Ecole libre : lettre ouverte aux évêques

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Parents pour l’école lance une initiative pour que chacun écrive à son évêque :

Chers parents, les contacts que nous établissons avec vous depuis quelques mois signalent, à l’égard de l’enseignement privé sous contrat, un sentiment de malaise. Si vous reconnaissez la qualité du travail des enseignants autant que le dévouement des chefs d’établissement, vous ne comprenez plus les décisions qui sont prises à l’échelle nationale.

Ainsi, certains d’entre vous nous ont fait part de leurs interrogations au sujet du portail «Gabriel», ensemble de données informatiques concernant les familles comme le personnel enseignant et collectées par le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique. Quelle sera la nature de ces données ? A qui seront-elles transmises ? Qui, d’ailleurs, les transmettra ? Ces questions manifestent, parmi tant d’autres, une inquiétude et une forme d’incompréhension. Ainsi êtes-vous nombreux à nous dire que vous ne vous reconnaissez plus dans l’école libre.

Aussi est-il temps pour nous tous de nous adresser directement à notre évêque. Comme le stipule le Statut de l’Enseignement Catholique, c’est lui qui est responsable et garant de l’enseignement dispensé dans son diocèse. C’est donc à votre évêque que nous vous proposons d’écrire personnellement. Ne laissons plus l’école libre devenir une école comme les autres, encourageons l’épiscopat français à défendre le caractère propre de cette dernière : écrivons à notre évêque !

Voici un exemple de courrier à reprendre in extenso ou en partie si vous le souhaitez : LettreParentsAuxEvêques.

Pour trouvez l’adresse de votre Evêque, rien de plus simple, cliquez ici.

Voici la lettre à envoyer :

Monseigneur,

En ce jour de la saint Thomas d’Aquin, patron des écoles et universités catholiques, j’aime- rais vous faire part de mon inquiétude. D’année en année, il semble que l’Enseignement Catholique perde sa spécificité et se détourne de ses missions premières. Le simple parent que je suis éprouve une incompréhension et un mécontentement qui en témoignent.

Ainsi, je ne comprends pas pourquoi le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique persiste à encourager la récente réforme du collège. Sous couvert d’une liberté plus grande, ont été acceptés la réduction horaire des enseignements, la disparité des traitements et l’appauvrissement des programmes. A mes yeux, cette passivité a montré une indifférence voire un mépris portés à l’endroit de la mission première de l’école, qui est la transmission des savoirs.

De même, je m’interroge sur le zèle avec lequel les autorités de l’école libre accueillent l’in- trusion du numérique à l’école. L’Apel ainsi que le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique consacrent des sommes importantes pour compenser en ce domaine l’inégalité des subventions accordées par l’État. En une concurrence purement technique, l’école libre consent à l’inflation des moyens, place son espérance dans des dispositifs artificiels et fait fi des injonctions à la tempérance et la sobriété que notre Pape François ne cesse de formuler. Dans le même ordre d’idées, nous som- mes interloqués par la timidité de nos écoles quant à l’urgence de l’annonce et de la mission. A titre d’exemple, je constate que l’injonction du Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique invitant à « réenchanter l’école » implique des enjeux qui demeurent humains. S’il s’agit de réenchanter le « nous », les « savoirs », la « relation », les « possibles » et notre « rapport au monde », rien n’est dit, en ce féerique projet, du rapport à Dieu, de la puissance de la foi comme du rôle de l’Église.

De plus, j’aimerais vous signaler que des établissements demandent à certains parents de si- gner une « Charte éducative de confiance » dans laquelle il leur est sommé de reconnaître la primau- té éducative de l’école. Contraires à toute la réflexion de l’Église portée sur la liberté des familles, cette démarche et cette injonction dépossèdent les parents de leur rôle de premiers éducateurs, les plaçant en situation de simples contractants.

Enfin, il est un point sur lequel je souhaiterais attirer votre vigilance. Le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique s’honore de développer une nouvelle organisation des bases de données et systèmes d’information. Nommé « Gabriel », ce portail informatique entend collecter des infor- mations dont l’étendue pas plus que la nature ne sont connues ni même déclarées. A l’évidence, ce système informatique sera en mesure de rassembler des faits confidentiels qui sont susceptibles de violer l’intimité des familles, de perturber la relation pédagogique et de faire obstacle à l’autonomie des chefs d’établissement.

Témoignant d’une sécularisation frappante, la somme de ces écarts fait perdre à l’école catholique sa grandeur autant que sa spécificité. Bridée par les accommodements, aliénée par les protocoles, séduite par les mirages du temps, cette institution finit par ressembler à ce qu’elle ne devrait pas être : une école publique payante. Au sein de cette structure, si semblable aux autres maintenant, comment les enfants, les enseignants et les parents pourraient-ils se faire sel de la terre et lumière du monde ?

Aussi aimerais-je vous demander, Monseigneur, de porter en votre prière cette inquiétude qui est la mienne. De même, j’apprécierais qu’en vertu de l’autorité que vous confère le Statut de l’En- seignement Catholique vous vous tourniez vers votre Directeur diocésain pour lui faire part de ma démarche auprès de vous. Pour moi, il est urgent d’ouvrir, au sein de l’Église de France, un espace de dialogue faisant état de ces questions et n’ayant d’autre but que la fécondité de l’école autant que la croissance du bien commun. Restant à votre entière disposition pour tout renseignement complé- mentaire, je vous prie de bien vouloir recevoir, Monseigneur, la garantie de mes prières.