Crise des vocations en Corse

La ville de Sartène a perdu son curé en raison de la raréfaction des prêtres. C’est désormais un prêtre non résident qui viendra célébrer les messes, ce qui a provoqué la colère des fidèles. Monseigneur de Germay explique la gravité du problème :

« La crise des vocations n’est pas spécifique à la Corse, même si elle est ici assez marquée puisqu’actuellement un seul jeune se prépare à devenir prêtre en Corse, un jeune qui est libanais.

La crise des vocations a de multiples causes. On constate en tout cas qu’elle est liée à la baisse de la pratique. Là où la pratique dominicale diminue, la transmission de la foi diminue, et par conséquent les vocations aussi. C’est la raison pour laquelle on dit souvent que la crise des vocations est d’abord une crise de la foi.

Pour en revenir à Sartène, c’est le curé en titre qui a demandé à partir ?

Lors de l’échange qui a suivi la messe où je me suis rendu cet été, le Père Christophe Donczyk a précisé qu’il avait lui-même demandé à changer de paroisse pour des raisons personnelles.

Le même problème s’est aussi posé à Marcassu où les bénédictins présents ont demandé à partir ?

Après plusieurs mois de réflexion, le Provincial des moines a effectivement pris la décision de quitter le couvent de Marcassu. Moi-même, ainsi que de nombreuses personnes qui sont attachées au couvent, lui ont demandé s’il ne pouvait revenir sur sa décision. Après avoir pesé le pour et le contre, il considère que cela n’est pas possible. Je peux dire qu’il prend cette décision à contrecœur et après avoir entendu les avis des uns et des autres. C’est une décision que je regrette mais que je respecte.

Il se trouve que le couvent appartient aux Franciscains de la Province de France. Le Provincial Franciscain, le Provincial de Notre-Dame d’Espérance (dominicains de Marcassu) et moi-même sommes tout à fait d’accord pour tout faire afin que le couvent garde sa vocation à être un lieu de prière. Nous cherchons une communauté religieuse qui serait prête à s’y installer.

Cervione aussi verra l’arrivée d’un nouveau prêtre. Ce jeu des « chaises musicales » va entrainer beaucoup de « mutations » ?

Non, il y a moins de nominations cette année que l’an dernier. Il y a en particulier la paroisse de Saint-Jean-Baptiste de Bastia suite au décès du Père Olive, celle de Venaco suite au départ de l’abbé André, celle de Vico suite au départ de deux religieux du couvent de Vico.

De plus en plus de prêtres venus de l’étranger viennent en renfort, est ce la meilleure des solutions ? 

L’idéal c’est quand un peuple « fournit » ses propres prêtres. Mais s’il fallait attendre que des jeunes corses deviennent prêtres (il n’y en a pas en ce moment au séminaire), de nombreuses paroisses se retrouveraient sans prêtre. En même temps que je fais venir des prêtres de l’extérieur, je souhaite promouvoir une pastorale qui suscite des vocations parmi les jeunes vivant en Corse.

D’autant qu’il y a souvent un problème d’acclimation avec des traditions qui sont différentes entre les pays d’origine de ces prêtres et la Corse ?

C’est vrai mais c’est une difficulté qui peut être surmontée. Les Franciscains mexicains par exemple viennent d’un pays où les traditions religieuses sont proches de ce qui se vit ici en Corse. Avec d’autres prêtres, cela peut être plus difficile, mais il ne faut pas oublier que la différence touche à la forme, pas au fond. Même si les manières de prier peuvent varier d’une culture à l’autre, la foi est la même. Un prêtre qui vient de l’étranger rappelle cette dimension universelle de l’Eglise, il peut même aider à mieux distinguer ce qui est immuable, ce qui est le cœur du message chrétien, de ce qui en est la manifestation et qui varie avec le temps et les lieux.

Comparé à un diocèse de même taille y-a-t-il des diocèses sur le continent qui n’ont plus de séminaristes ?

Oui, il y a des diocèses, même plus grand que le nôtre, qui n’ont plus de séminaristes depuis plusieurs années. Le séminariste que nous avons actuellement sera ordonné diacre le 6 septembre prochain, ce qui est un motif d’action de grâces, même s’il doit encore accomplir deux années d’études au séminaire. Par ailleurs, je fais entrer au séminaire en septembre un homme d’âge mûr qui, si Dieu le veut, pourra être ordonné prêtre pour le diocèse dans quelques années.

Comment donner envie à des jeunes hommes de devenir prêtre ?

