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Fin de vie : une réflexion laïque sans ouverture à la transcendance

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Enquête et débat publie une analyse de l’ouvrage

Fin de vie, un enjeu de fraternité, de Mgr Pierre d’Ornellas et le groupe de travail de la conférence des évêques de France (éd. SALVATOR)

Voici cette analyse sans concession :

0-706x1024« Le rapport du groupe de travail a été présenté au sein de la maison médicale Jeanne Garnier, le 9 mars, au moment du vote de l’Assemblée nationale sur le projet de loi Clayes-Léonetti sur la fin de vie.

Les rédacteurs en sont, outre l’archevêque de Rennes qui vient de s’illustrer en validant les mensonges d’un iman au sujet du Coran, Mgr Michel Aupetit évêque de Nanterre, une Xavière, deux docteurs, et encore deux curés le père Bruno Saintôt, jésuite expert, et le père Brice de Malherbe qui donne des cours aux Bernardins.

Il y a des fessées qui se perdent. Hélas ! Elle est aujourd’hui interdite, du moins pour les enfants. Mais rien ne dit ce qu’il en est pour les messieurs prêtres, voire pour leurs chefs, les évêques que l’on pourra toujours les crosser.

Car c’est tout de même un grand moment de solitude que d’entendre ces ecclésiastiques nous parler de la mort et des moments qui la précède, sans évoquer une seule fois, ni le Christ, ni sa Croix, ni son agonie cruelle, avec pour seul soin palliatif une boisson de vinaigre imbuvable.

Ce livre est d’une timidité catholique à pleurer. Notre seigneur Jésus-Christ n’y est évoqué que deux fois à travers des citations de Vatican II, non sans avoir pris des gants les plus respectueux qui soient pour le laïcardement correct : « Le « ciel » existe selon la foi des croyants ». Où est donc l’affirmation du salut proposé aux hommes ? Le sens de la vie de la mort et de la souffrance humaine n’a-t-il pas dans le christianisme une orientation qui lui a été donnée en grande partie par l’incarnation la mort et la résurrection du Christ ? L’Église n’a rien à dire « ès qualité » ?

Il faut croire que non, car l’évêque d’Ornellas n’hésite pas à nous indiquer qu’après la liberté et l’égalité de tous dans l’accès au soin, ce qui manquait c’est la fraternité. L’objectif est « d’apaiser la République ». Le mot de charité n’a pas été prononcé une seule fois, ni celui d’espérance. Cet évêque est obsédé par la république, mais il est assez innocent pour s’étonner que l’état puisse être infidèle à ses lois. La Cour des comptes a fait remarquer que le suivi des dépenses engagées doit faire l’objet d’une évaluation tous les deux ans, ce qui, bien entendu, n’est pas fait. Il appelle néanmoins, après l’ordre des infirmiers, à la victoire des soins face à la défaite du suicide, assisté ou non. Le projet de soin sur la personne doit être unique ; les soins médicaux curatifs et palliatifs ne doivent plus être séparés.

Le docteur Richard fait observer que l’axe reste le soulagement de la souffrance, au moyen d’un traitement sédatif et antalgique, qui peut déboucher sur une altération de la conscience ponctuelle ou intermittente. Tout ceci doit se faire à la demande du patient ; en cas de souffrance réfractaire à tout traitement, le malade peut demander d’interrompre les soins médicaux. La décision de sédation se fait au terme d’une procédure collégiale. La procédure est primordiale ; elle permet de vérifier si les conditions requises sont rassemblées et de ne pas pratiquer une « obstination déraisonnable», voire un acharnement thérapeutique. Si le malade ne peut exprimer sa volonté le médecin applique une sédation profonde et continue qui mène au décès du patient. La priorité reste le soulagement de la souffrance. Faut-il rappeler ici que le nom que saint Padre Pio a voulu donner à l’hôpital, qu’il construisait depuis le fond de sa cellule de moine claustré, était justement celui-là.

