de Nantes, le pape de l’époque, Clément XI, je crois avait protesté contre cela et les camisards. Car on oblige pas les individus à adhérer à la foi, par force.
    A mon sens, la liberté religieuse reconnue n’engage plus à grand chose, puisqu’elle ne peut pas faire autrement.
    Après c’est scandaleux qu’au nom de la liberté religieuse on refuse le baptême à des personnes d’autres confessions qu’il le demande.

  3. GPL

    Le problème est que lorsqu’on utilise les termes « liberté religieuse », même si l’orateur pense C, les auditeurs entendent A et/ou B.
    C’est tout le problème du modernisme, selon qu’on entend les phrases avec une oreille catholique, elles ne posent pas ou quasi pas de problème, mais qu’elle peuvent parfaitement être comprises de manière hétérodoxe sans changer un seul mot.
    C’est le règne du trouble, et cela n’est pas dans la tradition catholique d’entretenir le flou des formules.

  4. Delenda Carthago

    Dom Basile galèje quand il nous dit que
    « les papes du XIXe ont condamné le droit affirmatif (B), et non le droit négatif de Vatican II (C). ».
    Il oublie un pape du XXe, Pie XII.
    Dignitatis humanae dit que la loi doit faire en sorte « qu’en matière religieuse, nul ne soit […] empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public » (n. 2)
    Mais Pie XII avait dit, 12 ans avant, dans le discours Ci riesce, du 6 décembre 1953, que la loi ne peut pas accorder la liberté de propager le faux et le mal, même si le fait de ne pas empêcher le faux et le mal par des lois coercitives peut se justifier dans l’intérêt d’un bien supérieur.
    Dom Basile a beau faire et dire, on est passé de « ne pas empêcher » (tolérance) à « permettre » (droit).

  5. Jean Lemaire

    C’est vraiment n’importe quoi. Dignitatis Humanae ne prend évidemment pas une position historique mais doctrinale, fondamentale. Son article 2 est plus-que-clair: la liberté religieuse, dit-il, est un droit fondé sur la nature humaine. Ce n’est pas précisément ce qu’on appelle une considération conjoncturelle…
    Encore une fois, on essaye de nous faire avaler la quadrature du cercle.

  6. Yves

    La liberté religieuse est un droit fondé sur la nature humaine: c’est une vérité de fond, valable toujours et partout.

    Ce qui peut être conjoncturel, ce sont limitations ou restrictions à cette liberté. qui aujourd’hui, grâce à Dieu et au travail des hommes, ne sont plus nécessaires et devrait nous permettre d’appliquer pleinement cette liberté.

  7. A Z

    Bonjour,

    Voici quelques éléments de réflexion, à toutes fins utiles.

    I. A. Nous sommes tous concernés par la distinction entre bon exercice et mauvais exercice de la liberté religieuse, ou, si vous préférez, par la distinction

    – entre l’exercice de la liberté, en matière religieuse, qui est bien ordonné à la vérité révélée, en matière religieuse,

    – et l’exercice de la liberté, en matière religieuse, qui n’est pas ordonné à la vérité révélée, en matière religieuse.

    B. La liberté religieuse, dans son acception la plus courante, n’est qu’un cadre juridico-politique, qui peut très bien devenir, à l’usage, comme la langue chez Esope, la meilleure ou la pire des choses ;

    – la meilleure, mais pas la seule, quand ce cadre est pensé et vécu, le plus possible, dans le respect de l’articulation entre la véritable autonomie de la personne humaine, et l’autorité de la véritable parole divine ;

    – la pire, mais pas la seule non plus, quand ce cadre sert d’argument ou d’instrument, d’occasion-prétexte, pour promouvoir une confusion entre liberté et volonté de licence, ou une confusion entre liberté et volonté de puissance, contre les autres ou contre soi-même.

    C. La question de l’exercice de la liberté, en matière religieuse, renvoie à celle de son fondement et à celle de son contenu : il devient urgent de dire que la dignité de la personne humaine constitue, pour la liberté religieuse, un fondement bien fragile, chacun ayant sa conception de la dignité de la personne humaine, dont la nature a été abîmée, en partie altérée et aveuglée, par le péché originel.

    D. A l’opposé, si la liberté religieuse avait pour fondement la loi naturelle, dans tous ses aspects et enjeux, et non pas, par exemple, le Décalogue sans les trois premiers articles, on découvrirait rapidement, par exemple, que ceux que l’on appelle les libéraux libertaires, sont, en réalité, opposés à la liberté responsable, notamment en matière religieuse.

    E. J’appelle donc de mes voeux la promotion de l’exercice de la liberté responsable en matière religieuse, responsable devant Dieu, devant le seul vrai Dieu, bien sûr, mais aussi devant les hommes, y compris devant ceux qui ne croient pas en Lui.