D’une manière générale, les vocations renaissent lorsque les communautés chrétiennes sont vivantes. Un prêtre qui est heureux dans son ministère peut donner envie à un jeune de donner sa vie pour l’annonce de l’Evangile. Il faut aussi prendre conscience qu’aujourd’hui Dieu appelle des jeunes à tout quitter pour le suivre. Peut-être ne parle-t-on pas suffisamment des vocations. Il faut aussi se souvenir qu’une vocation est un don de Dieu. Dieu nous donne des prêtres pour nous transmettre, au moyen des sacrements, son pardon et la vie divine. Mais pourquoi Dieu donnerait-il des prêtres lorsque la majorité des chrétiens ne vont plus se confesser ou négligent la messe dominicale ? Même si ce n’est pas si simple, on peut se poser la question. [...]

La famille doit-elle le creuset de ces vocations ?

La famille doit d’abord être une « Eglise domestique », c’est-à-dire une sorte d’Eglise en miniature. Un lieu où la foi n’est pas un sujet tabou, un lieu où l’enfant est initié à la prière : prière personnelle, prière familiale, prière avec la communauté chrétienne le dimanche. Un lieu aussi où on s’efforce de vire l’Evangile, où on apprend à tenir compte des autres, à partager, à pardonner, se réconcilier. Un lieu enfin où on découvre l’importance mais aussi la joie qu’il y a à aller au devant de ceux qui sont dans le besoin. Même si la transmission de la foi n’est pas quelque chose d’automatique, de telles familles sont des lieux où la foi se transmet. Non pas en s’imposant, mais comme par capillarité. Dans ce cadre, si Dieu appelle un jeune, il a beaucoup plus de chance d’entendre l’appel que s’il vit dans un milieu où on ne parle jamais de Dieu.

Y-a- t-il des ordres religieux qui sont disposés à venir s’installer sur l’île ?

Depuis mon arrivée en Corse, j’ai sollicité plusieurs communautés religieuses, pour l’instant sans succès. Mais je ne désespère pas d’y arriver !

Les capucins de Saint Antoine à Bastia connaissent depuis quelques années des entrées assez fréquentes faudrait-il s’inspirer de leur exemple pour avoir de nouveaux prêtres ?

il s’agit de capucins de la Province de « Sardaigne et Corse ». Leur « recrutement » se fait surtout en Sardaigne, dans un contexte ecclésial différent. Tant mieux s’ils peuvent susciter des vocations, mais n’oublions pas que nous avons surtout besoin de vocations de prêtres diocésains.

Dans les prochaines années, les prêtres seront de moins en moins nombreux faudra-t-il regrouper les paroisses ?

Il y a longtemps que les paroisses sont regroupées. A une certaine époque il y avait quasiment un prêtre par village. Aujourd’hui, dans le rural, un prêtre peut être curé d’une trentaine de villages. Il s’agit donc de regrouper, mais pas d’une façon purement administrative. Un ensemble de trente villages, par exemple, même s’il est sous la responsabilité d’un seul curé, sera divisée 4 ou 5 « unités paroissiales » de façon à réaliser des communautés paroissiales à taille humaine, ce qui n’est pas sans rappeler les anciennes pièves. [...]« 

17 comments

  1. toto

    Pas de vocations? Ce ne serait pas corrélé au fait suivant, par hasard?
    « La Corse se situe en dernière position pour le nombre d’accouchements rapporté à la population féminine en âge d’avoir des enfants. Par contre, elle est en tête des régions métropolitaines pour le taux d’IVG. » INSEE 2013
    Une grossesse sur trois se termine par un avortement en Corse. Une grossesse sur quatre en France métropolitaine.
    Le massacre des Innocents continue de plus belle. Combien de bébés assassinés auraient-ils répondu à un appel à la prêtrise. Nos évêques y pensent un peu?

  2. Thomas Michelet

    Bénédictins, franciscains, ou dominicains de Marcassu… ? Il faudrait savoir !

    Les bénédictins sont des moines, et les moines n’ont pas de Provinciaux : ils ont un père Abbé.

    Ce sont les religieux (dominicains, franciscains ou autres) qui sont organisés en Provinces.

    En Corse, il n’y a plus de dominicains. Ils était à Corbara, pas à Marcassu.

    • freregris

      Ce sont bien des bénédictins mais d’une congrégation un peu spéciale : ce sont des malades physiques ou mentaux qui en sont membres .J’ai été dans cette congrégation mais j’ai préféré en partir car si la vue de l’extérieur peut paraitre bonne et édifiante , il n’en est pas de même à l’intérieur .Suicides , problèmes de mœurs , affaires d’argent et pratique plus ou moins sectaire .La congrégation n’a plus rien à voir avec le Père fondateur .

  3. gerard

    Et ne serai-ce pas une des résultantes de Vatican II et son chamboulement de la Sainte Messe et plus?,il me semble que ceux qu’ils disent être( intégriste ? )on plus de séminaristes .Dieu Veille .