Le père Bruno Saintôt a rappelé que la relation entre le médecin et son patient n’a rien à voir avec celui de fournisseur à client. Il est question d’alliance thérapeutique et de pacte de soin. Le médecin est d’abord un accompagnateur de personne vulnérable, dont il faut respecter la volonté. Il a rappelé que Pie XII, ce géant diffamé, indiquait déjà, en 1952, « qu’aucune mesure ne saurait être prise sans le consentement du patient» et que nul ne peut aller contre « le pouvoir que celui-ci donne» sur lui-même. La loi de nos républicains ne fait que reprendre ses directives avec quelques dizaines d’années de retard. Le jésuite retient quatre critères d’appréciation de la situation; la réflexion doit être menée en amont, être fonction du degré de connaissance de la maladie, on doit pouvoir réviser les « directives de fin de vie » car le contexte de la maladie peut nous faire évoluer dans un sens ou l’autre, et enfin ces directives ne doivent pas être totalement opposable, car ce serait faire fi de la responsabilité et du jugement du médecin ; il y a un devoir d’ajustement.

Dans la même veine, le Père de Malherbe a rappelé qu’il faut préserver l’éthique de la relation et qu’il n’y a pas d’autodétermination absolue. Pour garantir « un meilleur mourir en France »( !), il a rappelé que « l’agonie nous fait passer du faire à l’être » et que la revendication du suicide assisté comme de l’euthanasie est de nature à briser le pacte social.

Bref ces messieurs prêtres nous proposent une réflexion laïque sans ouverture à la transcendance.

La maison Jeanne Garnier dispose de 81 lits et a reçu 1200 patients l’an dernier. Elle est ce qu’il y a de mieux dans ce domaine ; l’art thérapie est pratiquée, une bibliothèque, un piano, un fumoir sont à la disposition des malades. Dans les chambres, les lits sont surmonté d’un baldaquin qui permet un éclairage indirect ; la table de nuit est réfrigérable, ce qui a permis à une patiente de finir sa vie entre champagne et saumon (à ses frais naturellement !), un espace réservé aux familles est également disponible, ainsi qu’une chambre le cas échant; il est possible de dormir dans la chambre du patient.

Jeanne Garnier a agi au nom du Christ ; alors pourquoi avoir supprimé les crucifix des chambres ? N’est-ce pas le seul moyen de salut ? Le christ ne nous indique-t-il pas que « Ceux qui m’auront renié devant les hommes je les renierai devant mon père ». Si quelqu’un peut comprendre la souffrance des hommes pour l’avoir partagée au-delà du possible n’est-ce pas le Christ ? Pourquoi un tel silence des prêtres ? Ont-ils honte ? Ont-ils compris le sens de la Passion du Christ ?

Quoiqu’il en soit, ce livre est celui qu’il faut lire pour comprendre les enjeux de cette nouvelle loi; toutes les questions posées par ce tout nouveau « problème de société » y sont abordées : la nécessité de développer la médecine palliative ainsi que la formation des personnels de santé et l’information des citoyens, l’obligation de mieux organiser le recueil et la prise en compte des «directives anticipées » , et enfin l’impératif d’apaiser les souffrances dans une « société de liberté d’égalité et de fraternité ». Qui semble être l’horizon indépassable de la réflexion de nos évêques.

A noter que les représentants des religions n’ont été entendues qu’a minima sur ce sujet qui les concerne au premier chef: toujours ce classique comportement autiste et méprisant de la classe politique française. Ce qui devrait aider les évêques à être un peu plus audacieux face à ce monde politique devant lequel ils continuent de pratiquer une politique de soumission qui ne rappelle pas que des bons souvenirs.

Chaque chapitre se termine par un résumé très didactique, d’une ou deux pages, qui permet aux paresseux de se faire rapidement un avis sérieux et exhaustif sur la question.

