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Noël : une fête profondément ancrée dans notre culture

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Mgr Pascal Roland, évêque de Moulins, nous parle de Noël :

Ce qui me frappe toujours, c’est qu’il y a très peu de pratiquants réguliers en France, une part infime de la population. Pourtant, tout le monde fête Noël : c’est une fête qui est profondément ancrée dans notre culture. De plus en plus, on n’évoque même plus Noël, on parle « des fêtes de fin d’année ». Les gens ne savent plus ce qu’est Noël. Pour les chrétiens, c’est le moment de la rencontre avec Dieu : la naissance de Jésus, qui vient partager notre condition humaine. On imagine un Dieu lointain, absent, étranger… Non, Noël, c’est précisément Dieu qui vient nous rencontrer dans notre humanité.

Constatez-vous malgré tout une affluence particulière aux messes de Noël ?
Oui, beaucoup de Bourbonnais viennent se recueillir ce soir-là, autour de la crèche. C’est beau, cela veut dire qu’à Noël, les gens cherchent quand même autre chose que la consommation, les cadeaux, les bons dîners… Même si je pense qu’il y a une part de sentiment nostalgique dans leur attachement à cette messe, mais c’est bien, cela permet de garder un lien avec la foi. Il faut juste essayer d’aller un peu plus loin.

Et cette débauche de consommation ? Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Ca me donne un peu d’écœurement : autant de débauche de lumières, cette surenchère de décoration, les sommes englouties dans la nourriture, dans les cadeaux… Il y a une forme d’étourdissement dans tout cela qui me choque un peu, d’autant plus en période de crise, où beaucoup de gens sont en difficulté. C’est paradoxal de fêter Noël comme cela, alors que Noël c’est la naissance d’un Dieu dans le dénuement, dans une crèche, sans aucun faste…
Cela étant, pour beaucoup de gens, Noël reste un moment de partage, de beaux gestes. On retrouve toujours cette volonté de ne laisser personne dans l’isolement, de partager avec les plus démunis. Ce sens du partage reste inscrit profondément dans l’esprit des gens. C’est cela aussi Noël.

Comment se porte l’Église dans l’Allier ?
Le nombre de pratiquants reste à la baisse, au plan national, et encore plus dans l’Allier, où la démographie accentue ce phénomène. On estime qu’il y a à peu près 4 % de pratiquants réguliers en France. Et il n’y a pas véritablement de relève parmi les jeunes générations : il y a une rupture dans la transmission de la religion. Mais je reste optimiste sur le long terme. La foi, ce n’est pas une question de chiffres. Avant, on était chrétien par tradition, je dirai presque par conformisme. Aujourd’hui, c’est un véritable choix, et même si on a une baisse du nombre de pratiquants, ceux qui pratiquent aujourd’hui sont véritablement attachés à leur foi.

Mais quelle foi ? Celle du catéchisme de l’Eglise catholique ou celle que l’on se bricole autour de ses sentiments ? Cette affirmation rassurante sur la foi des chrétiens d’aujourd’hui est une insulte à nos aînés qui nous ont précédé. En quoi étaient-ils vraiment moins catholiques que nous ? Parce que plus nombreux ? Ce n’est pas un vrai critère…

Nous avons aujourd’hui 18 paroisses dans le diocèse, et une cinquantaine de prêtres. Les gens se déplacent pour aller faire leurs courses, pour aller au cinéma, il faudra aussi qu’ils acceptent de se déplacer pour aller à la messe. Cela commence déjà à entrer dans les mœurs, avec une solidarité entre ceux qui sont véhiculés et ceux qui ne le sont pas.Mais il y a encore des vocations : deux jeunes de l’Allier qui se destinent à devenir prêtres sont actuellement en formation. L’un est de Vichy, l’autre de Néris-les-Bains. Par ailleurs, des jeunes femmes proches de l’abbaye de Sept-Fons sont en train de créer une communauté religieuse à Moulins. Il y a beaucoup de signes encourageants comme cela.

La totalité des revenus du Diocèse provient de la générosité des Bourbonnais. Sur le plan financier, est-ce que l’Église souffre aussi de la crise ?
Nous avons des charges qui augmentent, la hausse des salaires, la hausse du prix du gaz, etc… Parallèlement, les ressources baissent. Ce n’est pas que les Bourbonnais sont moins généreux, c’est qu’il y a moins de donateurs. Encore une fois, c’est un problème démographique : les dons baissent parce que les gens meurent. Et puis, les gens, notamment les jeunes chrétiens, ne savent pas forcément que l’Église vit uniquement de dons. Nous avons donc du mal à mobiliser les donateurs. On a mis en place un module qui permet de faire des donations sur Internet. Cela fonctionne bien.

Quand on se moque de l’Islam, on voit ce que cela donne… Et personne n’ose non plus toucher au Judaïsme… L’Église et ses représentants, eux, sont régulièrement moqués, méprisés, attaqués, … L’Église ne s’en émeut jamais. Pourquoi ?
Le christianisme est né avec la croix du Christ. On s’est moqué de lui, on l’a maltraité. Lui-même a averti que ceux qui seraient ses disciples seraient maltraités… Cela se vérifie aujourd’hui encore. Une association qui recense les persécutions dans le monde a montré que les 3/4 des religieux persécutés à travers le monde sont des chrétiens. C’est une constante dans l’histoire du christianisme.

Nous sommes à quelques mois de l’élection présidentielle. Quelle place joue l’Église dans un scrutin comme celui-ci ?
L’Église doit être celle qui questionne et qui empêche d’idolâtrer le pouvoir politique. En période d’élection, notre devoir, c’est de rappeler aux uns et aux autres un certain nombre d’idées et de préoccupations importantes, sur la famille, sur l’immigration, sur les personnes en fin de vie, sur l’ouverture européenne, sur nos devoirs envers les pays du Sud… Il n’y a pas un candidat qui prendra tous ces aspects-là en compte, mais il faut que l’Église tente de faire en sorte que la majorité des candidats entendent ces questions-là et qu’ils les prennent en considération. Ensuite, ce sont les électeurs qui regarderont quel programme leur parait le plus équilibré par rapport à ces questions. C’est triste, les gens ne croient plus en la politique, les gens ont un regard désabusé sur la politique. Il faut garder en tête que partout dans le monde, il y a des gens qui se battent pour obtenir le droit de vote. Il faut donc exercer ce droit, c’est un véritable devoir. J’irai donc voter, comme l’ensemble des prêtres et religieux de l’Allier.

Joyeux Noël à tous mes lecteurs !