20 églises sont vendues, puis transformées, chaque année

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Ce début d’année est déjà marqué par des destructions d’édifices religieux. La responsabilité des mairies de prendre de telles décisions est lourde de conséquences pour la vie d’une commune. Par ailleurs les actes de vandalisme sont déjà trop nombreux.

A Clairmarais, dans le Pas-de-Calais, la chapelle Saint-Bernard, propriété du diocèse, et construite en 1878, a été entièrement détruite en janvier 2017, pour faire place à un futur parking pour les pélerins de la Grotte de Clairmarais.

A Montfort, dans le Gers, la chapelle funéraire des Comtes de la Hitte (propriétaires du chateau d’Esclignac) et datant du XIXème siècle vient de connaître le même sort, après autorisation par arrêté préfectoral. Les pelleteuses l’ont détruite, sur demande de la mairie propriétaire. Un de ses défenseurs, Cédric Davant-Lannes qui s’est mobilisé pour la conserver regrette cet acte, ainsi que l’architecte des bâtiments de France.

A Jussy-le-Chaudrier, dans le Cher, c’est l’église Saint-Julien qui vit sans doute ses dernières heures. Pour cause de danger d’effondrement (fissures dans les murs et la voûte), la mairie a décidé de démonter l’église pour la construction d’une chapelle en remplacement (projet non lancé). L’église datant des XIIIème, XVIIIème et XIXème siècles est fermée depuis 2011. Le diocèse n’a pas encore donné son accord pour sa désaffectation qui est obligatoire, et un avis de l’architecte des bâtiments de France et également nécessaire, ainsi qu’un arrêté prefectoral. Le coût de la destruction est estimé entre 100 000 et 200 000 €, alors que sa mise en sécurité serait de l’ordre de 500 000 € (et environ 1,5 millions de travaux de restauration). Une mobilisation populaire d’envergure serait indispensable pour éviter le pire. La mairie a, le même jour, voté pour près de 500 000€ d’aménagements urbains, peut-être nécessaires mais pas aussi urgents que les travaux de l’église.

Enfin, à Hazebrouck, dans le Nord, l’église du Sacré-Coeur, fermée depuis avril 2015 suite à l’effondrement de son plafond, risque de faire également les frais d’une démolition programmée, car la mairie indique qu’il n’y a pas d’argent pour la restaurer. Le premier adjoint, fervent défenseur de l’édifice envisagerait de monter une association de sauvegarde.

Quant aux actes de vandalismeune vingtaine ont été recensés depuis début janvier par l’Observatoire du patrimoine religieux, avec une très grande majorité concernant le culte catholique. Pour exemple la cathédrale Saint-Pol-de-Léon dans le Finistère, victime de dégradations, l’église Saint-Martin de Maxéville en Meurthe-et-Moselle déplorant un bris d’un vitrail, son tabernacle éventré et le vol de deux ciboires et d’hosties.

En moyenne, selon l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR), 20 églises sont vendues, puis transformées, chaque année en France. Alors que 71 % des catholiques se disent favorables à une transformation de leurs églises, une commission nationale de réflexion sur l’avenir des églises inutilisées, mise en place en 2014 par la Conférence des évêques de France, soumettra ses «pistes de solutions» lors d’un colloque ce vendredi.

Ce colloque présidé par Mgr Jacques Habert, évêque de Séez, sur l’enjeu des églises, a lieu le vendredi 10 mars 2017 de 10h à 17h au Collège des Bernardins, à Paris.

Programme :

10h-12h30 – Ouverture du colloque par Mgr Jacques HABERT :

  • P. Olivier de CAGNY : « Nos églises, lieux publics, lieux mystiques »
  • Isabelle SAINT-MARTIN : « Regards esthètes et regards croyants, les églises entre culte et patrimoine »
  • Jean-Michel LENIAUD : « Les églises et la société française aujourd’hui »

14h-17h – Témoignages, animés par Géraldine de SPÉVILLE, Conférence des évêques de France :

  • P. Bertrand LAURENT, initiative diocésaine “Courant d’art” diocèse de Rouen
  • Marie LEHY, initiative diocésaine “Églises Ouvertes” diocèse d’Arras
  • Eric SUCHÈRE, initiative locale “L’Art dans les chapelles”

Table ronde, animée par Frédéric MOUNIER, La Croix :

  • Jérôme TOLOT, directeur général des “Chantiers du Cardinal”
  • Benoît de SAGAZAN, rédacteur en chef de la revue “Le Monde de la Bible”
  • Servane DESMOULINS-HEMERY, DRAC