    F. Pour le dire autrement, la promotion de la liberté responsable, en matière religieuse, doit pouvoir nous maintenir à distance des deux tentations contemporaines que sont l’athéocratie hédoniste, d’une part, la théocratie islamiste, d’autre part.

    G. Théonomie, en effet, n’est pas théocratie, elle est acceptation de l’exercice de la liberté responsable, en matière religieuse, par les incroyants comme par les croyants de toutes les confessions, religions et traditions, alors que la théocratie articule

    – acceptation de la liberté religieuse pour tous, là où certains adeptes d’une religion, en particulier, sont plus ou moins minoritaires,

    – réprobation de la liberté religieuse pour tous, là où d’autres adeptes de la même religion, quelle qu’elle soit, sont grandement majoritaires,

    au risque de rendre cette religion, ni libératrice, ni responsabilisante, mais asservissante, sinon totalitaire, y compris au détriment de ses propres adeptes.

    H. Sans qu’il s’agisse pour moi de devenir tout à coup polémique, je voudrais faire remarquer la chose suivante :

    – il y a assez longtemps, il nous a été dit que la promotion, entre autres choses, de la liberté religieuse, constituait, en gros, un moyen de tirer parti, de tirer profit, d’incorporer au Magistère de l’Eglise catholique, en tout bien tout honneur, ce qu’il y avait de meilleur, en provenance de l’esprit des Lumières, un esprit néanmoins apparu, je le rappelle, à l’encontre et à l’extérieur de l’Eglise ;

    – il y aura bientôt six ans, le 22 décembre 2005, il nous a été dit que la promotion, par l’Eglise, du même droit, constituait, grosso modo, un moyen contemporain de renouer, en l’adaptant aux temps présents, avec un positionnement qui avait été, sur cette question, celui des chrétiens des premiers siècles, donc avec un état d’esprit apparu, par essence et par nature, au dedans et en faveur de l’Eglise.

    A tort ou à raison, je considère que l’on voudrait, sur cette question essentielle, renvoyer dos-à-dos

    – les Jacobins, leurs épigones ou imitateurs, continuateurs de l’esprit des Lumières, donc déchristianisateurs et sécularisateurs, tantôt répressifs, par intimidation ou élimination, tantôt permissifs, par la laicité et la séparation,

    et

    – les chrétiens (continuateurs (« plus » ou « moins » respectueux ?) d’une « partie » de l’esprit du christianisme), y compris les Papes, qui, pendant plusieurs siècles, ont été partisans résolus de ce que j’appelle une logique de chrétienté institutionnelle,

    que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

    II. Voici, à mon sens, quelques conséquences dramatiques, plus subies que voulues, mais guère combattues, dénoncées, par l’Eglise, de la consécration magistérielle de la liberté religieuse, au Concile Vatican II :

    A. Une confusion permanente entre droit, valeur, vertu, et dogme :

    – confusion entre droit naturel et droit positif (ce n’est pas parce qu’un droit est positif, au sens de : posé et effectif, dans un ordre juridique civil donné, qu’il est nécessairement naturel, au sens de : découlant de l’autorité de la loi naturelle, ou au sens de : émanant de la nature humaine, ce qui n’est pas non plus la même chose, car je ne suis pas sûr que la loi naturelle ait été abîmée par le péché originel, alors que la nature humaine, elle, a bien été abîmée par lui ;

    – confusion entre droit et valeur : ce n’est pas parce qu’un Etat reconnaît un droit qu’il reconnaît nécessairement une valeur à une pratique à laquelle il donne un cadre juridique ;

    – confusion entre valeur sociale collective, « civilisationnelle », et vertu morale personnelle, « anthropologique » (non dans l’acception ethnologique, mais dans l’acception axiologique du terme) : ce n’est pas parce qu’une valeur collective est promue, au sein d’une collectivité, en tant que valeur sociale, devant et pouvant s’imposer à tous, ou devant et pouvant être acceptée, voire approuvée, par tous, qu’elle correspond nécessairement à une vertu personnelle, en tant que vertu morale, animatrice et inspiratrice de l’agir humain d’un être humain ;

    – confusion, enfin, entre droit et dogme : l’acceptation d’un droit civil, avec ou sans conditions, remarques, réserves, ou restrictions, n’a pas à devenir l’équivalent d’un dogme, surtout quand il apparaît clairement qu’il peut être fait un bon usage, mais aussi un mauvais usage, du droit en question : les membres d’une secte peuvent très bien, eux-aussi, aspirer à la liberté religieuse ; qui donc leur déniera le droit de recourir à ce droit, dès lors qu’ils ne constituent pas, en l’exerçant, une menace pour l’ordre public, ou plutôt pour la vision dominante que l’on en a ?

