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Divorcés remariés : l’avis de Mgr Olivier de Germay

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Publiée fin mai dans La Croix :

« Dans le cadre du débat souhaité par le pape François, je souhaiterais m’exprimer à propos des personnes divorcées et engagées dans une nouvelle union. En exposant mes convictions – mais aussi mes interrogations – je ne fais qu’apporter une contribution à la réflexion en cours, sûr que l’Esprit Saint saura nous montrer le bon chemin.

Le sujet est important, ne serait-ce qu’en raison des situations d’incompréhensions et de souffrances qui lui sont liées. L’Église doit être capable de mieux accompagner ces situations dans la fidélité à l’Évangile.

Beaucoup se sont prononcés pour l’­accès aux sacrements, au moins sous certaines conditions. Les propositions, motivées par le souci de mieux manifester la miséricorde, sont souvent intéressantes. La plupart d’entre elles cependant posent comme postulat la nécessité de changer la discipline actuelle. Or la difficulté pastorale rencontrée aujourd’hui est liée, selon moi, à d’autres réalités qu’il nous faut regarder en face si nous voulons aller à la racine du problème. Sinon, nous risquons d’accompagner en douceur la sécularisation de l’Église sous une fausse apparence de miséricorde.

Beaucoup de prêtres n’ont pas été formés à l’accueil des personnes divorcées et remariées. Mal à l’aise, ils oscillent souvent entre la tentation de fermer les yeux et celle de rappeler sèchement la loi. L’urgence est d’enseigner cet « art de l’accompagnement » qu’appelle de ses vœux le pape François. Ceux qui le pratiquent savent combien il est beau d’accueillir ces personnes, d’entendre l’expression de leurs désirs, mais aussi de leurs souffrances, de leur dire qu’elles sont aimées de Dieu, qu’elles ont leur place dans l’Église, et en même temps de les aider à relire leur histoire sous l’éclairage de la foi, à comprendre comment Dieu s’est engagé dans leur mariage sacramentel, à faire le lien avec le sacrement de l’eucharistie. Un tel accompagnement est onéreux, mais il permet à ces personnes de comprendre qu’elles ont un chemin de sainteté à suivre, un chemin qui tient compte de la réalité objective de leur situation.

Ainsi accompagnées, ces personnes peuvent comprendre le sens de ce qui leur est demandé. En acceptant humblement de participer à l’eucharistie sans communier, elles posent un acte d’obéissance et de fidélité à l’Église et au Christ. D’une certaine façon, elles se présentent devant le Seigneur en lui disant: « Seigneur, je reconnais qu’aujourd’hui ma vie n’est plus en cohérence avec le signe de l’Alliance, mais je sais que tu ne me réduis pas à cet aspect de ma vie et que tu m’appelles toujours à te suivre. En me présentant devant toi comme le publicain de l’Évangile, je viens te dire mon désir de fidélité. » Si les aléas de la vie ont fait que le vœu de fidélité au conjoint n’a pas été tenu, ces personnes peuvent malgré tout exprimer leur désir de fidélité au Christ. Loin de tomber dans l’autojustification, elles manifestent leur soif de Dieu et leur foi en la médiation de l’Église, tout en faisant de leur désir de communion une offrande spirituelle.

Ce chemin spirituel n’est possible que dans le cadre d’une pastorale qui aide les fidèles à « participer activement » à l’eucharistie. Or c’est là, me semble-t-il, la vraie difficulté pastorale aujourd’hui. Alors que le concile Vatican II, insistant sur les deux dimensions de sacrifice et de repas de l’eucharistie, parlait de la participation des fidèles en articulant l’offrande et la communion, nous avons massivement fait abstraction de sa dimension sacrificielle en même temps que se généralisait la communion systématique des fidèles. L’immense majorité de nos pratiquants ignorent qu’ils sont invités, de par leur baptême, à offrir le Sacrifice du Christ au Père et à renouveler l’offrande spirituelle de leur vie. Dans un tel contexte, parler de participer à l’eucharistie sans communier devient incompréhensible.

Mon expérience m’a conduit à m’émerveiller devant la façon dont les personnes remariées civilement peuvent découvrir le sens profond de l’eucharistie. Leur « désir de communion » (cette expression me paraît plus juste que celle de « communion spirituelle ») ne prend sens que dans le prolongement de cette offrande – pour une part douloureuse – qui est en même temps l’expression d’un désir profond et d’une tension vers la pleine communion. Leur participation à l’eucharistie devient même un témoignage pour nous tous qui communions parfois avec désinvolture; un témoignage situé dans le prolongement de l’engagement de leur mariage. Elles manifestent qu’elles prennent au sérieux l’indissolubilité du mariage et donc la fidélité indéfectible du Christ pour son Église. Loin d’être une punition, le fait de ne pas communier devient une mission.

