Une définition négative de la « laïcité positive »?

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Toujours dans l’Instrumentum laboris, je lis au paragraphe 25 ces lignes:
« Les catholiques doivent, en principe, pouvoir apporter ce qu’ils ont de meilleur dans l’approfondissement – avec les autres citoyens chrétiens, mais aussi les musulmans penseurs et réformateurs – du concept de «laïcité positive» de l’État. De telle sorte, ils aideraient à alléger le caractère théocratique du gouvernement et permettraient une plus grande égalité entre les citoyens de religions différentes, en facilitant ainsi la promotion d’une démocratie saine, positivement laïque, qui reconnaisse pleinement le rôle de la religion, dans la vie publique également, dans le respect total de la distinction entre les ordres religieux et temporel. »
La citation « laïcité positive » renvoie dans l’édition de la Documentation catholique au discours de Benoît XVI à l’Elysée (12 septembre 2008).
Ce n’est pas la seule fois que le Pape a utilisé ce concept repris à Nicolas Sarkozy qui l’avait utilisé dans son discours du Latran. Mais on a généralement oublié que l’expression avait déjà été utilisé par Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Intérieur (qui n’a jamais passé pour « calotin »!), en 1998, à l’occasion du sacre de Mgr Doré, archevêque de Strasbourg et donc d’un diocèse sous régime concordataire. Ce qui montre au passage que l’expression doit être susceptible de recevoir des significations assez diverses…
Bref, ce n’est pas la seule fois (mais je crois que c’est la première) que Benoît XVI utilise l’expression, mais c’est la seule, à ma connaissance, où il la définit: une laïcité positive, dit-il, est « une laïcité qui rassemble, qui dialogue, et pas une laïcité qui exclut ou qui dénonce ».
Le problème, c’est qu’une telle définition est, en somme, bien vague.
Autant nous savons par expérience ce qu’est une laïcité « qui exclut ou qui dénonce ». C’est le laïcisme du « petit père Combes »; c’est le laïcisme des radicaux exigeant l’abrogation du concordat en Alsace-Moselle récemment retrouvées; c’est le laïcisme de l’unique « service public d’Education »; et c’est, sous sa forme la plus grave, le laïcisme des pays opprimés par le communisme, où non seulement tout culte public était interdit, mais le catéchisme était prohibé, les prêtres souvent internés ou exécutés.
En revanche, la laïcité qui rassemble et qui dialogue a reçu toute sorte de réalisations dans l’histoire. On peut estime que le modus vivendi, moins agressif qu’en 1905, actuel en France répond à cette définition. On peut estimer que le siècle de saint Louis y répond aussi (le régime n’était pas théocratique, les pouvoirs spirituel et temporel y dialoguaient beaucoup plus qu’ajourd’hui et cet édifice théologico-politique rassemblait le peuple infiniment mieux qu’aujourd’hui…).
Alors, quel est le vrai modèle de la « laïcité positive » dont parle Benoît XVI (et dont parle à sa suite l’Instrumentum laboris)? Nous ne le savons pas avec précision. Mais je crois qu’en réalité, la définition n’est pas positive (ce qui est paradoxal pour une « laïcité positive »!), mais négative: si je comprends bien, la laïcité positive est ce qui s’oppose à la théocratie (manifestement, c’est surtout de la théocratie islamique dont il est question) et ce qui s’oppose au laïcisme. Et, dans cette mesuire (mais dans cette mesure seulement), nous pouvons donc effectivement nous battre pour la laïcité positive (ou plutôt contre la théocratie et le laïcisme)…

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