Savant sans être cuistre, très bien agencé et facile à lire, c’est le livre à parcourir dans les jours qui viennent pour comprendre de quoi il est question et pouvoir se faire un jugement clair sur cette loi. »

8 comments

  1. Harvey

    C’est quoi encore cette embrouille??
    Bien sûr que « l’acharnement thérapeutique » ne se justifie pas, mais où commence-t-il?
    Pour le reste ce n’est pas la peine de compliquer les choses. Ce n’est pas si difficile à comprendre: un acte ou une abstention qui entraîne la mort est un meurtre, un homicide volontaire. Endormir pour tuer, c’est tuer, quelles que soient les bonnes justifications que l’on se donne.
    La peur de notre clergé d’appeler un chat un chat est lamentable et honteuse. Ils parlent en chrétiens et au nom des chrétiens. Leur aplatissement consensuel pour ne pas heurter la république laïque, que dis-je laïcarde, anti-théiste et anti-catho, donne la nausée. C’est vraiment de la très mauvaise politique.

  2. Nostradmus

    Le prétendu « droit à mourir » crée une obligation, un « devoir de tuer ».
    Et n’en doutons pas, ce « droit » deviendra vite un « devoir de mourir » pour les encombrants inutiles dont le stockage est de plus en plus onéreux.
    Les euros plus importants que l’amour. Le bénéfice est l’ennemi du respect.

  3. MP

    D’accord avec les commentaires précédents. Nous attendons que les évêques se prononcent au Nom de Dieu dont ils sont les sentinelles pour les âmes. Endormir pour tuer en douceur c’est toujours la même fin : enlever la Vie et voler sa mort au mourant. Les évêques sont les mieux placés pour expliquer à ces suppôts de satan que sont ces anticatholiques que l’âme a été créée pour Dieu et que Dieu a la liberté de lui faire quitter la terre quand bon lui semble et de la purifier à Sa façon avant le Face à Face.

  4. Jean-François

    « Bref ces messieurs prêtres nous proposent une réflexion laïque sans ouverture à la transcendance. »

    Ce propos qui est tenu ici n’est pas juste, il faudrait que les rédacteurs de cet article relisent un peu Saint Thomas. Saint Thomas nous explique comment distinguer droit naturel, droit positif et droit divin. Le rôle des responsables religieux est d’éclairer le législateur sur le droit naturel pour le retranscrire dans le droit positif et pas de faire valoir des arguments liés à la révélation. Le droit divin ne doit pas substituer au droit positif. Le catéchisme ne peut pas remplacer le code civil !

    Il est donc tout à fait légitime de la part de la CEF d’envisager le sujet de l’avortement un d’un point de vue anthropologique. S’abstenir de considérations confessantes et s’attacher à utiliser les armes de la raison contribue à honorer notre nature humaine voulue par notre Créateur. Cette voie est bien sûr plus ardue que celle qui sollicite les vérités de notre foi chrétienne, vérités saisissantes et absolument éloquente sur le sujet en question, mais elle ne peut pas s’adresser au législateur.

    • Jade

      Je ne comprends pas bien votre raisonnement.
      Le droit naturel est pourtant donné par Dieu par les 10 commandements. C’est bien là que Le Seihneur nous donne le « mode d’emploi » de notre nature humaine et les moyens de vivre en harmonie. Si les évêques ne rappellent pas cela aux politiques ils manquent à une grande partie de leur mission.
      Dans la Doctrine Sociale de l’Eglise, le Magistère nous apprend à mettre en pratique dans notre monde les directives de l’Evangile. Il est bien facile de comprendre que le Pouvoir Temporel (le politique : gestion du bien commun pour la terre) est soumis au Pouvoir Spirituel (hommes d’église : le clergé) et tout cela voulu par Dieu  » Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » et encore à Pilate : « tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut ». Le Pouvoir Spirituel exercé par l’Eglise à été donné à Pierre, Chef de Son Eglise c’est pourquoi ce pouvoir doit s’exercer en rappels constants aux hommes politiques qu’ils croient ou pas. Bien des fois dans notre Histoire, ces deux pouvoirs ont eu à débattre mais la paix est revenue lorsque chacun est resté dans sa mission propre. Rappelez vous la grande manifestation que les laïcs ont organisé pour empêcher les débordements socialistes envers l’école libre. Mr Mitterrand avait dû reculer pour un temps parce que des évêques (juste quelques uns) étaient en tête de la manifestation.
      Pour en revenir à l’avortement la CEF a juste à rappeler aux politiques que l’on a pas le droit de tuer un point c’est tout. Pourquoi tourner autour du pot ? « Que votre OUI soit OUI …. » c’est l’évangile il n’est pas besoin de faire des discours très compliqués pour dire la Vérité.