    B. Une confusion permanente entre le christianisme, qui est LA religion de la vérité qui nous libère, d’une manière « descendante et transcendante », à partir de l’entité divine, dans le Christ, et le « christianisme », qui serait UNE religion de la liberté qui se vérifierait, d’une manière « ascendante et immanente », à partir d’une intention humaine, dans le Christ.

    Or, la vérité divine est située en amont et en surplomb, par rapport à la liberté humaine : celle-ci dépend de celle-là, cette idée de dépendance de la liberté humaine, vis-à-vis de la vérité divine, étant le type même de l’idée que les modernes ne supportent pas, toute dépendance de ce type étant jugée aliénante ou isolante, archaique ou passéiste, rétrograde ou sclérosante, en un mot : « intégriste ».

    C. Il ne faudrait pas, en d’autres termes, que la polarisation contemporaine sur le droit à la « liberté de religion », sur la notion de « liberté de religion », aboutisse à un alignement ecclésial sur la « religion de la liberté » qui est la « religion » commune à la très grande majorité de nos contemporains, et qui est d’inspiration philosophique subjectiviste, même si cette inspiration n’est pas toujours explicitée.

    Si l’on se rallie à la liberté de religion, si on lui fait bon accueil, au sein même de l’Eglise, on s’expose au risque d’y faire, par la suite, également bon accueil, même malgré soi, au subjectivisme en matière religieuse, et au relativisme en matière religieuse, qui en est la conséquence ; Dieu se rie ainsi de tous ceux qui déplorent les effets (le relativisme en matière religieuse), de ce dont ils chérissent les causes (le subjectivisme, ou, en tout cas, la reconnaissance, le plus souvent en des termes positifs, de la subjectivité (inerrante ?), en matière religieuse).

    D. Autre conséquence dramatique : vous la trouverez, c’est un exemple, entre la page 199 et la page 202 du livre « Pour un nouvel humanisme – Essai sur la philosophie de Jean-Paul II », du Père Antoine GUGGENHEIM, ouvrage récent et intéressant, dans lequel il s’interroge, à voix haute, sur l’expression « vraie religion », afin et avant de donner un congé définitif à l’acception normative et objective de cette expression, qui n’a plus, selon lui, à être pensée et vécue d’une manière contra-positionnelle, à l’égard des fausses religions, mais juxta-positionnelle, vis-à-vis des autres religions, presque comme si celle-ci étaient d’autres « vraies » religions, ou d’autres religions contribuant, elles aussi, mais d’une manière différente, à l’expression, aujourd’hui, dans le monde, de la vérité, « multiforme », ou « symphonique », en matière de religion.

    E. D’aucuns peuvent être tentés de (se) dire : le droit à la liberté religieuse, c’est le droit au respect des différences, ou au respect de l’indifférence, en matière de religion ; dans l’acception juridico-politique étatique du terme, à la limite, je peux le comprendre, bien que ce soit la porte ouverte sur bien des instrumentalisations de ce droit, qui peut servir aussi bien la volonté de licence ou la volonté de puissance en matière religieuse, ce qui fragilise, en définitive, l’Etat lui-même (mais certes pas ceux qui ont tout à fait intérêt à ce que la plus grande partie de la société civile, à laquelle ils n’appartiennent évidemment pas, subisse cette fragilisation de l’Etat).

    F. Mais si l’on considère tout cela sous un angle pneumatico-religieux, a-t-on encore le droit de dire que l’acceptation, uniquement « au temporel », du droit au respect des différences, au respect de l’indifférence, n’a pas à être synomyme, « au spirituel », d’approbation de valeurs, d’attribution de vertus, à des doctrines et à des pratiques qui ne sont, en stricte rigueur de termes, que des « dif-errances », en matière religieuse, ou à une absence de doctrine et de pratique qui n’est que de « l’indif-errance », en matière religieuse ?

    G. Si l’on préfère : sous l’angle de l’acceptation des faits, je peux très bien comprendre que l’on puisse parler des différentes religions non chrétiennes, mais sous l’angle de l’appréciation des croyances, je peux moins bien comprendre que l’on ne puisse pas ou plus parler des « dif-errantes » religions non chrétiennes.

    H. Un peu « d’humour » pour terminer ; relisez Pacem in Terris, au numéro 31 : on pourrait s’attendre à ce qu’ »au droit de chercher librement le vrai » corresponde, par exemple, le devoir de le chercher pour le trouver (et non pour se complaire dans une recherche stérile) et pour y adhérer vraiment en profondeur (et non pour y adhérer seulement en surface), une fois qu’on l’a trouvé.

    Mais non, c’est déjà trop demander, car, pour Jean XXIII, « au droit de chercher librement le vrai répond le devoir d’approfondir et d’élargir cette recherche ».

    Excellente continuation.

    A Z

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