Coup de gueule d’un prêtre à Mgr Blaquart

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Le Salon Beige publie cette intéressante lettre d’un prêtre diocésain, anonyme, ce que l’on comprend facilement quand on connaît l’absence de liberté au sein de l’Eglise qui est en France :

A Monseigneur Jacques Blaquart,

C’est un prêtre profondément blessé qui vous écrit (et qui pourrait le faire pour bien d’autres interventions d’Evêques malheureusement), et je n’emploie pas ce terme pour faire pleurer dans les chaumières. Evêque catholique, Successeur des Apôtres, vous avez outrepassé votre mission au travers de l’interview que vous avez donné concernant les élections et que je découvre avec effarement sur internet, redifusé sur le site du Diocèse d’Angoulême, votre Diocèse d’origine, comme s’il s’agissait de la parole du Pape. Je devine que si j’avais dit 1/10e de ce que vous avez dit mais en faveur de Madame Le Pen, mon Evêque m’aurait aussitôt mis au pilori. Et vous, vous pouvez asséner vos propos sans problème, blesser de nombreux catholique mais aussi non croyants par des paroles légères où le «moi je» répété plusieurs fois n’est pas digne du Pasteur d’un Diocèse, qui plus est au moment où ce Diocèse célèbre Sainte Jeanne d’Arc comme je le constate sur votre site, et dont il semble que vous ayez oublié la devise: «Dieu premier servi».

Tout d’abord vous vous appuyez sur l’expression «Non possumus» de nos frères martyrs des premiers siècles pour asseoir votre argumentation. Monseigneur c’est grave et injuriant pour tous ces martyrs et montre que, malheureusement, et avec tout le respect que je vous dois, vous n’avez pas encore l’étoffe de ces martyrs. Ils ont versé leur sang pour le Christ, seul Dieu, pour la Vérité, et non pour une opinion politique qui, surtout aujourd’hui avec tous les candidats qui se sont présentés à nos suffrages et spécialement avec Monsieur Macron, s’éloigne très fortement de cette Vérité. Comment peut-on faire un tel rapprochement? J’avoue ne pas croire qu’un Evêque ait pu prononcer une telle énormité. Seriez-vous un nouveau Cauchon?

Ensuite vous invoquez l’Evangile et c’est encore plus grave. Car pour justifier vos dires vous le tirez à vous avec des approximations et surtout des réductions. Très bien de nous dire: «Les exigences de l’évangile, est-ce de rejeter le pauvre? L’étranger? Le replis sur soi? Est-ce que l’évangile ne nous dit pas plutôt: prends soin du blessé, celui qui est d’un autre pays que toi? Regardez le Samaritain avec cet homme juif blessé au bord du chemin. Jésus est très clair, il va même jusqu’à dire tu aimeras ton ennemi. Ou je pense aussi à ce Proverbe: si ton ennemi a faim, donne-lui à manger. Et je parle là seulement de l’ennemi. Alors je sais qu’on est dans des situations compliquées, mais moi, comme chrétien si j’ai une personne en détresse devant moi je ne peux pas la laisser tomber. Parce que c’est l’évangile.» Je crois que Monsieur Macron de façon plus grave que Madame Le Pen, va laisser sur le bord de la route bien des pauvres, il l’a d’ailleurs déjà prouvé. Et vous ajoutez ensuite: «Ma position est assez claire, c’est sur l’évangile que je reviens sans arrêt… Je suis extrêmement clair avec les valeurs de l’évangile qui ne sont pas négociables.» Pourquoi n’évoquez-vous pas dans ce cas des passages de l’Evangile et même de toute l’Ecriture qui parlent de respect de la vie, de tout ce qui touche à la morale personnelle et familiale, qui font partie des points non négociables comme nous l’a rappelé en son temps le Pape Benoît XVI, et qui sont à l’opposé de tout ce que nous promet Monsieur Macron. Ce dernier n’est-il pas lui aussi dans le rejet, et plus gravement qu’une Madame Le Pen, lorsqu’il prône toutes les déviances que sont la GPA et la PMA, sans parler des déviances homosexuelles? Sont-ce là des valeurs compatibles avec l’Evangile?

Non Monseigneur. Et je crois que votre prise de position va profondément diviser votre Diocèse qui, comme je le constate, a placé Madame Le Pen en tête au premier tour, comme elle va blesser bien des catholiques fidèles et aimant leur Eglise, sans compter les prêtres. Vous dites: «Je les respecte», en parlant de ceux qui votent FN. Est-ce si vrai? Ont-ils encore leur mot à dire? Allons-nous être obligés de choisir entre un évangile édulcoré et l’Evangile du Christ? Dans ce cas, mon choix et celui de nombreux frères prêtres et laïcs est fait. Malheureusement il ne leur est pas possible de s’exprimer librement et sans anonymat pour vous le faire savoir, et c’est grave. On voit cela sous des régimes totalitaires.

Monseigneur, par votre prise de position vous nous poussez à faire le pas et à aller mettre le 7 mai prochain un bulletin de vote pour Madame Le Pen. Et nous ne nous sentons pas du tout sous le coup de votre invective: «Y a-t-il une responsabilité collective dans la montée des extrêmes? Oui, je crois qu’on est tous responsables. À partir du moment où on ne prend pas soin de celui qui est en détresse, on encourage les extrêmes. Si on s’enferme dans la peur, si on se sent exclu, si on ne va pas vers eux, on est responsable de cette montée.» Dans notre ministère de prêtres nous sommes quotidiennement en présence de gens en détresse et, loin de nous enfermer dans la peur, nous allons vers eux et nous ne croyons pas être de ceux qui encouragent les extrêmes, Monsieur Macron en étant une et de la pire espèce car il arrive à endormir les catholiques qui n’auront pas assez de leurs deux yeux pour pleurer.

Je ne sais ce que vous ferez de ces lignes. Peu m’importe. J’ai appris de mes parents à aimer mon pays et l’Eglise, et ils m’ont aussi appris que Jésus a dit: «Que votre oui soit oui, et votre non soit non». Aujourd’hui, c’est un non franc que je vous adresse à la suite de vos propos. C’est un non franc que j’adresse à un Pasteur qui a outrepassé sa mission et qui ne peut en aucun cas exiger d’être suivi, même par ses prêtres, sur cette question.

Soyez assuré cependant de mon respect et de mes prières à votre intention, spécialement auprès de Notre Dame, Reine des Martyrs et Reine de France et de sainte Jeanne d’Arc, la Sainte de la Patrie comme l’appelait le Cardinal Touchet votre prédecesseur, que vous fêtez en ces jours à Orléans.

Un prêtre de France