    • YR

      Votre dernier paragraphe laisse penser qu’il vaut mieux faire appel à la raison pour s’adresser au législateur.
      Mais les évêques ne sont ils pas connus pour être des hommes de Dieu ? Il y a assez de « psycho » de toutes sortes pour convaincre naturellement le législateur et si ceux-ci n’y sont pas parvenus le dernier recours devrait être les hommes d’église. La CEF représente l’Eglise qui est en France et doit donc énoncer les droits de Dieu et non se lancer dans un discours savant et qui ne justifie pas leur autorité. Le législateur à droit de s’entendre rappeler le commandement de Dieu : « Tu ne tueras pas » par ceux qui ont autorité pour cela.
      Ce qui choque beaucoup les chrétiens actuellement c’est que certains des évêques ne parlent plus du Bon Dieu, ils attendent la transcendance dans leurs discours.

    • Jean-François

      Je veux bien admettre ne rien avoir compris à Saint Thomas mais dans ce cas je ne suis pas tout seul ! Voici une citation du pape Benoît XVI :

      « C’est là que se place la doctrine sociale catholique : elle ne veut pas conférer à l’Église un pouvoir sur l’État. Elle ne veut pas même s’imposer à ceux qui ne partagent sa foi des perspectives et des manières d’être qui lui appartiennent. Elle veut simplement contribuer à la purification de la raison et apporter sa contribution, pour faire en sorte que ce qui est juste puisse être ici et maintenant reconnu et aussi mis en œuvre.

      La doctrine sociale de l’Eglise argumente à partir de la raison et du droit naturel, c’est-à-dire à partir de ce qui est conforme à la nature de tout être humain. »

      Benoît XVI « Deus caritas est » n°28

      Pour ce qui est de nos évêques, je suis d’accord avec vous de façon générale sur leur frilosité, mais soyons vigilants au destinataire de chacune de leurs communications : même si l’on traite du même sujet, on ne s’adresse pas de la même façon à un homme politique dans le cadre d’un débat législatif et à un fidèle catholique dans un sermon.

  5. hermeneias

    Blablabla Jean-François

    pas la peine de ramener St Thomas si vous ne le comprenez pas .
    Il était trop intelligent pour répéter de façon livresque et confondre des nécessaires DISTINCTIONS de RAISON et la REalité où ses distinctions s’ARTICULENT et coexistent en un ensemble vivant .

    Les distinctions dont vous parlez ne sont pas des séparations ou alors vous « distinguez » comme on dissèque des corps morts et formolés , sans vie , en salle d’anatomie .
    C’est un thomiste , Maritain , qui a écrit « Distinguer pour unir ou les degrés du savoir » son maitre ouvrage .

    Certains évêques , soumis et rangés , ont intégré ce que voulait la république française qu’il ne fallait pas trop « articuler » justement et accepter le découpage violent de la société française en pièces détachées c’est à dire non pas une séparation entre l’Eglise et l’état mais une séparation entre l’Eglise , et même la foi CHRETIENNE , et la société .

    Ce serait formidable si les évêques , dans la ligne de St Thomas , distinguaient pour unir et montraient ainsi l’articulation des savoirs ( dont le savoir théologique et philosophique ) et du droit , c’est à dire s’ils étaient des Apotres ……témoignant de la Sagesse incarnée

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