Certains ont proposé de réfléchir à un chemin pénitentiel qui précéderait l’accès aux sacrements. Ne risque-t-on pas de séparer d’une manière très subjective ceux qui ont des circonstances atténuantes de ceux qui n’en ont pas? Même s’il faut effectivement prendre en compte la diversité des situations, la question, me semble-t-il, est ailleurs. Lorsque Jésus parle à la Samaritaine de sa situation conjugale, il ne juge pas son passé, il l’aide à voir la réalité de sa situation présente: « Celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. » Ainsi, va-t-il la conduire sur un chemin spirituel, non pas en faisant abstraction de sa situation, mais en l’intégrant jusqu’à faire d’elle un témoin: « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait » (Jn 4, 29).

Gageons que l’Esprit Saint saura nous guider vers des solutions pastorales qui n’altèrent pas la lisibilité et la radicalité du signe de l’Alliance. »

12 comments

  1. Peysson valerie

    Monseigneur de Germay,
    Je pense que vous êtes dans le juste et le vrai . C’est en s’élevant, en approfondissant la vérité des sacrements et en développant l’accueil et la charité envers les divorcés remariés que toute l’Eglise trouvera le chemin de celui qui est le chemin la Vérité et la Vie.

  2. Paul

    Merci, Monseigneur, de vous placer dans le bon camp, celui du bon sens, dans ce débat sur la communion des remariés civils. Deux remarques cependant.

    « Si les aléas de la vie ont fait que le vœu de fidélité au conjoint n’a pas été tenu »….
    Mais vous rendez-vous compte, Monseigneur , de ce que vous dites là?

    1) Vous parlez ici bien sûr des divorcés civilement remariés, et non des divorcés non remariés pour lesquels le problème de la communion ne se pose évidemment pas (contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, ce que les prêtres ne veulent pas dire clairement ce qui fait que beaucoup de personnes, généralement les victimes d’un divorce, n’osent plus communier!).Or l’union hors mariage comporte toujours une part de décision personnelle, évidemment. C’est d’ailleurs pourquoi, dès lors que c’est contraire au commandement, c’est un péché.

    2) Donc pour vous, un acte sans responsabilité, découlant des « aléas de la vie », peut être considéré comme un péché puisque vous justifiez (avec raison, mais pas pour la raison que vous donnez!) l’interdiction de la communion?

    Par pitié, soyons clairs et justes dans les conceptions, arrêtons de dire n’importe. Certes vous avez la rigueur de dire qu’il faut refuser la communion aux remariés civils mais vous vous empressez de dire que ce sont les aléas de la vie qui sont cause du remariage donc vous niez en même temps la responsabilité individuelle et donc le péché. D’où vous aboutissez à des contradictions. Cessons de vouloir plaire, cessons les contradictions.

  3. jj

    Idem que pour ceux qui n’arrive pas à communier après avoir entendu une homélie subjective, détournant de la Vérité. Tout comme les divorcés remariés, à l’opposé, ceux qui n’acceptent pas que l’on puisse leur enseigner n’importe quoi sous des prétextes modernes, sentent bien qu’il doivent etre en communion avec le pretre et lorsque c’est contraire…….notre mission et de ramener » la communion au Corps du Christ » à une réalité surnaturelle ! Mot qui a disparu de l’Eglise Catholique…

  4. BALTUS

    il n’y a qu’une solution: il leur faut retourner auprès du conjoint d’origine ou vivre dans la chasteté, abandonner donc cet état de péché permanent que l’Église a si difficile à expliquer…

  5. Benoît

    On peut savoir gré Mgr de Germay de rappeler la doctrine de l’Eglise, avec un certain courage, il faut bien le dire. Il est un peu le « Monseigneur famille » (cursus oblige) de la CEF.

    Ce qui est dérangeant, c’est que ses justes analyses sont bien peu suivies d’effet dans son diocèse :

    * l’actuosa participatio demandée par le Concile (qu’il convient de traduire par « effective » plutôt que par « active ») est comme ailleurs en France un activisme stérile avec cléricalisation de laïcs ignorants et/ou (dé)formés mais très soucieux de se mettre en avant ;

    * la communion des fidèles est toujours systématique (aucune consigne n’est donnée), le mariage également. Cessons de jouer la vertu offensée, la pastorale coupée de la doctrine, c’est déjà largement fait dans les diocèses et les paroisses, et bien peu nombreux sont les successeurs des Apôtres qui essaient d’inverser la tendance.

