Déclaration de la CEF contre le suicide assisté

Déclaration du Conseil Permanent de la Conférence des évêques de France du 16 janvier 2014, concernant le débat sur la fin de vie :

Un projet de loi sur la fin de vie pourrait être déposé devant le Parlement d’ici la fin de l’année. Des rapports et des avis rendus publics ces derniers mois ont demandé des améliorations de la loi Leonetti. Cependant, améliorer la législation, ce n’est pas la changer fondamentalement. Le sujet est trop grave pour ne pas agir avec prudence.

Contrairement à d’autres, l’avis rédigé par un « panel de citoyens » propose de légaliser le « suicide médicalement assisté », sous condition d’une demande expresse d’une personne en fin de vie ou atteinte d’une maladie jugée irréversible. Aider un malade à mettre lui-même fin à ses jours ou provoquer délibérément la mort d’un patient à sa demande, ce qui est proprement appelé euthanasie, sont inacceptables. L’avis admet même la pratique de l’euthanasie sans consentement de la personne devenue incapable de s’exprimer !

Notre société cherche à « esquiver la mort » et redoute la proximité avec celui qui va mourir. Elle pourrait être ainsi conduite à des décisions inhumaines. Il importe donc de clarifier le vocabulaire et les buts poursuivis. Personne ne peut provoquer délibérément la mort, fût-ce à la demande d’une personne gravement malade, sans transgresser un interdit fondamental. « Tu ne tueras pas » demeure une exigence morale majeure de toute société, et, pour les croyants, un commandement de Dieu. C’est le fondement de toute vie sociale respectueuse d’autrui, spécialement des plus vulnérables. Nombre de nos contemporains, en raison d’une maladie, d’un handicap ou de leur âge, se sentent devenus une charge pour leurs proches et un poids pour la société. Ils souffrent de leur solitude, de l’indifférence d’autrui, du regard porté sur eux dans une société axée sur les valeurs d’autonomie et d’efficacité. Ceux qui en viennent à douter de la valeur et du sens de leur vie ont besoin « d’accompagnement, de solidarité et de soutien dans l’épreuve ». N’aurons-nous rien d’autre à leur proposer que de mettre fin à leur existence ?

Le suicide est souvent présenté de nos jours comme « une ultime liberté ». Mais en même temps, on s’alarme, à juste titre, des taux élevés de suicides particulièrement chez les jeunes et les personnes âgées. Comment réagir contre la banalisation du suicide et en faire en même temps la promotion ? Comment pourrions-nous juger nécessaire d’aider certaines personnes à affronter un épisode de détresse pour éviter l’irréparable, et, par ailleurs, encourager et assister d’autres personnes dans leur volonté de mourir ? Qui deviendrait le juge des vies qui ne valent plus d’être vécues ? Il serait discriminatoire d’estimer aussi différemment la valeur de la vie des uns et des autres.

Tout suicide affecte la solidarité et la volonté de vivre du corps social. Il est donc nécessaire et urgent de poursuivre un véritable engagement de solidarité et de fraternité. Beaucoup se sont investis pour soulager les douleurs et les souffrances de la fin de vie mais « la tâche à accomplir est encore immense » [7]. Les campagnes médiatiques de promotion d’une nouvelle loi contribuent malheureusement à détourner l’attention des indispensables réformes à entreprendre, parmi lesquelles l’accès à « des soins palliatifs et à un accompagnement » à « toute personne malade dont l’état le requiert ».

Notre conviction profonde est qu’un changement législatif ne peut avoir pour objectif que de rendre plus manifeste le respect dû à toute personne en fin de vie. Cela passe par le refus de l’acharnement thérapeutique, le refus de l’acte de tuer ; ainsi que par le développement des soins palliatifs et le renforcement des solidarités familiales et sociales.

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France
Mgr Georges PONTIER, Archevêque de Marseille, Président
Mgr Pierre-Marie CARRÉ, Archevêque de Montpellier, Vice-président
Mgr Pascal DELANNOY, Évêque de Saint-Denis, Vice-président
Cardinal André VINGT-TROIS, Archevêque de Paris
Mgr Jean-Claude BOULANGER, Évêque de Bayeux et Lisieux
Mgr François FONLUPT, Évêque de Rodez et Vabres
Mgr Jean-Paul JAMES, Évêque de Nantes
Mgr Hubert HERBRETEAU, Évêque d’Agen
Mgr Stanislas LALANNE, Évêque de Pontoise
Mgr Benoît RIVIÈRE, Évêque d’Autun, Chalon et Mâcon

5 comments

  1. Daniel

    Entendu sur RTL « les auditeurs ont la parole » :
    - »Avec tout cet argent dépensé pour maintenir en vie des gens on pourrait soulager d’autre douleurs … »
    - »Les juges n’ont rien à voir avec décision de mettre fin à la vie car ils n’y connaissent rien en technique médicale et n’ont pas à trancher dans « l’intime » des gens » Le journaliste a tout de même objecté qu’en cas de division dans la famille il faut bien un juge qui tranche … mais il ajoute que le texte actuel est flou car il parle de l’avis de « la famille » et il propose que l’on désigne plus clairement une personne précise (il ne se rend même pas compte que le critère de désignation est encore plus vaporeux que « la famille » qui renvoie à l’intime.
    « Je me sens incapable de décider s’il faut arrêté une vie ou continuer, donc c’est aux médecins qu’il faut en donner l’initiative car ils sont dévoués, compatissants et compétents »
    « C’est pas possible de voir ma femme ainsi, elle décrépit de jour en jour, on ne peut pas laisser une personne perdre ainsi sa dignité » (sa femme ne souffre pas mais lui souffre de voir celle qu’il aime partir)
    « Toutes ces oppositions c’est encore une affaire de religion. La religion a toujours été un facteur de drames, les croisades, la Saint Barthélémy, …  »

    Conclusion : quand on écoute ces arguments on se dit que les gens sont persuadés de bien faire car ils ont soit une approche athée de la vie soit sont submergés par l’émotion. Leur parler des valeurs chrétiennes est impossible car ils ne peuvent entrer dedans en quelques semaines.
    La solution est donc simple : il suffit que la loi soit faite à 3 étages : la médecine, une ou des personnes désignées et les médecins, la loi Léonetti actuelle. Il faudra aussi faire choisir une option « mort par inanition » (c’est le cas qui fait l’actualité actuellement), ou « par cocktail lithique » ou suppression médicamenteuse des souffrances et des angoisses sans intention de donner la mort (loi Léonetti) ». Chaque citoyen devant, à sa majorité, consigner son choix (révocable à tout instant) car il est hors de possibilité d’imposer un choix religieux à 60% de la population ni un choix athée aux chrétiens convaincus.
    Et on n’en parlera plus.
    Moi je prends peur que la loi athée soit votée pour tout le monde par notre gouvernement dictatorial et je serai terrorisé d’entrer à l’hôpital !

  2. Melmiesse

    J’ai lu « une larme m’a sauvée  » de Angèle Lieby ;dans le coma le réanimateur a prévenu son mari : « vous devriez faire les démarches pour les obsèques » il faut songer à débrancher a dit le corps médical. Rétablie, elle est partie faire une randonnée au Mont-Blanc en 2011 (histoire réelle). on finit par craindre de rentrer à l’hôpital

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