  4. frere jean

    nous payons le manque de sérieux de notre foi la vie chrétienne et un engagement de chaque instant de notre vie 24 h sur 24 on a trop joue a l église la ou on aurait du crier notre honte devant l avortement les prêtres par fidèles a leur engagements que l église c est du les monde ne croient plus en DIEU ceux qui doit le représenter font le contraire

  5. Benoît

    « La crise des vocations [...] est liée à la baisse de la pratique ».
    Ne serait-il pas temps pour le clergé de cesser de se donner bonne conscience à peu de frais, de se remettre en question, et de se demander si l’effondrement de la pratique n’est pas liée – outre la sécularisation si facilement invoquée – à la désintégration de la liturgie dont ils sont directement responsables ?
    Dans quelle paroisse de Corse la forme ordinaire du Rit romain est-elle célébrée comme le demande l’Eglise ? Où trouver un minimum de latin et de chant grégorien lorsque l’on ne souhaite pas se rendre dans le ghetto dévolu à la forme extraordinaire ?
    Toutes les lubies venues du continent ont été adoptées par un clergé complètement « à côté de la plaque ». Et même ceux des prêtres qui reconnaissent en privé les faits, s’empressent de suivre le mouvement une fois nommés au poste qu’ils convoitaient depuis longtemps (une paroisse en ville de préférence).
    Ne parlons pas même de la formation proposée dans les séminaires. Bien des reportages de KTO sont suffisamment éloquents (superficialité de la formation théologique, liturgies indigentes). Quel jeune homme équilibré voudrait subir cela pendant six ans ?

    « Depuis mon arrivée en Corse, j’ai sollicité plusieurs communautés religieuses, pour l’instant sans succès. »
    Mgr l’Evêque a-t-il sollicité la Communauté Saint-Martin ? [Une communauté florissante, comme quoi la sécularisation ...] Une majorité du clergé corse – digne héritier des années 70-80 – y est sans doute opposée car – quoi que l’on veuille bien en dire – le système est plutôt bien verrouilllé …

    J’ajoute que je ne peux m’empêcher de trouver « Riposte catholique » étonnamment complaisant à l’égard de Mgr de Germay …

  6. Gaudete

    et si nos évêques se posaient la question: qu’est-ce qui marche chez les communautés St Martin, St Pierre et pourquoi pas St Pie X. Ce matin je suis revenu de la messe une fois de plus écoeuré: pas possible de se recueillir, quand on voit comment est la liturgie, comment un jeune peut-il avoir envie d’être prêtre. Quand on commencera à écouter les différents papes et notamment Benoît XVI, il y aura une amélioration de la liturgie un respect pour le corps du Christ. Le prêtre est-il si fatigué à la fin de la messe qu’il ne puisse sortir le ciboire et le ramener après la communion?. Est-il nécessaire de faire applaudir à la fin de la messe pour un oui ou pour un non? Ne parlons pas des sermons alors qu’ils devraient nous instruire de la « res Dei », ils sont d’une platitude à toute épreuve. S’ils ne savent pas quoi raconter qu’ils prennent le catéchisme de l’Eglise catholique et qu’ils s’en inspirent!Et à force de chanter des cantiques gnan-gnan où il est dit que Dieu est immortel, non et non il est éternel. Un an après le changement de traduction du Notre Père on en est toujours à loa formule  » et ne nous soumets pas à la tentation », comme si Dieu pouvait nous soumettre à la tentation!!! cela prouve de l’envie d’évangéliser de nos autorités écclésiastiques!

  7. bernadette Gautier

    je suis en Maison de Retraite chez les Petites Soeurs des Pauvres. nous avons un aumônier, bien que très malade il assure las célébrations dès qu’il le peut, avec une grande dignité, lors de l’homélie il reste debout…toujours sur l’évangile … sa parole est nourriture bien adaptée pour nous les personnes âgées…..de milieux différents. Résidents ou personnes de l’extérieur, tous d’accord pour dire c’est un saint!

    le » notre Père « !!!! ne ns soumets pas… ne passe pas et alors à voix très basse je dis » ne ns laisses pas succomber à la tentation » mais pourquoi l’avoir supprimé?? il y a peut-être mieux? mais qu’attend la hiérarchie??? quel est ce dieu dictateur?? alors que notre Dieu n’est qu’Amour et c’est pour cela qu’Il nous laisse LIBRES

