Ces évêques qui font souffrir leurs prêtres

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Extraits de la Lettre 295 de Paix Liturgique sur les prêtres qui souffrent par leur évêque :

Aujourd’hui, tel prêtre de Normandie est la cible de son évêque. Les protagonistes sont de chair et de sang. L’abbé est un curé de paroisse performant. Ce n’est pas un « tradi » ; c’est un prêtre qui interprète l’enseignement contemporain à la lumière de l’enseignement constant de l’Église. Il est catholique, sans prédicat surajouté. Son sacerdoce se déploie sans entrave, à la plus grande satisfaction de ses paroissiens.
Or, il est insupportable à son évêque, Mgr N. Ses ouailles sont nombreuses, et reconnaissantes de surcroit. La quête est généreuse. Alors pourquoi tant de haine ? On vient de vous le dire ! L’abbé incarne le modèle enterré par l’évêque. Pour le dire avec le philosophe Slavoj Zizek, ce qui refuse de mourir devient persécuteur, à la façon d’un fantôme. […] La haine de l’évêque pour ce prêtre est tellement obscène qu’elle scandalise même la revue Golias, laquelle donne de la valeur au soutien de l’abbé par sa base locale. Il n’est pas fréquent, à vrai dire, qu’une gouvernance aussi désastreuse se manifeste. Habituellement, les institutions répugnent à montrer leur violence. Le respect des formes réglementaires, la consistance du fonds faisant litige sont des préalables à la bonne fin d’un contentieux. À l’inverse, une intimidation maladroite ou une sanction arbitraire dénonce l’auteur plus que la cible. Ce curé a un ennemi. À cause de son succès. Il est combattu parce qu’il réussit, pas parce qu’il est défaillant. L’évêque ne veut pas sa mort, il veut mettre un terme à cet habitus sacerdotal qu’il incarne. […] Le curé normand d’aujourd’hui sait que les promesses n’ont pas été tenues, et il sait pourquoi. Il est de trop par son insolent succès en terre dévastée. […]

Tout prêtre souffre quand sa vocation est disqualifiée. Quand l’Appel auquel il a souscrit fait l’objet d’un déni. Qui peut avoir un tel pouvoir de nuire ? L’athée ne déstabilise pas le prêtre, l’indifférent non plus, l’apostat encore moins. Ordonner vers le Christ, telle est sa mission. Il peut connaître la fatigue, mais il ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Il souffre quand il est dénoncé comme un obstacle dans l’accès au Christ, comme une entrave à l’Esprit, comme un serviteur nocif. Qui a l’audace de tels jugements et la capacité de le blesser, si ce n’est celui qu’il voit comme un père ?

Tout ceci est corroboré par les témoignages saisis ça et là dans les diocèses français, au point qu’il est pertinent de dénoncer l’actualité d’un combat épiscopal contre ces « nouveaux prêtres » d’aujourd’hui, lesquels sont bâtis à l’antithèse de leurs aînés. Formés dans les séminaires interdiocésains où les séductions du néo-modernisme sont loin d’être mortes, plus avertis de l’adversité intra ecclésiale et des ambiguïtés d’un amour plus parlé que vécu, ces jeunes prêtres ont souvent l’intuition qu’il faut, pour trouver un équilibre, avoir l’air de ce que l’on est, sans barguigner . De plus en plus, la soutane est « tendance » ; le prêtre se dispose à mettre de l’ordre là où le monde met du désordre ; le sacerdoce du prêtre est vu plus clairement comme un sacrement spécifique, irréductible au sacerdoce des baptisés. Vatican II prend place dans l’histoire de l’Église, évidemment ; ceux qui le veulent inaugural font preuve d’ignorance ou de parti pris. L’adversité la plus trouble est intra muros.

[…] Or, de fait, étant fauteur d’ordre, le prêtre est, partout là où il est, celui qui pose le cadre de sa propre activité. Il n’a pas à subir les caprices de quiconque ; le baptisé a recours à lui, il n’a pas à lui dicter sa conduite. En analogie avec la fonction médicale, laquelle est au service du malade mais ne s’effectue pas sous sa dictée. Cette chefferie du prêtre, cette autonomie décisionnelle sont intégrées au gouvernement de l’Église. Lequel doit les faire respecter. Or c’est l’inverse de la politique actuelle des diocèses, sous la férule de la Conférence des Évêques de France. Le prêtre est prolétarisé, au seul profit de l’Évêque qui se choisit des doyens, seuls titularisés, et missionne des laïcs dociles à ses vues. L’Évêque tend à être le seul à jouir du pouvoir d’ordre, dont pourtant il a la plénitude mais pas l’exclusivité, et à en user à sa guise. Un centralisme dit démocratique nivelle les prêtres au rang des laïcs. Les clercs sont souvent même soumis aux laïcs missionnés, ces derniers incorporés ici et là à l’Église enseignante ! Excusez du peu. Des aveux impressionnants échappent à tel ou tel évêque à travers les médias. Monseigneur Hippolyte Simon se lâche dans l’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut consacrée au célibat des prêtres le 29/05/2010. Devant le philosophe ébahi, il affirme que la chute des vocations a été une chance pour l’Église, parce qu’elle a permis la promotion du laïcat. Il a même ajouté que si le synode de 1971 avait accepté le mariage des prêtres, c’eût été une réforme d’effet réactionnaire puisque freinant la disparition du prêtre « patron ». Il faut mentionner également le livre de Monseigneur Albert Rouet, archevêque de Poitiers, qu’il faudrait commenter de façon détaillée, et qui est intitulé Vous avez fait de moi un Évêque heureux ( éd. de l’Atelier, Paris, 2011). C’est la longue provocation d’un féodal de la déconstruction, pour qui le prêtre, autre Christ, doit être ailleurs qu’aux postes décisionnels. Si le diable s’habille en Prada, Monseigneur, lui, s’habille chez Zara. Tantôt il n’a l’air de rien, tantôt il est déguisé en archevêque « trop cool ». Qu’est ce qui a pu le rendre heureux ? On n’apprend rien de ce qui compte pour lui, dans son cœur. Il a multiplié les commissions, missionné à tour de bras, fait tourner « l’Église qui est à Poitiers » autour de lui, avec un aplomb intact. Il fustige l’esprit ultramontain, le mondialisme, la prétention du catholicisme à l’universel. Il préconise l’écoute, le dialogue, l’ouverture au monde. Rien que du neuf, en somme. Quel bilan ? « Dieu n’aime pas les bilans ! » Circulez ! (Pourtant, c’est bizarre, il parle comme Albert, ce dieu là ; est ce que par hasard, à toujours voir Jésus en tout homme, il ne verrait pas Dieu dans la glace ?) Bref, il est heureux d’avoir pu parler en démocrate et agir en autocrate. Il s’en va, alors il balance, Albert. C’est un homme du passé, et du passif. Quid du prêtre en Poitou, sur orbite, ailleurs, dans l’inattendu, l’altérité, etc. ? À suivre.

Le prêtre est un soldat du Christ, comme tout baptisé. Il est prêt à servir le Christ par un engagement qui est folie pour le monde, scandale pour les pécheurs, terreur pour les démons. Sa mission est aussi sa dignité. Voyons en lui celui qu’il veut être, au service de Dieu et des âmes. Disons lui merci de ce qu’il est, et « exploitons-le » dans sa spécificité surnaturelle, n’en déplaise aux « missionnés ». Et dépression, alcoolisme, psychotropes, désespérance ne seront plus qu’un mauvais souvenir.