    * quant à la désinvolture, la liturgie en Corse est toujours dans le même état, et Monseigneur ne semble pas être du genre à faire des remontrances à ses prêtres, qui sont – cela va sans dire – formidables de dévouement et de désintéressement.
    Lui-même d’ailleurs peut très bien terminer une homélie (sans notes et visiblement peu préparée) en déclarant : « Je vais m’arrêter là parce que si je démarre, on n’est pas couché ». Ou encore lors de la ridicule mais désormais traditionnelle séance de poignées de mains à la sortie de la Messe, enlever sa mitre en disant : « Attendez, je vais diminuer d’un étage ! ». Humour ecclésiastique , sans doute !

    La devise du diocèse (pour ne pas dire du clergé diocésain) pourrait être : « Ferme les yeux sur mes vices et je fermerai les yeux sur les tiens. L’essentiel est d’annoncer l’Evangile. » En effet, si d’aucuns à Rome ne se lassent pas de parler de « pauvreté », de « périphéries », en Corse, on a comme mantra « annoncer l’Evangile », très docilement repris par le clergé, les confrères (voir, à 5’36 : http://www.ktotv.com/videos-chretiennes/emissions/nouveautes/reportage-la-corse-au-cote-du-cardinal-mamberti/00091896).

    Qu’on se le dise, la meilleure façon d’annoncer l’Evangile est de le vivre. Alors on peut espérer être crédible ; alors , on peut espérer convertir.

    • Denis F

      Vous vous y connaissez sans doute bien mieux que moi!

      Accordons-lui le bénéfice du doute, au moins sur ce sujet, et avec le soutien du Peuple de DIEU, et des chrétiens corses en particulier, son courage et sa Foi pourront-ils sans doute plus librement s’épanouir…

  6. Ma femme m’a demandée le divorce que j’ai refusé de toutes mes forces, mais ce faisant, le divorce fut prononcé quand même, progrès oblige. Tout le problème se situe non pas dans la Loi de l’Eglise qui n’est que le reflet de la Parole divine mais dans notre rapport personnel que nous avons au Christ. Comme le dit saint Paul dans Ep 3, 14-19
    ………. « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour.
    Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur…Vous connaîtrez ce qui surpasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu. »

    L’épreuve de la séparation est une épreuve de notre foi, car elle vérifie notre fidélité ou pas en sa Sagesse. Pour moi, il n’y a pas aucun doute ni hésitation, j’ai choisie la fidélité en sa Parole, donc pas de concubinage ou fornication ou encore moins de re-mariage ou quelconque union fantasmée. Dans la vision de la sainteté, il ne peut y avoir d’autre choix, de plus c’est un leurre et une mondanité de croire que se re-marier ou pas est moins « douloureux » que de « subir le célibat forcé » car la chasteté procure à l’âme tellement de vertus qu’elle nous fortifie et procure à notre conjoint son salut qu’il ou elle a besoin de retrouver.

    « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime! » dit Jésus, alors Aimons, dans la liberté et la joie des vraies enfants de Dieu !

  7. de Germay

    Deo Gratias,
    Enfin un vrai discours catholique d’un laïc qui a compris l’Evangile et qui n’écoute pas le chant sirènes libérales ou modernistes. Il suit Saint Augustin qui écrivait : Il n’y a pas d’amour sans sacrifice.

    Le cardinal Gousset écrivait dans son ouvrage de théologie morale : « Nos actions sont bonnes ou mauvaises, suivant qu’elles sont conformes ou contraires à la droite raison, à l’ordre moral, aux lois qui résultent des rapports de la créature avec le Créateur, de l’homme avec ses semblables, d’un inférieur avec ceux qui sont dépositaires du pouvoir ou de l’autorité. La moralité d’un acte consiste donc dans sa conformité à la loi qui en est la règle. » (Cf. Théologie Morale Des actes humains. Page 14, 51)

    Mais un évêque français commentait : C’est une définition de la morale qu’on aurait pu trouver dans les manuels de morale d’il y a cinquante ans et qui a contribué au rejet actuel de la notion même de morale.

    Il est évident que si on n’enseigne plus rien la vie est plus facile.

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