  8. Daniel

    « la famille est le creuset… » : quelle famille ? Déjà pour qu’un homme se lie indéfiniment à l’Eglise il faudrait des familles où les parents restent mariés toute leur vie … car la « capillarité » qui transmet la foi (il doit être content du vocabulaire abscons qu’il vient d’utiliser) c’est surtout l’exemple.
    Je suis étonné de ce que les évêques chargent toujours d’autres causes qu’eux-mêmes de la perte de foi, eux font tout ce qu’il faut, y compris la « nouvelle évangélisation » qui bat son plein.
    Il y a des prêtres qui viennent de Sardaigne où « le contexte ecclésial est différent » : Voilà une solution; copions le contexte ecclésial. De quelles différences s’agit-il ?
    Si un jeune n’est pas persuadé de faire une chose surnaturelle en opérant la transsubstantiation, une confession ou le sacrement des malades, comment pourra t’il être prêtre ? Il n’y a pas besoin d’être prêtre pour « suivre Jésus » sur le chemin des hommes car les travailleurs sociaux, le corps médical, les bénévoles d’ONG caritatives etc… le font très bien.

  9. gerard

    Merci Gaudete ,car ce NE NOUS SOUMET PAS me déchire l’Âme il n’y en a qu’un qui nous soumet (le malin)mais que ne ferait ils pas pour nous faire gober leur œcuménisme débridé aux sectes multiples . j’attends que se réalise la prophétie dite par Saint Nylus ,Viens Seigneur Jésus .

  10. Gaudete

    eh oui, c’est bien verrouillé partout par des soixante huitards attardés qui malheureusement ont fait des « petits » car dans les séminaires que n’enseigne-t-on pas? Quant à ceux qui se gargarisent du concile, ils seraient bien inspirés de lire du début à la fin et non pas de choisir ce qui leur fait plaisir quitte à bien le déformer comme ça on gave les gens d’imbécillités et on leur raconte un tas d’âneries protestantisées ou cégétisés qui n’ont rien à voir avec la doctrine de l’église. Messieurs les épiscopes ayez le courage de revenir aux fondamentaux et de mettre votre clergé au diapason!

  11. gege

    En vacances en Bretagne, j’assiste à la messe dans une paroisse qui « fonctionne » fort bien avec une équipe dynamique et un prêtre dont les homélies sont lumineuses. Pendant ses congés il est remplaçé par des prêtres de passage et nous avons eu pour le 15 août un curé de Besançon qui montait à l’autel comme on monte au grenier chercher un vieux carton. Dans son homélie il nous a dit que Marie était une jeune fille qui avait fauté avant le mariage et s’était réfugiée chez sa cousine par peur des représailles … C’est là que s’est produit le retournement de ces deux femmes …. Les silences étaient encore plus éloquents…. Rien sur la salutation de l’ange et de l’annonce faite à Marie… rien sur l’enfant qui a tressailli de joie … Rien sur la virginité de Marie … Rien sur les vérités de foi !!!

    L’église habituellement pleine se viderait très rapidement si ce prêtre y était affecté, c’est une évidence. Je serais le premier à ne plus y mettre les pieds.

  12. Hervé Soulié

    On peut conseiller à Mgr de Germay, au demeurant sympathique évêque, de s’adresser à la Fraternité Saint Pie X.
    Ils ont des prêtres disponibles, formés, motivés, dévoués.

  13. professeur Tournesol

    Les responsabilités sont partagés quant au manque de seminaristes . Danse certaines paroisses, presque personne en dessous de 60 ans. Avant d entrer au seminaire, il faudrait que les jeunes entrent à l eglise.
    Je suis curieux de savoir pourquoi le curé de Sartene veut partir.
    Ce qui peut aussi decourager les vocations, c est que le curé n est plus guere le chef de la paroisse, mais un desservant chapeauté par un quarteron de bigotes incompetentes.
    En matiere liturgique, on a vu pire, mais il y a encore du progres à faire. De passage dans eglise où celebrait un prêtre également de passage (les murmures des fideles regrettaient M le Curé), voici à quoi ressemblait la messe : un pretre vêtu d une « aube » gris beige et d une etole blanche (dimanche ordinaire!), sans chasuble. L apprentissage d un nouveau chant en guise de chant d entree, pas de salutation liturgique, kyrie sans misereatur, lecteurs designés sur le tas. Depuis le debut, le pretre ne se tenait pas dans le choeur mais au milieu de l allee centrale. Pendant les lectures, il s est assis sur un banc au milieu des fideles. Homélie plus ou moins dialoguee ou le prêtre a annoncé que pour l eucharistie on aurait du pain « normal » donc fermenté et qu on communierait en trempant le pain dans le vin. Je n ai pas eu la patience d assister à la suite et je suis parti.

    • toto

      Cher professeur: vous n’étiez pas distrait comme d’habitude, puisque vous êtes parti!. Et vous avez eu raison. Mais il faut attendre le « célébrant » à la sortie pour lui dire ce que vous pensez.

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